Peinture / Saint soleil / décès

Dernier coup de pinceau pour Saint-Jean Saint-Juste, peintre de Saint-Soleil

Dimanche 15 octobre, Saint-Jean Saint-Juste, 63 ans, s'est éteint seul dans sa maison à Frères. L’un des premiers disciples de Jean-Claude Garoute, Tiga, il n’animera plus la rotation artistique pour les plus jeunes comme il l’a fait en 2010. Le peintre était diabétique depuis plusieurs années, mais on ne sait pas si c'est cet état qui a eu raison de lui. Son départ est salué ici par quelques-uns de ceux qui l’ont bien connu.

Publié le 2017-10-18 | lenouvelliste.com

Levoy Exil, peintre et sculpteur de Saint-Soleil

Depuis notre rencontre en 1972, Saint-Jean et moi sommes restés très proches, comme nous l’étions tous deux de Tiga jusqu'à sa mort. Mais cela n’a pas empêché que nous travaillions chacun de notre côté, quoique nous ayons peint quelques tableaux ensemble, comme la fresque murale qui orne le mausolée érigé en mémoire de Tiga. Nous avons aussi plusieurs fois exposé et fait du théâtre ensemble, une fois, en 2007, c’était à l’Alliance française à Jacmel. La dernière fois que j’ai vu Saint-Jean, c’était au début de l’année. Lose, une étrangère qui nous a beaucoup aidés à Saint-Soleil, retournait dans son pays.

L’association avait alors organisé une belle fête pour elle, et Saint- Jean était présent. C’est à cette activité qu’il m’a dit : « Levoy, si je meurs cette année, j’aimerais t’emmener avec moi ». Je lui avais répondu «pas de problème», en riant, mais, finalement, c’est Ti Bòday, notre gardien, qui était là, lui aussi dès les premiers instants du mouvement, qui est parti avec lui. Il a fait un changement de vie, mais son nom perdurera toujours. Il a aussi une fresque dans le mausolée.

Philippe Dodard, peintre et disciple de Tiga

Saint-Jean Saint-Juste, de Saint-Soleil, était l'un des maîtres du mouvement artistique Saint-Soleil créé par Tiga et Maude Robart en1969, à Soisson-la- Montagne, surplombant Thomassin. Parfait disciple de Tiga et travaillant très près de lui dans la formation de la rotation artistique à KayTiga à Pétion-Ville, Saint-Jean faisait le lien avec tous les artistes de Saint-Soleil dont il représentait la mémoire vivante. Après le séisme du 12 janvier 2010, Saint-Jean a collaboré avec moi pour mettre sur pied le programme de réhabilitation par les arts à « Plas Timoun », fondée par la première dame de l'époque, Mme Elizabeth Préval, au profit des enfants victimes de la catastrophe et vivant dans les camps de réfugiés du Champ de Mars et de la place Boyer. Sa peinture très spontanée et linéaire, inspirée de l'iconographie vodoue, est très inspirante et nous fait voyager dans l'univers de nos contes et légendes. SainT-Jean laissera un grand vide dans la communauté de Saint-Soleil et dans le monde de l'art haïtien. Bon Soleil, mon ami Saint-Jean.

Colette Armenta Pérodin, directrice exécutive de la Fondation Culture Création

St-Jean St-Juste a initié la peinture en 1972 avec le plasticien Jean Claude Garoute, dit Tiga. Depuis, Il a été l’un des membres les plus fidèles à l’esprit du Soleil. Bras droit de Tiga, St-Jean l’a accompagné dans toutes ses expériences esthétiques et éducatives, en faisant preuve d’une grande générosité et d'humilité. Pour parler de St-Jean, je ne peux que reprendre les propos de Tiga à son égard : « C’est un bonhomme extraordinaire, très généreux, très serviable. Travailleur infatigable, habile et d’une grandeur d’âme, d’une générosité et d’une sensibilité on ne peut plus extraordinaires » (in article L’œil du soleil une démarche picturale nouvelle ! de Rodney St-Eloi, Arts, Culture et Lettres, Supplément de Le Nouvelliste #33 du 30 avril 1990).

Jacky Lumarque, recteur de l'Université Quisqueya et grand supporteur du mouvement Saint-Soleil

Haïti n’est pas le pays qu’on voit. Ses natifs non plus ne sont pas ceux qu’on voit. Par quel mystère cette main modeste de charpentier, comme celle de Louisiane St-Fleurant, simple cuisinière, ou celle de Antilhomme, humble maçon, se transforme-t-elle soudainement en virtuose du pinceau, en seigneur du geste, faisant jaillir la beauté d’un univers fait de misère, de précarité, de privations et de catastrophes de toutes sortes ? Comme si le pendant quotidien de tous nos malheurs était cette exceptionnelle capacité de créer de la beauté, annonçant un nouveau monde où chaque objet, chaque regard, chaque geste sont comme le tracé d’une nouvelle histoire de l’humanité.

Ave St-Jean ! Premier des St-Soleil, compagnon discret de Tiga jusqu’à son dernier souffle, fondateur de l’épopée du nouveau St-Soleil, témoin et acteur d’une Haïti en gestation annonçant au reste du monde que les Haïtiens sont les fils du Soleil.

En vérité, St-Jean, l’histoire n’est pas terminée. Haïti n'a pas dit son dernier mot.



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