Aujourd'hui, pour répondreà la demande des citoyens face à la montée vertigineuse de l'insécurité,les autorités doivent agir dans l'urgence en apportant une réponse appropriée à cet état de fait. Le développement des taxi-motos sur toute l'étendue du territoire, la concentration des ghettos dans la zone métropolitaine, la vulgarisation des téléphones portables et les coupures irréfléchies d'électricité dans les villes, tous ces phénomènes nouveaux ne permettent pas à la République de se payer le luxe de se passer d'une police de proximité qui soit capable d'y faire face. Or, nous devons savoir que le quotidien du policier est fait du malheur des autres, du malheur des victimes et de leurs proches, du malheur des auteurs dont la vie va être gâchée. C'est à ce titre qu'on dit souvent que « les policiers sont au service de ceux qui veulent vivre en paix sur le territoire national. Ils sont également au service de ceux qui ne veulent pas vivre en paix sur ce même territoire et qui oublient qu'au-delà de leurs droits, ils ont aussi des obligations.»
Certes, la police est instituée pour maintenir l'ordre public, la liberté, la propriété, la sûreté individuelle. Elle se divise en police administrative et police judiciaire.
1- La police administrative a pour objet le maintien de l'ordre public. Elle tend à prévenir les délits.
2- La police judiciaire recherche les délits que la police administrative n'a pu empêcher de commettre, en rassemble les preuves et en livre les auteurs aux tribunaux chargés par la loi de les punir.C'est à juste titre qu'on qualifie : la mission fondamentale de la police est de protéger et servir. Au regard de la reconnaissance et de la légitimité du pouvoir conféré à l'institution policière, on considère que chaque policier haïtien comme le représentant de la population dans le domaine de la sécurité.
I- Quid, comment définir la police de proximité, sa mission et son rôle dans une société en déliquescence?
La police de proximité est une police qui doit être proche de la population haïtienne. Elle a un caractère spécifique, car non seulement, elle mène des investigations secrètes en recueillant des informations pertinentes auprès de la population mais elle fait aussi des préventions tout en développant une relation de confiance police-citoyens. Sa mission sera définie comme suit :
1. Elle aura pour mission de faire sentir sa présence par des actions sociales concrètes dans les quartiers défavorisés afin de faire savoir à ceux qui vivent dans ces zones réputées difficiles, qu'ils ont le droit d'être protégés par des policiers et aussi des obligations à collaborer avec la police pour sauvegarder leur tranquillité. Or, la sécurité est l'affaire de tous les citoyens. Pour reprendre les mots du secrétaire d'Etat à la Sécurité publique, M. Réginald Delva, lors de l'inauguration d'un commissariat le mercredi 27 mars à Grand-Goâve. Citons-le : «Si nous voulons faire diminuer la violence, il faut que les forces de l'ordre se sentent soutenues par l'ensemble de la communauté». Or, il a également invité la population à collaborer avec la police nationale afin de faire régner l'ordre ( Le Nouvelliste, No 38956, lundi 1er et mardi 2 avril, page 6, Nathalie Verné).
2. Elle aura pour mission de pénétrer dans n'importe quelle zone de non-droit pour discuter avec les riverains.
3.Elle pourra mettre en place une procédure de filature pour interpeller les indésirables en appliquant la théorie de l'apparence.
4. Elle aura pour mission essentielle la prévention et la répression des formes de violence spécialisées.
5. Elle veillera à garantir la sécurité de proximité incluant des missions très variées comme la coopération étroite entre les différentes unités de la PNH, entre autres, la DCPJ.
6. Elle effectuera des missions de recherche du renseignement en milieu ouvert mais La mission de recherche du renseignement en milieu fermé sera toujours de la compétence de la DCPJ.
Toutefois, les policiers de la police de proximité seront considérés comme des pédagogues. Le rôle de la police de proximité, c'est de se mettre aux côtés des plus faibles afin d'éviter que la loi du plus fort ne s'applique pas. Elle veillera au respect des droits de chaque citoyen qui désire vivre sur le territoire de la République, car le droit de la police, c'est donc avant tout le droit de chacun. Partout où il y a la police de proximité, le respect des droits des libertés individuelles est garanti.
Par conséquent, on ne doit pas confondre la police de proximité avec la police secrète du régime dictatorial des Duvalier. Il ne faut pas non plus la confondre avec la police communautaire qui s'est développée à New York, car les USA sont une République fédérale où les Etats fédérés confèrent des pouvoirs aux maires. Haïti, est une République unitaire, il n'existe pas de communauté ethniques. Aujourd'hui, il n'y a pas de provisions légales pour créer une police communautaire ou municipale en Haïti pour lutter contre les délits et les crimes en milieu urbain car la Constitution haïtienne amendée ne le permet pas.
Ce faisant, la République s'inscrit dans une dynamique internationale avec notamment la résolution des Nations unies du 18 août 2006 (résolution S/2006/726 ) portant sur la réforme de la professionnalisation de la PNH. Laquelle réforme a non seulement pour objectif de renforcer la capacité de la PNH tant sur le plan quantitatif que sur le plan qualitatif.
II- La Police nationale d'Haïti : Une institution en chantier et en pleine mutation
Physiquement, la PNH est en plein chantier. Depuis 2007, il y a eu un virement spectaculaire pour changer l'image de la PNH tant sur les plans opérationnel, physique, administratif que sur le plan logistique et institutionnelle. Le plan 2006-2011 avait prévu de réaliser une très grande partie de la réforme professionnelle de cette institution. De nombreux points ont été réalisés avec l'appui de la Minustah et certains partenaires internationaux, plus particulièrement : le Canada, les USA, le Chili, le Mexique et la France.
1-Sur le plan quantitatif, le plan de 2006-2011, avait prévu de passer de 5 000 policiers actifs à 14 000 policiers. Cependant, le séisme du 12 janvier 2010 est venu ralentir cet élan en mettant en cause les effets positifs dudit plan. Or, aujourd'hui, la PNH est passe de 5 000 policiers à plus de 10 000 policiers. De nombreux Commissariats ont été réhabilités ou reconstruits, plus particulièrement, le département du Sud a connu un essor exceptionnel grâce à l'appui du gouvernement canadien représenté par l'ACDI. Dans le département précité, plus de 19 Commissariats ont été rénovés ou reconstruits, ils ont tous reçu des équipements appropriés pour mieux servir et protéger la population qui s'y trouve, le gouvernement canadien a aussi financé le nouveau bâtiment de l'inspection générale de la Police nationale qui a été inauguré le 13 mars 2011, d'autres projets ont été financés par la coopération canadienne entre autres, la formation des nouveaux inspecteurs de la PNH et, sans oublier le projet phare qui est en cours, nous voulons parler de la construction de l'Académie de Police à Ganthier pour recevoir les cadres de l'institution policière. Le but de ce projet est de séparer, l'école de police qui forme les agents policiers qui seront déployés dans les unités opérationnelles pour le maintien de l'ordre public, tandis que l'Académie de police va être le lieu où les cadres de la PNH auront à produire des réflexions pertinentes sur les difficultés, l'évolution et les perspectives de la dite institutions.
Le département du Sud-Est a connu le même essor avec l'appui de la coopération espagnole. La rénovation de la Direction départementale de la PNH du Sud-Est et d'autres commissariats, celui de Cayes- Jacmel, la Vallée et autres...
La PNH a aussi reçu un appui inconditionnel du gouvernement américain par le biais de ses représentants en Haïti. Dans le département de l'Ouest, de nombreux commissariats ont été construits ou rénovés. Les nouveaux commissariats de Cité-Soleil, Grand-Ravine et autres. Sur le plan logistique, l'ambassade américaine a fourni des nouveaux moyens à la PNH pour mieux répondre à l'attente de la population haïtienne. La France apporte son soutien à la DCPJ. Le Chili fait de son mieux dans le domaine de formation de la PNH.
a)Les progrès réalisés par la PNH sur le plan qualitatif de 2007 à date et perspectives.
Dans un Etat de droit, la police est le premier maillon de la chaîne pénale, elle est l'auxilaire de la justice, elle arrête pour la justice. Elle a pour mission de faire respecter et exécuter les décisions judiciaires. Si la police doit jouer pleinement son rôle, elle doit être professionnalisée, autrement dit, elle doit avoir en son sein des policiers et policières intègres, compétents et dignes. C'est dans cette optique que les deux plans de réforme de la PNH n'ont jamais fait l'économie de mettre un plan que les instructeurs doivent offrir une formation de qualité aux aspirants policiers qui souhaitent devenir des policiers de carrière.
De nombreux points ont été réalisés et d'autres sont considérés comme priorités des priorités dans le plan de la consolidation de la Minustah présenté au conseil de sécurité des Nations unies le mois dernier par M. Fisher. Par exemple, le renforcement des capacités de la PNH, la formation et le recrutement, pérenniser le processus du vetting, travailler avec l'administration de la PNH afin de rendre cette institution autonome après le départ de la MINUSTAH. Un plan de réduction du personnel civil, militaire et policier a été mis en oeuvre afin de commencer à préparer la PNH à agir seule.
La mesure la plus spectaculaire qui a été mise en application et qui a fait couler beaucoup d'encre ces derniers mois, c'est le résultat d'une partie de l'enquête du vetting qui a pour objectif de chasser au sein de la PNH tous ceux qui ne sont pas aptes de continuer à travailler dans cette institution. Cette enquête porte sur : le professionnalisme, l'intégrité, la moralité, le respect des droits de l'homme, la drogue, le blanchiment d'argent, le viol et la violence faite aux femmes.
Aujourd'hui, les policiers peuvent se réjouir d'apprendre qu'un projet de loi a été rédigé en vue de leur permettre d'avoir un statut de carrière. Certaines directives sont déjà revues et d'autres sont en cours d'analyse dans le but d'améliorer la qualité du service de la PNH. Il est prévu d'organiser des séances de formation continue sous forme de séminaires afin de vulgariser le plan de réforme de 2012-2016. Ce nouveau plan prévoit d'atteindre 15 000 policiers à la fin de l'année de 2016 en formant 1 000 par an. En peu de mots, nous avons voulu partager avec vous l'évolution du plan de réforme de la PNH et la nécessité de développer une police de proximité afin de réduire les différents types de violences et des crimes dans notre République. A cet effet, nous voulons faire quelques propositions, car, il n'y a pas de constat ni d'analyse sans proposition. Si nos propositions recueillent l'agrément de nos compatriotes, le haut État-major de la PNH et celui des responsables politiques, alors, nous leur suggérons de :
1- Développer une police de proximité dans un prompt délai
2- Revoir le mode de recrutement de la PNH plus particulièrement, la phase de la visite médicale et de la psychologie
3- Accélérer le processus de la construction du bâtiment de l'académie de la PNH.
4- Mettre en place une commission d'évaluation et de suivi pour tous les projets impliquant la PNH.
5- Rendre effectif la Direction juridique de la PNH.
6- Revoir les horaires de travail des policiers
7- Etablir formellement une équipe conjointe entre les cadres de la Minustah et ceux de la PNH en vue de revoir certaines lois existantes sur la PNH
8- Vulgariser le plan de réforme de la PNH par une communication de masse afin que le grand public soit informé.
9- Exiger à chaque postulant de la PHN d'avoir une adresse électronique afin qu'il (elle) soit informé à temps en cas de convocation.
10- Revoir la procédure de réintégration de la PNH.
11- Organiser un ou deux colloques par année sur le thème de la sécurité (elle peut être routière ou physique etc).
12- Créer une Direction centrale de la Sécurité publique
13- Créer une Direction centrale du renseignement intérieur
14- Créer une Direction centrale de la police aux frontières
15- Créer une Direction de la coopération internationale
16- Créer un Service de protection des hautes personnalités.
Enfin, nous voulons dire à nos compatriotes que les policiers haïtiens ne doivent pas être considérés comme nos ennemis, car ce sont nos frères et soeurs qui font choix de servir la République sous uniforme. Il est un devoir pour nous de collaborer avec eux afin de mieux combattre la violence sous toutes ses formes. A chaque fois qu'on tue un policier en plein service, c'est une perte pour la République, c'est aussi une perte pour sa famille et ses proches, et la capacité de la PNH de vous offrir un meilleur service est réduite. Nous voulons également adresser ce message à nos frères et soeurs policiers en leur disant que : c'est un métier difficile mais noble. L'uniforme symbolise le respect. Rien ne peut remplacer un policier, un éducateur, un médecin, un juge et un avocat dans un pays. A vous les policiers de faire preuve de sagesse, de professionnalisme et du courage afin de mieux protéger et servir la population haïtienne qui est la vôtre.
Haïti, la mise en place d'une police de proximité
Aujourd'hui, pour répondreà la demande des citoyens face à la montée vertigineuse de l'insécurité,les autorités doivent agir dans l'urgence en apportant une réponse appropriée à cet état de fait.