Haïti se meurt

Publié le 2012-08-16 | Le Nouvelliste

 

Les contraintes engendrent l'invention.

 

Puisque je peux passer plusieurs heures à converser avec moi-même (pensez ce que vous voudrez), je me demande souventes fois : est-ce que ceux qui se voient comme le poumon de ce pays, consacrent quelques minutes de leur journée pour y penser, et surtout, dans tous les compartiments de son corps? Est-ce qu’ils réfléchissent sur l’héritage qu’ils vont léguer à la génération future? Est-ce parce que mes moyens sont limités, ou parce que la science infuse ne fait pas partie de mes dons, que les yeux de mon corps, de mon esprit et de mon âme me font voir des portes de sortie aux misères que créent des compatriotes, membres de la diaspora qui se nomment haïtiens. Est-ce parce que je suis trop concernée que j’arrive à entrevoir des solutions de nous défaire de ces secouristes qui mènent une vie royale sur notre territoire qu’ils qualifient de tous les noms chez eux?

Chaque jour qui passe, les stations de radio et les chaînes de télévision font gorge chaude des mauvais traitements que subissent nos concitoyens en terre étrangère. Elles font mention des propos désagréables dont nous sommes toujours l’objet, de la part de ceux desquels nous supportons l’économie. Les colonnes des quotidiens ne sont pas en reste. Pourquoi ? Parce que l’Haïtien est très orgueilleux. Un simple regard suffit pour qu’il vous flanque au visage qu’il a le sang de Dessalines dans les veines, qu’on ne devrait pas se permettre de lui manquer de respect, que son pays est la première république noire et patati patata…

Pourquoi il nous est si difficile de prendre le taureau par les cornes? Pourquoi refusons-nous d’appliquer la solution qui nous crève les yeux? Prenons le cas de l’environnement par exemple. Des colloques, des conférences, des tapages médiatiques se multiplient, alors qu’il suffit d’aller là où la plaie saigne et apporter les soins nécessaires pour que l’hémorragie cesse, et qu’elle soit cicatrisée. Les têtes pensantes, les poches pleines sont conscientes du problème. Qu’elles se portent volontaires pour la campagne de la protection de l’environnement ! Si cela vous en dit, laissez-moi partager avec vous une initiative qui déjà commence à porter des fruits : un arbre, à chaque anniversaire, et chaque fois qu’un enfant vient au monde. Je vais encore plus loin. Si vous n’avez pas de terrain disponible, rendez-vous en province, en milieu rural surtout, apportez des plantules que vous avez préparés, (processus facile) dans une école. Demandez au directeur d’être votre intermédiaire auprès des parents, pour qu’ils soient d’accord de planter vos arbres sur leurs terres. Vous vous engagez à payer l’école de leurs enfants, s’ils consentent à en prendre soin. Si c’est trop compliqué pour vous, envisagez vous-même une solution plus simple, mais engagez-vous. Ne laissez pas Haïti aux requins!

Dans l’état où nous nous trouvons maintenant, il n’est pas questions d’attendre l’argent des secouristes pour extirper Haïti de cette boue en décomposition dans laquelle nous la traînons depuis trop longtemps. L’heure a sonné pour que l’Haïtien se prenne en charge. Nous nous contentons de petites gratifications que l’autre veut bien nous accorder, alors que nous avons la capacité d’acquérir la grosse part dans tous les domaines. Si nous nous décidons aujourd’hui, franchement, ces gens qui circulent dans des voitures coûteuses, qui habitent de belles villas, à nos frais, dans le but de nous ‘’aider’’ pendant que nous croupissons dans nos douleurs, n’auront plus l’audace de faire collecte en notre nom.

Si véritablement, comme nous le chantons à tue tête: ‘‘Haïti chérie, nou renmen w’’ nos actes s'en suivraient. Il n’y aurait pas d’autant de disparités dans notre système éducatif. En milieu rural, un enseignement en solde. En ville, ceux qui peuvent se le payer, s’offrent une instruction d’un standard international. Cependant, pour ceux dont les moyens économiques sont faibles, on se contente de faire passer l’élève en classe supérieure, certaines fois contre paiement en nature. Tout le monde en parle, personne ne bouge, puisque, parait-il, si les choses s’arrangent, ils n’auront rien à se mettre sous la dent. Donc ils font semblant de dénoncer, mais concrètement ils ne font rien.

Moi, je leur garantis qu’ils sont en train de creuser leur propre tombe. Car la terre se réchauffe, ils ne trouveront aucun endroit pour se réfugier quand cela tournera mal. La seule opportunité que nous autres haïtiens avons en ce moment, c’est de serrer les rangs et de prendre notre destinée en main. Se rechigner, se plaindre ou s’offusquer ne va pas changer l’affaire. Il faut donner une réplique à la hauteur de l’affront, non en paroles mais en actions.

En effet, un coup d’œil dans la direction de nos étudiants suffit pour nous pousser à bouger. Nos étudiants vont gonfler les universités du coin, pourtant le pays regorge de millionnaires. Certes, ils ont la capacité d’assurer le cycle universitaire de leurs enfants dans les meilleurs établissements de l’Occident. Mais, par gêne, ils auraient pu offrir à la population qui remplit leur forêt bancaire en «lions» des universités dignes de leur ‘’image’’. Ce serait encore à leur bénéfice, parce que l’argent, que récoltent les voisins maintenant, grossirait encore leurs intérêts. Vous pensez peut-être en ce moment que je les prenne pour l’Etat. Cela ne me surprend pas, parce que les Haïtiens pèpès pullulent dans ce pays. Pour votre gouverne, je vous informe qu’aux USA, les universités sont le pactole du secteur privé et que seules celles qui se consacrent à la recherche sont sous la tutelle de l’Etat et on peut les compter sur les doigts. Je vous conseille de n’excuser ni l’égoïsme, ni le manque de vision de plusieurs. Au moins, ces millionnaires pourraient mettre à la disposition du secteur estudiantin des bibliothèques scientifiques, des laboratoires à travers le pays, cela inciterait certains professeurs à réviser leur méthode d’enseignement. Ils cesseraient de faire accepter «zannanna pou sizàn». Je me demande est-ce par ignorance ou égocentrisme qu’une connaissance ou une information n’est pas transmise à l’étudiant? De plus, un système de concours mis en place favoriserait la recherche et pousserait les universitaires à inventer, à créer, à trouver des solutions à certains problèmes auxquels le pays est confronté. Car l’esprit d’invention nous fuit. Pourquoi ? Parce que nous devenons partisans du moindre effort; parce qu’aussi, celui qui tente une invention, une solution concluante est mal vu. Il se trouve obligé d’afficher un profil bas ou de s’expatrier.

Vous me dites peut-être, que ce que je viens d’avancer est une pure invention et que nous n’aimons pas la facilité. Dites-moi :

  • Quand nous avons constaté que le chapeau de paille disparaissait de la circulation, qu’est-ce que nous avons fait ? Nous importons des képis.

 

  •  Plus de panier pour aller au marché, nous importons des sachets, des valises en matière plastic.

 

  • Plus d’électricité, nous importons des groupes électrogènes.

 

 Plus de charbon de bois, alors que nous avons un beau soleil, des déchets biodégradables, etc nous importons du propane.

 

Nos arbres fruitiers se sont volatilisés,(nous leur avons donné des ailes) nous en importons et aussi toutes sortes de jus artificiel.

 

  •  La production du riz baisse, nous importons de tous les coins de la planète, pendant que certains planifient d’en voler.

 

  • Les routes sont cahoteuses, nous importons des 4x4.

 

  • Il n’y a pas assez d’universités, nous envoyons nos enfants étudier à l’extérieur. (tant pis pour les autres)

 

  • Nous sommes malades, nous prenons un avion-ambulance.

 

.A chaque manoeuve de prostestation, on brise les vitres, nous en achetons des blindés.

 

Les canaux, les ravines sont obstrués, les immondices traiînent dans les rues, nous injurions l’Etat.

 

  • Les gens attendent sous un soleil de plomb, pendant longtemps dans une file. Nous déclarons que c’est le signe que notre entreprise se porte bien.

 

La situation ne s’améliore pas ici (comme si elle allait s’améliorer toute seule), on s’en va ailleurs…

 

            La liste est longue et vous les connaissez mieux que moi, donc continuez à votre guise. Vous m’en ferez part, si vous le voulez.

Le pays est dans un tel état, qu’il est difficile de trouver un endroit où le toucher sans qu’il ne pousse des cris de douleur. Toutefois, ce n’est pas une raison de le laisser dans cette décomposition qui ne fait qu’attirer les vautours. Pa kite chwal fi-n pase pou n rele fèmen baryè. ‘‘On rêve en amont, on pleure en aval’’ une façon de vous dire qu’il ne suffit pas de critiquer l’élève haïtien qui affiche un savoir préparatoire, alors qu’il fait la neuvième année. Participez à la transformation de ce pays. Augmentez le nombre d'écoles normales, encadrez-les par vos subventions, par vos experts. Je ne sais pas, moi! Agissez Messieurs ! Agissez Mesdames !

Si vous êtes réellement des Haïtiens, si vous ne vous considérez pas en transit, si vous faites de l’argent dans ce pays et que les intérêts  augmentent, agissez. Mais, si vous pensez que c’est le hasard qui vous a octroyé cette nationalité, ne vous sentez pas concernés, croisez vos bras, bandez vos yeux, faites le sourd et attendez l’avenir.

Vous ! Haïtiens, les vrais ! Je sais que vous rêvez d’une nouvelle Haïti. Eh bien, commencez à faire pour les autres, ce que vous auriez aimé qu’ils fassent pour vous. Apportez votre pierre à la construction de ce pays ou à la reconstruction, si vous voulez. Luttez pour que ces compagnies cessent d’inciter les gens à cultiver la mendicité. Luttez pour que ces ‘’reconstructeurs’’ sachent que nous ne confondons jamais ajoupas et maisons. Luttez enfin pour que, la tête haute et fière, Haïti fasse bouillir la marmite à la sueur de son front. Ce n’est ni une invention ni une utopie, Haïti peut être une perle rare, si, tous ensemble, nous consentons seulement à nous engager volontairement, en faisant taire tout intérêt mesquin.

M pa kache di w, ap gen rèl ka makorèl.

 

Que Dieu vous bénisse!

Que Dieu bénisse HAITI!

pmaguydjean@gmail.com juin 2012 Auteur

Réagir à cet article

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité.

Notre contenu vous est présenté gratuitement à cause de nos annonceurs. Pour continuer à profiter de notre contenu, désactivez votre bloqueur de publicité.

C'est éteint maintenant Comment désactiver mon bloqueur de publicité?

How to disable your ad blocker for our site:

Adblock / Adblock Plus
  • Click on the AdBlock / AdBlock Plus icon on the top right of your browser.
  • Click “Don’t run on pages on this domain.” OR “Enabled on this site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
Firefox Tracking Prevention
  • If you are Private Browsing in Firefox, "Tracking Protection" may casue the adblock notice to show. It can be temporarily disabled by clicking the "shield" icon in the address bar.
  • Close this help box and click "It's off now".
Ghostery
  • Click the Ghostery icon on your browser.
  • In Ghostery versions < 6.0 click “Whitelist site.” in version 6.0 click “Trust site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
uBlock / uBlock Origin
  • Click the uBlock / uBlock Origin icon on your browser.
  • Click the “power” button in the menu that appears to whitelist the current website
  • Close this help box and click "It's off now".