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Religions pour la paix remet au sénat les passeports de la « guerre »

La plateforme Religions pour la paix a acheminé, vendredi, à la commission sénatoriale d'enquête, les huit passeports haïtiens exhibés, la veille, par le président Michel Joseph Martelly. Le désormais président de la commission ad hoc, Moïse Jean-Charles, attend les documents de voyage de Michaël Martelly. La « guerre » continue sur fond de double identité.

Publié le 2012-03-09 | lenouvelliste.com

Les cinq leaders religieux - évêques, pasteurs et mambo - de la plateforme Religions pour la paix ne se retiraient pas encore de la grande table vitrée du Grand Corps que le sénateur Steven Benoît feuilletait minutieusement les huit passeports acheminés par le président Michel Martelly, son ancien copain, par le biais de ladite plateforme. « Les passeports datent de 1981 à janvier 2012 », selon les premiers diagnostics du sénateur de l'Ouest, membre de la commission d'enquête spéciale. « Il est important d'avoir une copie de l'ancienne carte de résidence du président Martelly », a fait savoir Steven Benoît à la délégation de Religions pour la paix composée de Mgr Pierre André Dumas (Église catholique), de Mgr Jean Zaché Duracin (chef de l'Eglise épiscopale), du pasteur Sylvain Exantus (Fédération protestante d'Haïti), du pasteur Clément Joseph de la mission des églises d'Haïti et de la mambo Euvonie Auguste du secteur vaudou. « Personne n'est sûr du nom qui figure sur la carte de résidence », a souligné le parlementaire en allusion à Michaël Martelly qui serait une autre identité du chanteur devenu chef de l'Etat. Ce n'est pas le sénateur Moïse Jean-Charles, actuel président de la commission d'enquête depuis la démission de Joseph Lambert, de Youri Latortue et de Yvon Bissereth, qui fermera les yeux sur le doute relatif à l'identité réelle de Martelly. « Nous avons les passeports de Michel Martelly, mais aucun dossier de Michaël Martelly », a lancé Moïse Jean-Charles à l'issue de la conférence des présidents des différentes commissions permanentes du Sénat. « Des immeubles ont été achetés aux Etats-Unis au nom de Michaël Martelly ; des arrestations ont été effectuées et des jugements rendus au nom de Michaël Martelly ; une compagnie a été créée au nom de Michaël Martelly...il est important d'avoir les documents de ce dernier », a estimé le sénateur du Nord. Interrogé sur l'intervention de l'ambassadeur des États-Unis, Kenneth Merten, le jeudi 8 mars, au palais national, pour confirmer que Martelly n'est pas américain, le sénateur Jean-Charles n'y va pas avec du dos de la cuillère. « L'ambassadeur américain est en fin de mission en Haïti, sa déclaration est celle d'un homme politique et non celle d'un diplomate », a critiqué le sénateur. « Nous voulons une autorisation écrite du chef de l'État pour que les États-Unis puissent fournir des éléments d'informations tant sur Michel Martelly que sur Michaël Martelly », a insisté Moïse Jean-Charles lors d'une conférence de presse. « Seuls Tonton Bicha et Jessifra étaient absents, hier, au palais national. Le président Martelly n'a pas invité Mr Bean, mais il a eu quand même un Blanc à ses côtés », a ironisé le président de la commission d'enquête spéciale. Membre lui aussi de la commission d'enquête, le sénateur Jean-Baptiste Bien-Aimé a tenu à remercier le président Michel Martelly qui a convenu de la nécessité de mettre ses passeports à la disposition des commissaires après plusieurs mois de refus. « Certains éléments d'informations recueillis dans les passeports sont discordants par rapport aux données disponibles à la direction de l'Immigration », a estimé le sénateur Bien-Aimé. Le sénateur du Nord-Est a évoqué « le fameux sceau du 21 novembre 2007 qui figure sur l'un des passeports de Martelly alors que le nom n'a pas été retracé dans les manifestes recueillis à l'Immigration ». Annonçant le retour de ladite commission dans les archives de l'Immigration avant la publication d'un rapport sur l'avancement de l'enquête, le sénateur Steven Benoît a tenu à apporter une précision relative à la compagnie aérienne American Airlines. « Le Sénat a écrit à la ligne aérienne qui n'a pas encore envoyé les manifestes de ses vols du 21 novembre 2007, a indiqué le sénateur Benoît. Les manifestes des différentes compagnies et même d'un vol privé ayant deux passagers à bord ont été retirés de l'Immigration ». Orpheline de trois de ses membres démissionnaires, la commission entend présenter un rapport sur l'état d'avancement de l'enquête mercredi prochain. Les documents de voyage de Martelly seront pris en compte dans le rapport très attendu. Les présidents des commissions permanentes réunis à la mi-journée n'ont pas jugé nécessaire de remplacer les trois membres qui se sont retirés de la commission. « Les six membres qui restent analyseront les passeports jusqu'au début de la semaine prochaine », a affirmé Steven Benoît. Les sénateurs Joseph Lambert, Youri Latortue et Yvon Bissereth s'étaient retirés de la commission suite à de profondes divergences avec certains de leurs collègues. « Ils polarisaient la commission et j'ai démissionné. Nous n'allons pas revenir sur notre décision, qu'ils analysent les pièces en toute liberté », a déclaré Youri Latortue. L'ex- cosecrétaire rapporteur souhaite qu'une copie de la carte de résidence américaine soit remise à la commission pour qu'il n'y ait plus de prétexte.
Claude Gilles
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