Haïti nécessite des élections et des forces extérieures pour les sécuriser

Le Nouvelliste publie la traduction française de cet éditorial paru dans les colonnes du Washington Post en date du 27 juillet 2021 sous le titre originel « Haiti needs elections - and outside forces to make them safe ».

Publié le 2021-07-29 | lenouvelliste.com

La violence omniprésente des gangs, les enlèvements, la corruption et l'effondrement économique ont marqué les quatre années de mandat du président haïtien Jovenel Moïse. Depuis son assassinat le 7 juillet, l'insécurité et l'incertitude n'ont fait que s'aggraver. En l'absence d'élections crédibles, impossible de sortir du dysfonctionnement d'Haïti. Mais sans des améliorations radicales en matière de sécurité, des élections sûres sont impossibles.

Naturellement, ni l'administration Biden ni le Conseil de sécurité des Nations unies n'ont aucune envie folle d'envoyer des troupes en Haïti. Quels que soient les gains obtenus lors des interventions passées, ils ont été, au mieux, de courte durée et en proie à des dommages collatéraux pour un pays qui ne pouvait pas se le permettre.

Pourtant, sans intervention extérieure musclée, il semble peu probable que l'on réprime le chaos alimenté par les gangs qui a paralysé une grande partie de la vie à Port-au-Prince, la capitale haïtienne, et a éloigné la perspective d'élections équitables. En attendant, la souffrance humanitaire en Haïti, où la pandémie fait rage et où seule une infime partie des 11 millions d'habitants a été vaccinée contre la Covid-19, continue de s'aggraver.

Les récentes élections en Haïti n'ont guère été un baume sur son éventail vertigineux de problèmes. Lors du scrutin qui a conduit M. Moïse au pouvoir en 2017, moins de 20 % des électeurs inscrits y ont participé, et la durée de son mandat est rapidement devenue un point de discorde alimentant des débats et des protestations amères. L'ascension de l'ancien président par des moyens démocratiques n'a pas non plus fait de lui un démocrate : il a supprimé les élections législatives, abolissant ainsi le Parlement ; remplacé les élus locaux par ses propres loyalistes nommés, et gouverné par décret pendant les 18 derniers mois de sa vie.

Cette expérience malheureuse, aggravée par l'anarchie actuelle, a persuadé certains Haïtiens et militants de l'extérieur que ce dont Haïti a besoin (et peut gérer), ce ne sont pas des élections, mais un gouvernement de transition qui effectuerait d'une manière ou d'une autre des réformes et jetterait les bases d'un avenir meilleur.

Malheureusement ils n'offrent aucun moyen plausible d'y parvenir. Compte tenu de la politique éclatée d'Haïti - plus de 50 candidats se sont disputés la présidence aux élections de 2015 - il est peu probable qu'un tel gouvernement provisoire, ou les réformes qu'il pourrait préconiser, soit considéré comme légitime ou le produit d'un véritable consensus. Face à une autorité centrale encore plus faible et à une force de police déjà gravement en sous-effectif, les gangs violents qui contrôlent déjà de larges pans de la capitale seraient enhardis. Les problèmes profonds du pays – pauvreté, corruption, impunité, dysfonctionnement institutionnel, insécurité – deviendraient probablement plus ancrés.

Il n'y a aucun moyen pour Haïti de sortir du bourbier actuel sans des élections qui justifieraient et légitimeraient un nouveau gouvernement et une nouvelle législature. Cela nécessite au moins une intervention internationale à court terme.

L'administration Biden et d'autres acteurs extérieurs influents font pression pour que les élections se déroulent comme prévu, en septembre. Le nouveau Premier ministre haïtien, Ariel Henry, installé le 20 juillet avec le soutien de Washington, a promis des élections selon ce calendrier. Pour réussir, il aura besoin de plus que des vœux et des paroles aimables de la part des diplomates. Des bottes sur le sol [haïtien] seront nécessaires.

Source : Washington Post



Réagir à cet article