36 étudiants haïtiens oubliés au Maroc

Publié le 2013-05-14 | lenouvelliste.com

36 étudiants haïtiens tirent le diable par la queue en terre africaine, plus précisément au Maroc où certains poursuivent des études depuis 2010. Bénéficiaires d'une bourse d'étude de l'Agence marocaine de coopération internationale (AMCI), les premiers étudiants sont arrivés au royaume chérifien en septembre 2010, quelques mois après l'épouvantable séisme qui a frappé notre pays. Ils ont l'impression que leur présence n'est pas vraiment souhaitée, vu que leur séjour dans le pays n'est toujours pas officialisé, après presque trois ans. Très loin de leur patrie et de leur famille, ces jeunes sont livrés à eux-mêmes, disent-ils. Souvent victimes de racisme, ils n'ont personne pour les assister dans leurs démarches administratives. « Nous faisons face à toutes sortes de problèmes et n'avons personne pour nous prendre en charge et veiller à notre bien-être, déplore l'un des boursiers sous le couvert de l'anonymat. Lorsque l'un d'entre nous doit renouveler son passeport ou sa carte de séjour, par exemple, il est confronté à d'énormes difficultés. Nous sommes très vulnérables...» Outre ces soucis administratifs, ces compatriotes font face à de sérieuses difficultés financières. Ils reçoivent seulement 150 euros tous les deux mois de l'AMCI. Un montant, expliquent-ils, largement insuffisant pour couvrir les besoins inhérents à leurs études : logement, transport, livres, etc. « Avec cette somme, on arrive à peine à payer le transport », indique une étudiante dans la vingtaine, précisant que ce montant représente moins de la moitié de ce qu'il leur aurait fallu pour mener une vie plus ou moins décente. Ces Haïtiens assoiffés de savoir paient pour la plupart 40 euros l'an pour être hébergés dans des cités universitaires. Ceux qui n'ont pas trouvé de place doivent payer beaucoup plus pour louer un appartement. « C'est très dur pour moi, confie cette fille du grand Nord qui nourrit une grande peur de tomber malade. Je vis avec le strict nécessaire, j'évite les distractions... Je suis ici depuis 2010 et, heureusement, je ne suis jamais allée à l'hôpital !» En Haïti ces étudiants reconnaissent avoir été mal informés. « Je savais que l'instruction serait gratuite et qu'on nous donnerait seulement 75 euros le mois, explique la Capoise, néanmoins déterminée à boucler ses études en droit international. Je ne m'attendais pas à ce que la vie soit aussi chère. On ne pensait pas non plus qu'on serait si seuls, abandonnés de tous...» « Après le tremblement de terre, notre avenir paraissait très incertain, ajoute-t-elle, alors que nous voulions à tout prix entreprendre des études universitaires et devenir des gens utiles. Les choses allaient vite et il fallait qu'on prenne une décision rapidement pour ne pas perdre la bourse qu'on nous offrait. Vu la situation que le pays vivait à la suite du séisme, nous voulions tenter notre chance ailleurs... » Certains de ces étudiants, éparpillés un peu partout sur le territoire marocain, reçoivent l'aide de parents, parfois presqu'aussi démunis qu'eux. «Ma maman fait beaucoup d'efforts pour me supporter. Au début, la tâche lui était beaucoup plus facile... Mais elle commence à s'essouffler, son compte est à découvert », regrette la jeune étudiante en droit, soulignant que sa mère doit débourser en plus jusqu'à 20 dollars américains pour lui envoyer 100 dollars. « Les étudiants dont les parents ne disposent pas de ressources suffisantes sont dans la misère. » D'après la jeune fille, beaucoup d'autres ressortissants de la Caraïbe bénéficient d'une bourse de l'AMCI. « Mais ces derniers ont le plein support de leurs gouvernements qui envoient des inspecteurs constater ce qu'il en est sur le terrain, contrairement à nous. Bien sûr, la bourse ne couvre pas tous les frais, mais au moins, ils ont des gens pour les soutenir.» Les étudiants haïtiens ont écrit à plusieurs reprises au ministère des Affaires étrangères d'Haïti pour lui faire part de leur situation et solliciter l'appui de leur gouvernement. « Nos démarches n'ont conduit à rien », regrette l'un des étudiants. Nous voudrions que l'Etat s'intéresse à nous », dit-il. Par ailleurs, il dit souhaiter que le gouvernement envoie un délégué constater la situation dans laquelle ces Haïtiens à part entière peinent à survivre. « Le gouvernement doit assurer le bien-être et la sécurité de ses ressortissants.» Le Nouvelliste a tenté d'obtenir la réaction du ministère des Affaires étrangères sur cette affaire, mais les démarches se sont révélées vaines.
Gladimy Ibraïme
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