Les 3 principaux pays d’accueil des migrants haïtiens n’ont pas approuvé le Pacte de l’ONU sur les migrations

Outre le fait d’être les principales terres d’accueil des migrants haïtiens, la République dominicaine de Danilo Medina, le Chili de Sebastian Piñera et les Etats-Unis de Donald Trump ont ceci en commun de n’avoir pas adopté le Pacte des Nations unies sur les migrations et de n’avoir pas fait le déplacement au Maroc. Cette décision de ces différents gouvernements coïncide avec des mesures migratoires préalablement prises à l’encontre des Haïtiens qu’on pourrait assimiler à des précédents : fin du TPS décrétée par l’administration Trump, plan de retour volontaire des migrants haïtiens initiés par le président Piñera et, sans oublier, l’arrêt 168-13 de la Cour constitutionnelle dominicaine.

Publié le 2018-12-10 | Le Nouvelliste

Le Pacte mondial sur les migrations, piloté par l'ONU, a été approuvé ce lundi 10 décembre à Marrakech, au Maroc, devant quelque 150 pays réunis en conférence intergouvernementale, malgré les critiques des nationalistes et des partisans de la fermeture des frontières. Après cette simple étape formelle du processus, ce texte final sur les migrations sera définitivement entériné via un ultime vote de ratification à l’ONU, le 19 décembre prochain.

Sans vote ni signature, près de 160 pays, sur les 193 pays membres de l’ONU, ont adopté, après 18 mois de négociations qui ont été longues, difficiles et ardues, l’accord global de Marrakech pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, jour symbolique qui coïncide avec le 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme à l’ONU.

Malgré le fait qu’une quinzaine de pays ont fait part de leur retrait ou du gel de leur décision sur ce texte non contraignant, qui polarise les critiques des nationalistes et des personnes hostiles aux migrants, c’est par un simple coup de marteau que le texte, destiné à renforcer la coopération internationale pour une « migration sûre, ordonnée et régulière », a été adopté après proclamation orale, selon les informations diffusées par l’ONU à Marrakech.

A l'ouverture des débats à Marrakech, précisent plusieurs médias étrangers, il était toutefois impossible de connaître les noms des présents et des absents, en l'absence de toute liste officielle. De nombreux pays n’ont finalement pas fait le déplacement à Marrakech, notamment la République dominicaine.

« Tout en reconnaissant le droit souverain de ce pays frère et voisin de prendre les décisions les plus convenables à l’intérêt national, il faut observer : qu’avec plus de 2 millions d’expatriés et la continuation des flux migratoires irréguliers notamment vers Porto Rico cette décision dominicaine a été surprenante pour les experts en la matière », a déclaré Edwin Paraison, ancien ministre des Haïtiens vivant à l’étranger et responsable de la Fondation Zile.

Contacté par la rédaction, Edwin Paraison a souligné que « la République dominicaine est l’un des rares pays d’émigration ayant rejeté le pacte alors qu’il s’agit d’un effort international qui touche divers aspects qui constituent les doléances du pays voisin face à Haïti, [à savoir] que les migrants soient porteurs de documents de leur pays d’origine, que les potentiels migrants puissent avoir l’opportunité de rester chez eux, que la migration se fasse de façon régulière entre autres ».

Pour le journaliste français Jean Michel Caroit, installé en République voisine, qui a réagi sur le dossier via un tweet, il s’agit d’une victoire de la FNP (Force nationale progressiste) – parti conservateur dont Vincho Castillo, anti-haïtien, est le président – qui a imposé son agenda à pratiquement tous les partis politiques, d’une déroute morale du PRM (qui se veut l’héritier de Jose Francisco Peña Gomez et de l’indice que Danilo veut tenter d’aller à la réélection.

« Comme dans la majorité des autres pays ayant rejeté le pacte migratoire, la question a fait débat en République dominicaine et prouve encore une fois l’influence des groupes ultranationalistes sur le dossier migratoire et les relations haïtiano-dominicaines », a noté Edwin Paraison signalant que le gouvernement dominicain avait pris part au processus d’adoption de ce pacte avant de se voir obligé de se retirer.

Les personnes intéressées à pêcher dans les eaux troubles ont réussi à imposer leur volonté à un gouvernement et à des partis en campagne électorale perpétuelle et en capacités d'analyse peu développées, plaçant la République dominicaine dans 7% des pays ayant refusé de signer le pacte mondial sur les migrations, se désole le média en ligne dominicain Acento. Le média va plus loin en dénonçant des « rumeurs de haine répandues par une droite nationaliste qui représente encore un infime pourcentage des électeurs de ce pays, mais dont la tâche principale est l'empoisonnement progressif et sans scrupule de leurs concitoyens […] ».

En effet, en l’espace d’une semaine, les secteurs favorables à la signature, y compris au sein du gouvernement, ont insisté sur le fait que la diaspora dominicaine compte plus de membres que les immigrants haïtiens ou autres. Mais l’extrême droite nationaliste a polarisé le débat sur l’immigration haïtienne.

« Il y a plusieurs éléments qui pourraient être favorables à la République dominicaine face à Haïti, malgré cela ils ont rejeté le pacte et n’ont pas mis les pieds au Maroc », a regretté Edwin Paraison.

Outre la République dominicaine, le Chili du président Sebastian Piñera est le deuxième pays d'Amérique latine à se placer du côté des Etats-Unis d’Amérique de Trump en rejetant le Pacte mondial sur les migrations. Sur son compte Twitter, le président chilien a déclaré que « bien que le Chili respecte et protège les droits fondamentaux de tous, y compris les migrants, l'accord international des Nations unies, signé ce lundi au Maroc, contredit certains des principes du pays ».

Bien que le Chili, à l’instar des Dominicains, ait participé à l'élaboration du document, le gouvernement chilien n’a pas souscrit au traité. « Le pacte des Nations unies sur la migration contredit certains de ces principes, encourage la migration irrégulière, restreint notre souveraineté et peut porter préjudice à nos compatriotes. C'est pourquoi nous avons décidé de ne pas souscrire », a avancé Piñera dans des propos relayés par le journal chilien La Tercera.

« Lors de notre arrivée au pouvoir en mars dernier, il y avait plus de 300 000 immigrants clandestins ou illégaux au Chili. Et, bien sûr, il ne semble pas opportun, ni pour le Chili ni pour les Chiliens, de signer un pacte rendant difficile le processus de commande de notre pays en matière de migration », a poursuivi le milliardaire président au micro des journalistes de son pays alors qu’il participait à un événement dans la capitale chilienne célébrant le 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme de l’ONU.

A ce stade, neuf pays se sont retirés du processus après avoir approuvé le texte le 13 juillet à New York : l’Autriche, l’Australie, le Chili, la République tchèque, la République dominicaine, la Hongrie, la Lettonie, la Pologne et la Slovaquie ; et sept ont souhaité plus de consultations internes : la Belgique, la Bulgarie, l’Estonie, Israël, l’Italie, la Slovénie et la Suisse.

Les Etats-Unis, qui s’étaient retirés de l’élaboration du texte en décembre 2017, le jugeant contraire à la politique d’immigration du président Donald Trump, ont lancé vendredi une nouvelle salve contre le pacte et contre toute forme de « gouvernance mondiale ». « Les décisions sur la sécurité des frontières, sur qui est admis à résider légalement ou à obtenir la citoyenneté figurent parmi les plus importantes décisions souveraines qu’un pays peut prendre », a fustigé la mission diplomatique américaine à l’ONU dans un communiqué.

Toutefois, se réjouit l’ONU, les pays qui comptent sur la question migratoire internationale ont bien répondu présent au Maroc. En effet, les pays qui accueillent le plus grand nombre de réfugiés et de migrants sont la Turquie, le Pakistan, le Soudan, l'Iran ou proportionnellement à sa population, le Liban, a tenu à rappeler l’organisme mondial.

Il y a environ 258 millions de migrants et personnes en mobilité dans le monde, soit 3,4 % de la population mondiale. Plus de 80% des déplacements entre les pays se font de façon légale. Pour la migration clandestine, plus de 60 000 sont morts pendant leur périple depuis 2000, selon les chiffres de l'ONU.

Approuvé par plus de 190 pays en septembre 2016 lors de l'Assemblée générale des Nations unies, le pacte, non contraignant, recense des principes – défense des droits humains, des enfants, reconnaissance de la souveraineté nationale – et liste des propositions pour aider les pays à faire face aux migrations – échanges d’informations et d’expertises, intégration des migrants. Il interdit les détentions arbitraires, n’autorisant les arrestations qu’en dernier recours. Les défenseurs des droits humains le trouvent insuffisant, notamment sur l’accès des migrants à l’aide humanitaire et aux services de base ou sur les droits des travailleurs migrants. Ses détracteurs, eux, le voient comme un encouragement à un flux migratoire incontrôlé.

Sources combinées

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