Turbulence à l'horizon...

Publié le 2012-10-31 | Le Nouvelliste

Ici, on vit sur des failles sismiques qui traversent un territoire situé entre des latitudes qu'empruntent trop souvent les cyclones. Goudougoudou, le 12 janvier 2010, et Sandy, il y a quelques jours, rappellent que nous sommes logés à l’enseigne des catastrophes naturelles. Ou de celles que nous provoquons nous-mêmes. La tragédie, dans ce pays en « état de crise permanent », est conjuguée à tous les temps. Et déjà au futur. Pas simple du tout. Moins d’une semaine après Sandy dont la queue a déversé des trombes d’eau sur le grand Sud et l’Ouest, on redoute une grave crise alimentaire et sanitaire.

Dans ces deux régions, plus de 70 % des récoltes ont été détruites après une année terrible pour les agriculteurs, selon la CNSA. Dans les marchés publics, l'impact des dernières intempéries se ressent. Il y des raretés de vivres, de tubercules et de certaines céréales cultivées au pays. Au niveau de la Croix-des-Bossales et ailleurs dans la zone métropolitaine de Port-au- Prince, cette rareté attise la flambée des prix de produits de première nécessité déjà inabordables pour une population dont le pouvoir d'achat est de plus en plus faible. Si les familles en milieu urbain, qui sucent la pointe de leur crayon, coupent dans les rares dépenses non essentielles, sont à la peine pour boucler leur fin de moi, en milieu rural, cela se corse très sérieusement.

Chaque jour devient un jour de lutte pour la survie pour des populations en insécurité alimentaire sévère proche de la famine. C'est donc intelligent de la part du gouvernement d'avoir décrété, même si c'est un peu tard, l'état d'urgence. Une mesure en vigueur sur un mois renouvelable permettant d'alléger les procédures de décaissement de fonds publics pour venir en aide aux populations sinistrées, sans soustraire à l'obligation de reddition de comptes. 321 millions de gourdes, c'est le montant de cette enveloppe dont plus de la moitie a été allouée bien avant les premiers bilans.

A-t-on mis la charrue avant les bœufs? Oui. Mais, pour l'instant, c'est l'efficacité des actions qui préoccupe avec des montants largement insuffisants face à l'ampleur des dégâts. Faut-il appeler à l'aide internationale? Ceux qui ont un très mauvais souvenir d'ONG oeuvrant dans notre pays sont tièdes. De l'aide oui, mais pas avec la même philosophie que celle après le 12 janvier, disent-ils, plaidant pour plus de responsabilités au gouvernement haïtien, peu inventif jusqu'ici et englué dans des petits projets sans impacts.

A quand donc les actions structurantes, transversales pour réhabiliter l'environnement, augmenter la production? A quand un véritable questionnement aussi de la coopération, de l'aide au développement? C'est quoi le bilan des actions de la FAO, de Winner, de la USAID dans ces secteurs?

Entre-temps, presque tous les acteurs déplorent la crise permanente en Haïti, sans évaluer honnêtement leurs actions. Est-ce qu'ils sont les acteurs conscients ou inconscients du statu quo qui arrangent le business de l'humanitaire? On ne le sait pas.

Cependant, que ce soit face aux risques de flambée des prix ou des cas de choléra, Haïti traverse une zone de turbulence. Mal abordée, cette zone de turbulence qui mettra la population à rude épreuve peut être récupérée par les opposants du pouvoir. Etre inventifs et responsables, c'est tout le mal que le pays devrait souhaiter à ses dirigeants. Du pouvoir comme de l'opposition. Autrement, il sera difficile de sortir de la zone de turbulence, de l'état de crise permanent.

Roberson Alphonse Auteur

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