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Festival Quatre Chemins: la détention préventive prolongée au cœur de l’”anfans san maltraitans”

20 novembre - 2 décembre 2017 La 14e édition de Quatre Chemins cette année, c’est du 20 novembre au 2 décembre. Si le festival se passe depuis longtemps de présentation, il a prouvé ce matin à l’IFH, à sa conférence de lancement, qu’il est totalement dans la mutation, sans cesse renouveler.

Publié le 2017-11-07 | lenouvelliste.com

Ce renouvellement, ce sont d’abord les thématiques qui en témoignent. Une blague, une idée, une réflexion et la lumière jaillit. Pour « anfans san maltraitans », le thème de cette année, les mésaventures avec un père fouettard d’une ancienne collaboratrice de l’association est au cœur de la cogitation. En effet, c’est au cours de plusieurs discussions que le staff artistique du festival se rend compte que beaucoup d’Haïtiens, sous prétexte de correction, ont été battus voire maltraités durant l’enfance par un membre de leur famille, leur enseignant ou des étrangers. Et puisqu’il n’est plus question de faire du théâtre que pour l’art avec Quatre Chemins, la direction artistique, menée par Guy Régis Junior, a décidé de converger sa programmation cette année autour de cette question.

Ce renouvellement c’est aussi toute la mise en scène autour du festival. Et il ne fallait pas en attendre moins puisqu’il s’agit justement de dramaturgie.

Guy Régis Junior, Daphné Ménard, Samuel Suffren et Jean Mathiot ont intervenu, chacun de leur lieu respectif de directeur artistique du festival, d’assistant à la programmation, de responsable de communication et de directeur de l’IFH. Le cadre peu habituel de cette conférence de presse a tout de suite fait plonger dans l’ambiance que revêtira ce grand événement de la fin de l’année. Tout autour de la terrasse couverte à l’arrière-cour de l’Institut français, des portraits d’anciens détenus, hommes et femmes, croqués par Pauline Lecarpentier. Exposées sur des étagères en bois encastrées le long du mur, des marionnettes d’hommes de race noire.

Chaque marionnette dans chaque case rappelle ces humains empilés comme des sardines dans les cellules des prisons haïtiennes. Elles sont là pour l’exposition Enfermé-es – Libéré-es qui ouvre ce lundi soir. Sous les dernières étagères, déposées par terre, des instruments de tortures des familles haïtiennes : « rigwaz » et « matinèt ». Une mise en scène qui en dit long sur le regard que le théâtre peut porter sur la maltraitance des enfants et les dérives de la justice, notamment sur la détention préventive. Soulignons que les débats, les projections et la pièce « Gouyad Senpyè » de Darline Gilles mise en scène par Anyès Noël qu’il faut absolument voir au festival (la presse a eu droit à un extrait après la conférence), est possible grâce au partenariat de Quatre Chemins avec le Bureau des Droits humains en Haïti.

Ce renouvellement c’est enfin la reconnaissance du travail des pairs par la mise à l’honneur d’un aîné, qu’il soit un individu ou une compagnie. Et comme qui Guy Régis l’a si bien dit : « Le théâtre c’est d’abord un groupe, une équipe, même pour celui ou celle qui fait un monologue. L’âme même du théâtre réside dans le travail des troupes. » Voilà pourquoi Foudizè Théâtre, du haut de ses 16 ans d’expérience et de partage, est à l’honneur à cette 14e édition. Johny Zéphirin et Chelson Ermoza, en l’absence de Billy Elucien, directeur artistique de la troupe, n’ont pas manqué d’exprimer leur plaisir de l’honneur qui leur est fait.

Depuis 2014, Quatre Chemins qui entretemps est devenu une association et propose des activités sur toute l’année (Théâtre dans les écoles, appel à candidature pour résidence…) s’évertue à chaque nouvelle édition de proposer des spectacles, ateliers, lectures et projections qui portent à la réflexion sur des drames de la société haïtienne. A défaut de pallier le manque cruel de réponses qui naitraient de travaux de recherches scientifiques et intellectuelles, les questionnements que leur art soulève n’en est pas moins légitime par la mise à mal de maux trop longtemps tus.



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