Livres en Folie

Le temps d'un regard sur « Galère en autobus »

Publié le 2020-06-19 | lenouvelliste.com

Les transports en commun, en Haïti, sont un véritable drame, un cauchemar. Aussi bien sur les routes tertiaires, secondaires que nationales, les passagers sont transportés dans des conditions infrahumaines. Cette situation chaotique ne date pas d'hier. Elle a fait couler tant d’encre et de sang. Et elle a surtout inspiré « Galère en autobus », une publication signée Claude Bernard Sérant. 

Publié sous l’égide de la Maison d’édition Toussaint (MET) et adressé aux plus jeunes d’entre les lecteurs, le livre présente un regard sur les transports en commun dans le pays. Le travail du journaliste est construit suivant un canevas méthodologique particulièrement intéressant. Il est subdivisé en chapitre et peut être facilement utilisé à des fins pédagogiques. En effet, après chaque partie, l’auteur présente un lexique, des points d’interrogation et des matières à réflexion. 

Dans la perspective de l’auteur, les transports en commun sont pour certains, notamment les chauffeurs, les « travayè »,  les marchands, un gagne-pain, voire plus encore. Pour nombre d’entre eux, c’est une bonne partie de leur vie. Et c’est le cas pour Alexandre, chauffeur et propriétaire de l’autobus « Vierge Miracles », véhicule placé au centre de l’histoire de Claude Bernard Sérant. « Vingt-cinq ans  derrière le volant, vingt-cinq ans sans un jour de répit, l’ont mis dans la même disposition d’esprit des chauffeurs qu’il côtoie dans le circuit de Port-au-Prince – Saut-d’Eau », écrit l’auteur.

Pour d’autres, les transports en commun sont un moyen auquel ils sont contraints de recourir pour rendre possibles leurs déplacements à l’intérieur du pays. Et à travers un peu moins de 90 pages, le journaliste présente toutes les péripéties de ces derniers... « entassant les gens dans une fournaise, vrai habitacle où s’inventent malaises, engueulades, crampes aux pieds et à l’estomac, étourdissement », décrit l’auteur. En dépit de tout cet inconfort dépeint par Claude Bernard Sérant, les usagers du transport en commun sont très peu exigeants. 

Des histoires à remplir toute une vie

Malgré cette grande incommodité, le temps d’un voyage, qu’il soit long ou court, il peut se passer des histoires à remplir toute une vie. Et quand il s’agit de raconter leurs histoires, leurs vécus, même à des oreilles inconnues, les passagers peuvent avoir la langue bien pendue. Même les faits relevant de la vie privée n’échappent pas à l’incontinence verbale de ces passagers entassés comme des sardines. 

A travers les pages de ce livre illustré en noir et blanc par Vladimyr Joseph, Claude Bernard Sérant présente toute une ambiance colorée, voire la vie qui entoure les transports en commun, ceci, dans un luxe de détails. D’ailleurs, dès la première de couverture, il présente un tableau vivant qui affiche le portrait type de nos stations de bus. 

Dans le contexte actuel, particulièrement, il serait très intéressant que les grands et surtout celles et ceux qui ont la charge de la cité lisent aussi ce livre. Si d’aventure ils ignorent la gravité de la situation des transports en commun dans le pays, ils y trouveront un portrait fidèle. En attendant, le transport en commun continue d’être un véritable vecteur de propagation du nouveau coronavirus (Covid-19). 


 

Gladimy Ibraïme gibraime@gmail.com
Auteur


Réagir à cet article