Kesner Millien,
Le Contexte mondial effervescent créé par la démission surprenante du pape Benoit XVI nous donne l'occasion d'aborder, entre autres phénomènes sociaux, la question de nationalité et de couleur des Papes au sein de l'Eglise catholique.
Cette démission est le 3e cas de ce genre vécu par l'Eglise catholique. Aujourd'hui nous avons choisi d'entretenir nos lecteurs sur le passage de trois papes africains à la tête du Vatican.
L'importance de cet article se justifie par le fait que certaines gens, membres influents de l'Eglise, ignorent complètement cette tranche d'histoire si intéressante et si instructive. Pour vous la présenter, nous avons été obligés d'effectuer des recherches, tant dans notre bibliothèque, qu'à la Bibliothèque des frères de Saint-Louis de Gonzague. Aussi leur disons nous merci.
Officiellement, l'Eglise catholique a connu 265 papes sur le siège de Saint Pierre.Et, contrairement aux dires de certains profanes, ces successeurs de Saint Pierre étaient de différentes nationalités, de tout âge et de différentes couleurs. Les trois papes qui nous intéressent aujourd'hui viennent de l'Afrique.
Ces papes africains ont profondément marqué l'histoire de l'Eglise catholique. Leur passage sur le trône du Saint-Siège comme successeur de Pierre est un bon exemple pour les générations à venir : Exemple de loyauté, de sincérité, de charité, de rectitude, de fidélité et de crainte de Dieu.
Ces trois pontifes africains dirigeaient à l'époque l'Eglise avec une main de fer. De leur temps, il n'y avait point de place pour les déviations, la désobéissance et la division.
C'est exactement cette page de l'histoire de l'Eglise que nous allons voir ensemble.
L'Apport de ces papes à l'édifice
En fait, entre le second et le cinquième siècle, trois papes africains ont été à la tête de l'Eglise romaine. Ce sont : saint Victor 1er, saint Miltiade ; et saint Gélase 1er. Un historien américain bien connu, Mark Hyman, dans son ouvrage « Black Who Died for Jesus » (Les noirs qui sont morts pour le Christ), étudie, le rôle joué par les premiers chrétiens de race noire, y compris papes et saints dont les origines africaines sont notoires. Le premier pape africain disons nous, s'appelait Saint-Victor 1er. D'où venait-il ? Comment fut son pontificat ?
SAINT VICTOR 1er (189 - 199)
Moins de deux siècles après la mort du Christ, Victor avait été élu pape, en l'an 189. Il était le dernier pape du second siècle. Né en Afrique, il était le fils de Félix, il portait un nom latin comme ce fut le cas pour maints africains de ce temps là.
Le règne de Victor fut marqué par de grandes controverses, de grands conflits dont celui relatif à la date authentique de la pâques. Une église d'Asie qui célébrait la pâque le quatorzième jour de l'Equinoxe du printemps ce fut l'origine de cette dispute. À quoi Victor mit fin une fois pour toute, en décrétant que le dimanche suivant le quatorzième jour de l'Equinoxe du printemps, serait désormais adopté comme jour de Pâques. Toutes les églises acceptèrent cette décision à l'exception de celle d'Asie Mineure. Autre mesure prise par Victor fut l'excommunication d'un certain Théodatus d'Tanner qui prêchait que le Christ était le fils adoptif de Dieu.
Il est à remarquer qu'au temps de Victor la persécution dont les chrétiens étaient l'objet connaissait un certain ralentissement, en attendant de reprendre de plus belle. Un hérétique du nom de Blastus parvint jusqu'à Rome pour enseigner le judaïsme à la face du pape. Ce dernier, voulant défier Victor osa créé, sa propre église. Il en fut bientôt destitué et chassé par le pape.
Victor chercha un remède aux graves problèmes que traversait l'Eglise. Il n'en trouva un que dans l'excommunication et s'en servit. Saint Irenée, puissant en Gaule, s'en mêla et, s'adressant à Victor, cita les prédécesseurs : PIE, Hygin, Télesphore, Sixte, qui s'étaient montrés plus tolérants. Plus tard, le sacré concile de Nicée en 325 se prononça en faveur du pape, mais le Schisme était consommé.
Victor nomma douze évêques, quatre prêtres, Sept diacres. L'un de ces évêques fut Félician, envoyé pour régir l'Eglise de Fulginate, et qui fut martyrisé sous Décius.
Suivant une légende, un certain Donaldus XXVII, roi d'Ecosse, aurait envoyé des ambassadeurs à ce pape, vers la fin de son pontificat, afin d'embrasser la religion de Jésus-Christ.
Donaldus fut baptisé ainsi que la plupart des gens de la noblesse. Tous firent toujours profession de foi jusqu'au temps de Marie, reine de France et d'Ecosse, mère de Jacques VI, roi de Bretagne. Ainsi Victor aurait ajouté à ses grandes actions la gloire de la conversion des Ecossais.
Victor 1er, après plusieurs peines, périt de mort violente le 28 juillet 203. Enterré en la basilique de Saint Pierre à Rome, sa tombe serait à proximité de celle de saint pierre.
Toujours selon l'historien américain Mark Hyman, le général africain Septimus Sévère était empereur à Rome, au temps ou Victor y régnait comme pape.
SAINT MELCHIADE (2 juillet 311 - 10 janvier 314)
Saint Milciade, ou Miltiade ou encore Melchiade, est aussi d'origine africaine. Ce Militiade, élu le 37e pape de la chrétienté, fut le premier à avoir obtenu une résidence officielle : le luxueux palais du Latran qui lui fut concédé par l'empereur Constantin. Ce palais, auparavant, appartenait à un certain Plantus Lateranus, qui en avait été dépouillé par Néron pour enrichir le fisc. Constantin avait ajouté à ce don, une rente suffisante pour entretenir avec dignité le chef de l'Eglise.
C'est sous le règne de ce pape que Constantin se convertit au christianisme et s'empressa de remettre aux chrétiens, cimetières et église saisis par le gouvernement, en attendant d'accorder à tous le libre exercice de leur religion. La victoire des chrétiens sur Rome fut l'oeuvre de Miltiade. Remarquable par sa force de persuasion, il en sut faire montre dans les conciles qu'il eut à présider pour trancher les conflits et amener la paix et l'entente au sein de la famille chrétienne. Mais, pendant qu'il se montrait promoteur infatigable du christianisme, les persécutions des donatistes ravageaient l'Afrique. A ce sujet, un concile d'évêques de Gaule et d'Italie fut rassemblé à Rome (18 évêques), le 2 octobre 213, à Latran (au palais). Il condamna Donat, évêque des cases noires, en Numidie.
Le pape Melchiade, durant son passage à la tête de l'Eglise, nomma douze évêques, dix prêtres, cinq diacres. Il mourut et fut enterré à Calliste. Plus tard, il fut transféré à l'Eglise Saint-Sylvestre par Paul 1er.
Selon un historien de l'Eglise, M. Burgaux, saint Bernard a écrit la vie de Saint Melchiade. Ce manuscrit se trouve à Cambridge, en Angleterre. Dans la Bibliothèque du Collège de Saint- Benoit.
D'après certains historiens, Melchiade serait né en 250 à Madrid, pour d'autres il serait Africain. Font partie de cette catégorie l'historien haïtien bien connu, feu Laurore Saint- Juste, qui, dans un article très intéressant publié à partir des recherches effectuées dans l'ouvrage de Mark Hyman, reconnait la nationalité africaine de ce pape. Madame Liliane Schrauwen, dans son livre intitulé le Mystère Jean Paul 1er, va dans le même sens.
SAINT GELASE 1er (1er mars 492 - 21 novembre 496)
Enfin le troisième et le dernier pape africain aura été Gélase, né lui même à Rome, mais de parents africains. Il se distingua par l'éducation supérieure reçue. Son père africain s'appelait Valerius. Il fut élu le 51e pape, le 1er, mars 492.
C'est lui qui codifia les règlements régissant le clergé romain. Reconnu comme l'un des papes les plus efficients du 5e siècle, le nom de Gélase dont les écrits ont été sans cesse cités le long des âges est resté gravé dans la mémoire des historiens, non seulement comme celui qui décida que les revenus de l'Eglise fussent divisés en quatre parties : une pour l'évêque, une pour le clergé, une pour les besoins de l'Eglise, enfin une pour les pauvres.
Il nomma soixante-sept évêques, trente-deux prêtres, douze diacres. Il régna quatre ans huit mois, mourut le 21 novembre 496. Il fut enterré au Vatican, l'année même où, en France, Clovis embrasse la religion catholique. Gélase n'était pas étranger à ce grand succès. Il a laissé le souvenir d'un modèle de pureté, de zèle, de simplicité, dans sa conduite et dans ses moeurs. Le siège resta vacant six jours.
Quelle était la vraie couleur de ces papes africains ?
Pour ainsi dire, les avis sont partagés sur la vraie couleur de ces trois Papes. Pour certains historiens, ces trois papes, originaires de l'Afrique, étaient de race noire, témoin l'ouvrage de Mark Hyman, un écrivain afro - américain. D'après lui, ces trois papes étaient de couleur noire. Monsieur Hyman a même publié des photos de ces trois Papes noirs affirmant les avoir dénichées au musée sémitique d'Havard Université. Dans l'ouvrage de l'écrivain Mark Hyman, intitulé « Black Who Died For Jesus », il est même question des saints noirs.
D'un autre Côté, un historien haïtien bien connu, en l'occurrence, feu Laurore Saint-Juste, dans un fameux article, qui s'intitule « L'histoire de l'Eglise catholique enregistre le règne de trois Papes noirs : St Victor, St Militiade et St Gélasius ». Dans cet article, cet historien appuie sans réserve la thèse de l'écrivain Mark Hyman. Il a même publié des portraits de ces papes noirs, extraits de l'ouvrage de l'écrivain Hyman. L'article de l'historien Saint-Juste est publié dans le journal « Le Nouvelliste » en date du vendredi 12 octobre 1984 no 32 319.
Plus loin, les historiens de l'Eglise, Ch. Burgaux et Madame Liliane Schrauw, dans leurs livres respectifs qui ont pour titres Histoire des papes et le Mystère Jean Paul 1er, reconnaissent sans réserve la nationalité africaine de ces papes, mais n'ont rien avancé sur la couleur de leur peau. Un écrivain américain, Christopher Bellito, au cours d'une mise au point dans le journal Huffington Post, affirme que ces papes venaient de l'Afrique du Nord, alors province de l'empire romain à l'instar de la Gaule, de l'Espagne, de l'Asie Mineure ! Quels sont les pays qui composent l'Afrique du Nord aujourd'hui ? Ce sont : le Maroc, l'Algerie, La Tunisie, la Lybie peuplés surtout de Numides et de Berbères.
Le problème reste entier. Aussi, on est en droit de se demander si le fait d'être de l'Afrique et surtout du Nord de l'Afrique fait de l'individu obligatoirement unnoir ?
Est-ce que Saint-Augustin, parce que originaire de l'Afrique, était pour autant un noir, tout comme justement l'empereur Septimiste Sévère. Le débat reste ouvert à ce sujet !
En abordant ces tranches de vie spéciales du Vatican, nous avons eu l'intention de démontrer au grand public que des papes africains ont, eux aussi, apporté leur contribution à l'existence du Saint-Siège au même titre que les papes venant des autres continents.
Ceux-là ont bien marqué leur passage par de grandes décisions et des mesures destinées à consolider les structures de l'Église catholique et à lui imprimer une orientation générale en vue de la vulgarisation de l'enseignement de l'évangile.
Bien que le règne des papes africains au Vatican date d'un temps excessivement lointain, il ne demeure pas moins vrai que leur enseignement a profondément marqué jusqu'ici la bonne marche de l'Eglise catholique.
En fin, pour tous ceux-là qui l'ignoraient, nous nous permettons sur la base des données historiques d'affirmer que le Saint -Siège, contrairement à ce qu'il parait aujourd'hui, a connu des patrons africains.
Kesner Millien, av.
M. Kesnermillien@gmail.com
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