C’est le premier pas qui compte : H. colas ! (1 de 2)

Publié le 2021-04-14 | lenouvelliste.com

Islam Louis Etienne  

Un jour, on a fait le premier pas vers l’école, c’était à l’évêché du Cap-Haïtien. L’école se trouvait juste en face. La ville du Cap-Haïtien n’avait pas encore d’écoles de petite enfance. Cette école presbytérale était l’une des meilleures références à l’époque en la matière. Sa renommée n’était plus à faire.  

Personne ne connaissait personne avant ce premier lundi décisif d’octobre de l’année 1958. On avait pleuré ce jour-là de se voir séparer de ses parents. Certains d’entre nous  étaient inconsolables. On a passé toute la première journée à pleurer et à être consolés.  

On devait passer un an dans cette  petite école pour maîtriser les notions de base de la lecture, de l’écriture, des calculs avec retenue, d’éveil, des sens et de leurs fonctions, des différentes parties du corps, de la latéralisation, de l’analyse spatio-temporelle, de dessin, des liens familiaux, de la poésie, des sciences naturelles, etc.  

Une image de qualité semble disparaître dans le milieu scolaire capois  

Cela fait réfléchir lorsqu’on regarde la somme de travail réalisé par ces bonnes dames en un an. On comptait, écrivait, récitait, lisait, expliquait  les textes à cinq ans . On se demande si réellement on ne recule pas  ou encore on ne fait pas perdre du temps à nos enfants. C’est l’occasion pour nous de remercier les dirigeants de l’Église catholique pour cette noble initiative. L’école a fait ses preuves et a montré qu’elle avait sa place dans le milieu !  

 Les résultats sont là ! Des générations ont été formées dans ce format et elles ont réussi leur cycle scolaire sans aucune défaillance et leur vie professionnelle sans aucune bavure. Cette école était un creuset pour éduquer les gens. Pourquoi doit-on changer une équipe qui gagne ? Maintenant, le cycle de la petite enfance est de trois ans ; pour apprendre quoi en plus ?  

Avec un palmarès impressionnant et un taux de réussite certain, cette petite école a formé des générations de Capois. Elle recevait chaque année des tas d’enfants de sexe masculin conduits par leurs parents. L’école devait canaliser ses enfants vers les Frères de l’Instruction Chrétienne comme premier choix. Pourquoi apparemment elle n’existe plus ? La société capoise n’en a plus besoin ?  

  Elle avait deux salles de classe  et deux professeurs féminins, Mademoiselle Fofo et Mademoiselle Marie Jeanne. On m’avait placé dans la classe de Mademoiselle Fofo qui se trouvait à droite en entrant. Avec une patience d’ange à nulle autre pareille, cette dame prenait un temps fou pour nous montrer comment former les lettres  et écrire les chiffres.  

On revit encore ces séances de travail avec une voix qui dominait toute la salle et qui disait : « On monte, on descend et on tourne. « Mademoiselle Fofo était une institutrice formidable et extraordinaire qui nous a marqués. On n’a jamais oublié cette légende d’âge mur et bien élancée qu’on a perdue de vue. Une femme prestigieuse et élégante.  

Elle avait le métier dans le sang. Elle ne nous a jamais dit son nom et on ne l’a plus revue depuis. Tout le monde l’appelait Mademoiselle Fofo. À l’heure qu’il est, elle a déjà peut-être fait le grand voyage. Si c’est le cas, on saisit l’occasion pour saluer sa mémoire et pour lui dire merci au nom de toutes les générations qui ont bénéficié de ses services !  

 On portait un seul livre, la méthode de lecture FIC, avec une couverture rouge. Chaque élève avait une boîte à lunch avec son nom qu’on rangeait soigneusement dans un espace en dehors des salles de classe. Les cahiers et les ardoises se gardaient à l’école. On les distribuaient pour le travail et on les ramassait après les cours.  

Il n’y a pas d’âge pour être responsable  

 On travaillait dans quatre cahiers différents chaque jour : deux avant la récréation et deux après la récréation. C’était toute une histoire lorsqu’on était responsable ou bien de la distribution ou bien du ramassage des cahiers, des crayons couleur et des ardoises. Elle a développé tres tôt chez nous le sens de responsabilité.  

C’était beaucoup plus difficile de distribuer que de ramasser, car, pour distribuer, il faut pouvoir lire pour citer le nom. Les élèves étaient choisis à dessin pour jouer les rôles. Ensuite, celui qui faisait le ramassage devait signaler les cahiers qui n’ont plus de pages. Il fallait les enlever du lot pour les remplacer par un cahier neuf.  

 Ce cahier usé était remis à son propriétaire pour être communiqué aux parents. Les cahiers étaient recouverts par une couverture plus résistante que le papier ordinaire. Les cahiers de réserve étaient disponibles dans un meuble à l’école même. À la fin de l’année, au dernier jour de classe, on remettait tous les documents : cahiers, ardoise  et crayons.        

 On se mettait en rang avec le doigt sur la bouche non seulement pour la récréation et à la fin de la journée pour récupérer la boîte à lunch, mais encore pour aller aux toilettes et à l’abreuvoir. Ce sont des principes cardinaux qui ont géré notre vie d’adultes et de professionnels jusqu’ à aujourd’hui  

Chemin faisant, on a commencé à tisser des liens d’amitié sans le vouloir. D’abord, on était deux élèves par banc;  ensuite, on se mettait en rang par deux; pendant la récréation, on jouait au football, à la marelle, au cache-cache, au carré, on interprétait des personnages différents dans la poésie.  

On faisait des échanges, on jouait  avant le son de cloche qui annonçait le début des cours et après la classe en attendant que les parents viennent nous chercher. On développait des relations si solides que certaines fois les enfants obligeaient les parents à se parler et à entretenir des liens d’amitié.  

À l’occasion de certaines fêtes, on organisait des cérémonies pour parents et enfants. Certains parents plus disponibles prêtaient leurs services pour faire la décoration des lieux; pour assurer la répétition générale, l’habillement et le déshabillement des enfants.  

Bébé grandit a été la toute première poésie que l’on avait apprise et interprétée. Les élèves avec lesquels on l’a interprétée nous sont restés fidèles jusqu’à aujourd’hui.  Ce texte n’est jamais sorti de notre mémoire. Cette amitié a été cultivée sur les bancs de l’école depuis cette époque-là. On a cheminé et grandi ensemble. On a construit ensemble tout un pan de vie.  

 Un deuxième vendredi du mois de mai, après la récréation et la répétition générale, on a été conduits en discipline chez les frères de l’Instruction Chrétienne pour subir le concours d’admission. Les frères étaient au nombre de cinq à interroger simultanément  les postulants.  

(A suivre)  

Islam Louis Etienne  

mars 2019  


 

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