Haïti a reçu les 156.9 millions de DTS du FMI

Publié le 2021-09-21 | lenouvelliste.com

Au cours d’une conférence de presse conjointe avec le gouverneur  de la Banque de la République d’Haïti (BRH) Jean-Baden Dubois donnée le lundi 30 août 2021 au centre de convention et de documentation Antonio André, le ministre de l’Économie et des Finances Michel Patrick Boisvert, avait fourni des détails concernant les 156.9 millions de droits de tirage spéciaux (DTS) reçus du Fonds monétaire international (FMI), soit l’équivalent de 224 millions de dollars américains. Les autorités haïtiennes accueillent favorablement cette nouvelle allocation que le FMI a décidé d’accorder à tous ses pays membres dans un contexte où les finances publiques haïtiennes sont particulièrement alarmantes.

Le compte de la BRH est déjà crédité pour les 224 millions de dollars américains, selon les confirmations du gouverneur Jean-Baden Dubois à l’émission Rendez-vous économique de notre confrère Kesner Pharel sur les ondes de Radio Métropole en date du 5 septembre 2021. La banque centrale fournira au gouvernement l’équivalent en gourdes et en profitera pour augmenter ses réserves nettes de change qui ont été drastiquement diminuées au cours de l’année fiscale en cours à cause des interventions fréquentes sur le marché des changes et le paiement de la facture des importations pétrolières.

Ces deux types d’opérations ont coûté à la BRH près de 900 millions de dollars américains pour l’exercice fiscal 2020-2021. Pour calmer les pressions sur le marché des changes, la BRH a dû intervenir à hauteur de 348 millions de dollars américains alors qu’elle a déboursé 550 millions de dollars américains afin de rendre les produits pétroliers disponibles aux terminaux locaux (les rendre accessibles à la pompe dépend de l’humeur des chefs de gangs armés). Ces dépenses d’importation de produits pétroliers s’élevaient à seulement 194 millions de dollars américains en 2019-2020 lorsque les prix des produits pétroliers avaient chuté sur le marché international. 

Selon la banque centrale, le montant des DTS sera alloué graduellement au ministère de l’Économie et des Finances à travers des contrats de rétrocession. « Les fonds rétrocédés constitueront une dette à long terme du pouvoir central envers la BRH. Ils augmenteront le financement monétaire.  Cependant l’impact sur la liquidité bancaire n’intègrera pas les dépenses qui seront faites en devises étrangères », selon les précisions des autorités monétaires.

C’est quoi les DTS ?

Les droits de tirage spéciaux (DTS) constituent un instrument monétaire international créé par le FMI en 1969 pour compléter les réserves officielles existantes des pays membres. Les DTS ont remplacé l’or monétaire dans les grandes transactions internationales. Ils sont constitués d'un panier de devises qui est réévalué tous les cinq ans. Au 1er octobre 2016, ce panier était composé du dollar américain, de l'euro, de la livre sterling, du yen japonais et du yuan chinois. Les fonds de réserves déposés au FMI par les États sont libellés dans l’une des devises composant le panier.

Les DTS sont attribués aux pays membres proportionnellement à leur quote-part au FMI. Ces quotes-parts représentent une composante essentielle des ressources financières du FMI. Chaque pays membre se voit octroyer une quote-part suivant sa position relative dans l’économie mondiale. La quote-part d’un pays membre détermine le montant maximum de ressources financières qu’il s’engage à fournir au FMI et le nombre de voix qui lui est attribué. Elle détermine également le montant de l’aide financière qu’un pays peut obtenir du FMI. Ainsi, les 156.9 millions de DTS  représentent le maximum qu’Haïti pouvait obtenir selon ce critère.

Le lundi 23 août 2021, le FMI a décidé de faire une allocation de DTS de l’ordre de 650 milliards de dollars américains à tous ses pays membres. C’est l’allocation de DTS la plus élevée de l’histoire. Selon Kristalina Georgevia, directrice du FMI, cette allocation permet de fournir des liquidités supplémentaires au système économique mondial, en complétant les réserves de change des pays et en réduisant leur dépendance à l’égard d’une dette intérieure ou extérieure plus coûteuse. Les pays, d’après la directrice du FMI, peuvent utiliser le montant octroyé pour soutenir leur économie et intensifier leur lutte contre la pandémie de coronavirus ou contre d’autres chocs économiques majeurs.

Selon la directrice du FMI, « les DTS sont une ressource précieuse et c’est aux pays membres qu’il appartient de décider de la meilleure façon d’en faire usage. Afin que les DTS soient utilisés pour le plus grand bénéfice des pays membres et de l’économie mondiale, ces décisions doivent être prudentes et bien éclairées ».

Elle poursuit : « Pour aider les pays et veiller au respect des principes de transparence et de responsabilisation, le FMI propose un dispositif permettant d’évaluer les incidences macroéconomiques de la nouvelle allocation, son traitement et sa gouvernance ainsi que la manière dont elle pourrait influer sur la viabilité de la dette. En outre, le FMI présentera régulièrement des données actualisées sur l’ensemble des avoirs, des transactions et des échanges de DTS, y compris, dans deux ans, un rapport de suivi sur l’utilisation des DTS. »

Les DTS sont distribués aux pays au prorata de leurs quotes-parts relatives au FMI. Ces quotes-parts sont une moyenne pondérée en fonction du produit intérieur brut (PIB) qui représentent 50 %, du degré d’ouverture de l’économie pour 30 %, des variations économiques à hauteur de 15 % et des réserves officielles de change dont le poids s’élève à 5 %. Environ 275 milliards de dollars  américains sont destinés aux pays émergents et aux pays en développement, dont 21 milliards pour les pays à faible revenu, ce qui représente jusqu’à 6 % de leur PIB pour certains d’entre eux. 

Le FMI, toujours selon sa directrice, étudie avec ses pays membres la possibilité de créer un nouveau fonds fiduciaire pour la résilience et la viabilité, par l’intermédiaire duquel les DTS réaffectés permettraient d’aider les pays les plus vulnérables à se transformer sur le plan structurel, notamment face aux enjeux climatiques. Une autre possibilité consisterait à réaffecter des DTS pour financer les prêts accordés par les banques multilatérales de développement.

« Cette allocation de DTS est une composante essentielle de l’action plus globale que mène le FMI pour aider les pays à surmonter la pandémie. Cette démarche prend la forme de nouveaux financements d’un montant de 117 milliards de dollars en faveur de 85 pays, d’un allègement du service de la dette pour 29 pays à faible revenu ainsi que de conseils et d’un appui au développement des capacités dans plus de 175 pays afin d’assurer une reprise solide et plus durable ».

Comment les DTS seront-ils utilisés par le gouvernement haïtien ?

Lors de la conférence de presse conjointe, le ministre Boisvert avait bien expliqué le contexte de l’utilisation des DTS par le gouvernement haïtien. Si l’allocation des DTS fait partie des efforts du FMI pour aider les pays à traverser la pandémie de coronavirus, dans le cas d’Haïti, cette nouvelle dotation de DTS coïncide plutôt avec un contexte macroéconomique fragile. Bien avant la pandémie, l’économie haïtienne subissait déjà les assauts de l’insécurité et de la crise sociopolitique qui impactaient négativement toutes les activités économiques.

Les autorités fiscales et monétaires haïtiennes ont confirmé que la nouvelle allocation de DTS reçue par Haïti a été décidée bien avant le séisme du 14 août 2021. Pour la BRH, «l’allocation représente un élément très positif pour l’économie haïtienne parce qu’elle permettra de conforter les réserves nettes de change de la banque centrale et permettra de créer un peu plus d’espace fiscal pour faire face aux défis de la crise sanitaire et à la situation difficile de la population du grand Sud après le tremblement de terre du 14 août 2021 et le cyclone Grace ».

Avec la nouvelle allocation de DTS, indiquent les autorités monétaires, « les avoirs extérieurs bruts de la banque centrale augmentent ainsi que ses engagements extérieurs à long terme. Étant donné que la nouvelle allocation est un engagement à long terme, elle ne va pas être déduite des avoirs extérieurs bruts.  Ainsi les réserves nettes de change de la BRH vont augmenter du même montant alloué à Haïti ».

Outre le besoin d’avoir un coussin de réserves pour les pays, l’allocation a été octroyée par le FMI dans le but de faire face aux conséquences économiques néfastes de la pandémie de Covid-19. Cependant, les autorités haïtiennes semblent être beaucoup plus enclines à l’utiliser pour apporter des réponses urgentes à la population du grand Sud, sévèrement affecté par le séisme du 14 août 2021 et majoritairement menacé par la famine. Espérons que les dépenses atteindront effectivement les sinistrés, particulièrement ceux des zones les plus reculées !

Thomas Lalime

thomaslalime@yahoo.fr

Thomas Lalime
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