Le carnaval : une expression de manifestation populaire (1 de 2).

Publié le 2021-03-02 | lenouvelliste.com

Islam Louis Étienne  

D’origine païenne, cette fête laïque est un produit colonial importé d’Europe. Au Moyen Age le carnaval était célébré comme les dernières réjouissances mettant fin aux festivités du nouvel An avant d’entrer dans la grande période de pénitence appelée Carême. À ses débuts, le carnaval haïtien a été un simple événement frénétique ; mais avec le temps, il se transforme en une parodie mettant en scène la vie sociale.  

 Depuis des décennies, il devient une fête nationale prise en charge par les autorités établies. En dehors du financement et des préparatifs, il existe une ambiance particulière qui conduit à une grande effervescence. Le théâtre carnavalesque est joué par un ensemble d’acteurs classés en groupes mineurs, troupes folkloriques, bandes à pied et orchestres.  

Le carnaval haïtien représente actuellement  la plus grande et la plus importante manifestation culturelle du pays. Il mobilise toutes les ressources du pays ; qu'elles soient humaines, matérielles, financières  et culturelles. Elles sont articulées pour nous offrir un spectacle de qualité. C’est une grande fête populaire organisée dans une ambiance d’allégresse de décor créé par la musique, la danse, le déguisement, les couleurs, la gourmandise et même l’ivresse atteignant souvent la frénésie.  

 Le carnaval commence le jour de l’Épiphanie et se termine le mercredi des cendres. La fin du carnaval est marquée par le Mardi-gras. La date du carnaval change tous les ans, car elle dépend de la date de Pâques (qui varie en fonction du cycle de la lune). Il y a quarante jours de Carême entre la fin du carnaval et le jour de Pâques.  

 Dans la liturgie catholique, le mardi-gras  précède le mercredi des cendres : l’un est célébré par la musique et la danse frisant la débauche; l’autre est consacré par les cendres et le jeûne, signes de recueillement et d’abnégation. Dans les jours précédant le carnaval, certaines institutions travaillent  toujours d'arrache-pied, avec beaucoup d'ouvriers qui fonctionnent le jour comme la nuit,  pour faire des préparatifs pour ce rendez-vous incontournable de la vie culturelle haïtienne.  

 Une des fonctions du carnaval est de favoriser la cohésion et l’homogénéité du corps social. La hiérarchie est renversée, toutes les contraintes qui s’exerçaient dans l’année sont rejetées ; tout rentre dans l’ordre les jours suivants. Sorte de soupape de sécurité, le carnaval renforce le sentiment d’appartenance à une agglomération.  

 Le carnaval présente aussi une fonction conservatrice, car il transmet de génération en génération un ordre retracé à ses origines, tout en renouvelant les croyances et les mythes. Le présent est de ce fait relié au passé et les membres de la communauté participent à l’histoire qui les dépasse en tant qu’individus.  

Cependant, le carnaval n’a pas le même relief et la même mobilisation dans tout le pays. Il y a certaines spécificités  du carnaval qui sont propres à certaines zones. Elles ont créé leurs propres mythes, leurs propres images. C’est bien sûr le cas de la ville du Cap-Haïtien dans les années 1960.  

Le carnaval au Cap-Haïtien dans les années 1960.  

La ville du Cap donne une dimension particulière à cette manifestation populaire  à cause de la variété  du spectacle en fait de jours, de  musiques, d’animation, de pratiques  culturelles, de danses profanes, de groupes organisés, etc.  

Un dimanche ordinaire  de carnaval au Cap  commence dans la soirée du  samedi  avec la frappe  impardonnable  de Bossu, un homme de petite taille qui avait une déformation au niveau de la colonne vertébrale et dont le groupe portait le nom.  

 Bossu est un groupe  formé  de tambourineurs issus des couches défavorisées  avec des chansons un peu triviales et spéciales qui mettent à nu toute leur grivoiserie  se rapportant surtout à la maman de Bossu.  

 Ce groupe  comptait de nombreux  admirateurs et des fans zélés surtout dans le petit commerce, le commerce de pacotille, les balayeurs de rue, les portefaix, les ivrognes  et les chômeurs. Ce cortège représentait  une chorale significative  qui déambulait dans les rues et qui perturbait le sommeil  des Capois.  

Pendant des années, Bossu a sillonné les rues de la ville avec un seul trajet, un  parcours unique et magique, de Lafossette à la rue 19 L pour saluer les édiles qui lui gratifiaient d’un pourboire  pour nourrir le gros de la troupe  et les musiciens.  

(A suivre)  

Islam Louis Étienne  

Mars 2020  


 

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