Quand le cellulaire remplace la bible...

Publié le 2012-07-26 | Le Nouvelliste

Me parlant des tricheries lors des examens de bac, ma mère me disait qu’en son temps les élèves qui ne pouvaient pas tout mémoriser et/ou qui avaient des lacunes dans certaines matières prenaient l’habitude de copier soit sur leur cuisse soit sur des notebook miniscules les parties, formules, équations non retenues. C’est ce qu’on appelle écrire une bible pour le bac.

Ma mère prenait plaisir à me raconter que des élèves tellement paresseux au lieu d’étudier passaient leur temps avant les examens du bac à recopier en très petits caractères une démonstration, une formule, une dissertation. C’était plus facile pour eux de tout mettre sur papier ce que la tête têtue refusait de saisir. Aussi faisaient-ils moins d’efforts cérébraux.

La préparation de la bible présentait de grands désavantages : le bibliste peut travailler inutilement, c’est-à-dire que les notes recopiées peuvent ne pas figurer aux examens. Si elles y figurent, il faut du temps à l’élève en sueur sur la feuille d’examens pour trouver les passages qui correspondent. Malheur donc à celui qui ne connait pas bien sa bible !

 Le pire, c’est qu’un élève pouvait se faire surprendre bible en main, bible en poche, bible à la culotte, sans que cette bible ne contienne de bons versets aptes à sauver l’agonisant qui cherchait désespérément à se libérer des entrailles d’un examen « kokechòt ». Et, si la bible saisie d'entre les mains du tricheur renfermait les passages salvateurs, les injures, les remords et les regrets pleuvaient. Regret de s’être fait prendre, regret donc de na pas avoir été assez vigilant.

Même avec sa bible parfaitement maitrisée en main ou en poche, il fallait compter sur le hasard ou la chance, sur le ciel pour que les épreuves à subir correspondent aux prophéties écrites. La bible était source d’incertitudes.

Avec l’ère des compagnies de cellulaires en Haïti, c’est le temps des certitudes.

La bible, avec l’entrée des compagnies de téléphones mobiles, va tomber en désuétude. Fini le temps des incertitudes, fini le temps des notes, fini le temps des « par cœur », fini le temps des biblistes, fini le temps des nuits blanches.

Réussir dans la tricherie devient plus facile

Un élève qui n’a assisté à aucun cours durant toute une année académique, peut être certain de réussir le bac s’il a son cellulaire bien en main et qu’il maitrise ses symboles. Il n’a qu’à trouver et payer un réseau de correcteurs/diffuseurs d’examens une ou deux semaines au plus et un jour au moins à l’avance.

Qui sont les correcteurs/diffuseurs d’examens ?

Ce sont généralement un groupe de jeunes (professeurs ou d’anciens élèves du bac) qui achètent les examens (entre les mains de qui ?) soit quelques heures avant leur distribution aux centres d’examens, les corrigent (c’est-à dire ils répondent à toutes les questions qui y sont posées) et les envoient par textos à leurs clients (les élèves).

En salle d’examens, sous les regards de la majorité des surveillants, les tricheurs tirent leurs cellulaires et recopient tranquillement leurs sms sur la feuille de mise au net.

Que disent les parents de leurs enfants qui se plaisent à clamer haut et fort : « mwen sot manje egzamen an la a gras telefon mwen » ou «  bagay yo soti po pou po ak sak nan sms la » ?

Que dit la société ? Ils sont intelligents, ils sont rusés. Ceux qui composent sans se faire assister d’un cellulaire, sans se faire assister du tout sont les crétins, les imbéciles. Seule la réussite compte. Quelle réussite ?

Vive la technologie ! vive la téléphonie mobile !  vive les SMS !Et l’avenir dira le reste.

L’avenir dira comment une mauvaise utilisation des technologies de la communication détruisait toute une génération, comment elle étranglait un système éducatif à la traine. L’avenir dira comment nous avons su réussir dans la tricherie, jamais dans l’excellence. L’avenir dira comment nous avons su adapter habilement les technologies importées à la médiocrité, la nôtre.Parlant des portables, ma mère me dit que les temps ont changé. Ah oui ! les temps ont changé.

Repentez-vous la fin des temps est proche.

 

Olivier THERALUS Auteur

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