Réponse à François-Nicolas Duvalier (2)

Michel Eric Gaillard courriel: egaillard@msn.com
24 avr. 2013 — Lecture : 2 min.
Monsieur Duvalier J'ai lu avec intérêt l'éloge que vous avez donné à François Duvalier, votre grand-père. Contrairement à ceux qui pensent que votre hommage n'aurait pas dû être publié, je ne suis pas de cet avis parce que, dans une démocratie, la censure ne peut exister, sauf si elle fait appel à la violence. Les voix dissidentes, même si elles offusquent et choquent, ne doivent jamais être étouffées. Je respecte votre enthousiasme à défendre le médecin de campagne, le père ou le grand-père qu'il a été. Vous avez l'obligation de le faire. Mais présenter ce dictateur féroce, usurpateur de pouvoir, comme un grand chef d'Etat, est ne pas connaître les pratiques de bonne gouvernance. Je n'ai jamais été directement victime de la dictature, mais, le 26 avril 1963, mes yeux d'enfants ont vu, de leurs yeux vu, un spectacle infâme : des cadavres jonchant les rues de Port-au-Prince, des individus tirant à bout portant sur des passants accusés d'être les ennemis de la nation. J'entends encore, horrifié, une voix lointaine, venant de je ne sais qui, hurlant dans les hauteurs de la ville « Duvalier, Duvalier, vous allez payer pour vos crimes jusqu'à la 7e génération ». Moins d'un an plus tard, votre grand-père lançait cette menace sur la pelouse du Palais national: « Si yon nonm konpran n lap gouye kòl adwat agoch, m ap fè boudal pase lan paswa ». Un chef d'Etat a le devoir et l'obligation de servir son peuple, d'assurer son développement, et de garantir la gestion saine des fonds publics. L'isolement des provinces et leur étouffement économique, l'explosion démographique de la zone métropolitaine, le déclanchement du déboisement, la fuite des élites intellectuelles, et autres, sont le résultat d'une gestion focalisée sur le maintien de la présidence à vie. Aujourd'hui, vous pouvez publier votre texte, sans inquiétude, et jouir pleinement de la liberté d'expression, sans crainte de représailles, grâce aux acquis démocratiques, obtenus après le règne des Duvalier, règne qui n'a nullement contribué au développement de notre pays et aux valeurs républicaines. Enfant, ma mère, dont le quadrisaïeul est signataire de l'acte d'indépendance d'Haïti, m'a souvent rappelé à l'ordre en disant « "Ce nom propre qui t'a été prêté à ton berceau, tu as pour devoir de le faire respecter honorablement ». Votre famille et sa descendance devraient demander pardon à la nation haïtienne, aux victimes et aux orphelins, qui ont payé durement les méfaits de cette présidence. Je vous encourage à laisser votre grand-père en paix, et surtout de ne pas réveiller la colère des dieux tutélaires de la nation à qui il a des comptes à rendre pour les crimes commis pendant son règne.