Dialogue sur l'itinéraire artistique et poétique de Jean Jacques Clark Parent

Livres en Folie Dans sa série consacrée à la présentation d'auteurs en signature à "Livres en folie", Le Nouvelliste accueille l'écrivain Mérès Wèche qui a publié une oeuvre critique sur l'ensemble des productions artistiques et littéraires de Jean Jacques Clark Parents. Connu pour ses chansons engagées, ce natif de Marlique, aveugle né, a soulevé un enthousiasme certain dans la lutte pour l'instauration de la démocratie en Haïti. Leader de CRECOP et PADHEM, il a gagné de haute lutte, en 1990, le pari électoral qui le consacra Sénateur de la République sous le label du FNCD. Retiré depuis dans son patelin, il allie musique et littérature pour traduire ses plus profondes pensées. Dans cet entretien, Mérès Wèche, son biographe, fait toute la lumière sur son entreprise de création.

Publié le 2011-06-20 | Le Nouvelliste

National -

L.N : M. Weche, quelle a été votre motivation première en écrivant ce livre sur Jean Jacques Clark Parent ? Mérès Wèche : J'ai voulu tout simplement prendre le contre-pied d'une certaine mentalité haïtienne qui consiste à célébrer les morts plutôt que les vivants. Voilà en un mot la motivation qui m'habitait et qui m'habite encore. L.N : Est-ce votre première oeuvre en ce sens ? M.W : Bien sûr, mais ce n'est certainement pas la dernière. Mon objectif, c'est d'instituer comme dans « J'ai lu » un espace de lecture consacré aux meilleurs créateurs haïtiens morts ou vivants. Cette démarche remonte à 1980 où j'ai publié un essai sur le peintre Hector Hyppolite. Plus près de nous, une production sur Tiga , à tirage très limité, va devoir, avant la fin de l'année, atteindre le grand public. L.N : Dans le préambule à votre étude sur la vie et l'oeuvre de Jean Jacques Clark Parent, vous traitez de la critique comme une entreprise aussi difficile que la création, alors qu'une assertion vieille comme le monde veut que la critique soit plus aisée. Vous me semblez penser le contraire ? M.W : Vous admettrez avec moi que je m'érige à la fois en juge et partie, pour être partagé entre l'écriture et la critique. C'est là tout l'avantage qui me permet de me méfier des jugements de valeur et de mettre « l'esprit critique » au-dessus de « l'esprit de critique ». La critique est aisée quand elle nie tout rapport entre l'inspiration et la transpiration. Il fallait beaucoup d'efforts à Thomas Edison pour concevoir l'idée de la lampe à incandescence. Il en est de même de l'écrivain pour « pondre un livre ». Le critique qui aborde une oeuvre doit faire preuve à la fois de lumière, d'honnêteté, de perspicacité, d'impartialité et surtout de capacité d'analyse. Et c'est pas facile. L.N : Et pourquoi avoir choisi Joseph Clark Parent comme premier d'entre les vivants ? M.W : C'est parce que , en ma qualité de peintre, je sais ce que c'est la vision intérieure ; la capacité de « voir » sans regarder. Toutefois, en écrivant sur Clark, je n'ai pas la prétention de le révéler , puisqu'il l'a lui-même fait toute sa vie. Je serais plutôt tenté de le « récupérer » dans la jungle littéraire haïtienne où des bonzes se constituent en chasse-gardée. L.N : À votre avis, la cécité n'est pas un handicap à l'écriture, et même à la célébrité littéraire ? M.W : Non. Aussi vrai que la surdité ne l'a été pour Beethoven . Dans le cas de Clark, en dehors du système d'écriture en points saillants de Braille qu'il a acquis dѐs son jeune âge, il possède d'étonnantes capacités d'appréhension du réel qu'il met à profit par la verbalisation, en utilisant toutes les techniques modernes communes aux mass-media. Il prête souvent mes yeux et ma plume pour traduire ses plus profondes pensées transmises sur bandes sonores. L.N : Si je comprends bien, les idées développées dans ce livre vous ont été dictées par lui ? M.W : À part quelques pensées hachurées qu'il m'a soumises oralement, j'ai dû lire plusieurs de ses écrits , et c'est ce qui m'a permis d'avoir une prise certaine sur son itinéraire d'artiste, d'écrivain et de politique. L.N : Cette oeuvre critique sur Clark Parent me semble être à la fois l'illustration et la défense d'une culture de création allant de la chanson à l'écriture proprement dite, sans exclure l'engagement politique. Ai-je bien dit ? M.W : Vous ne croyez pas si bien dire. Sous le couvert de la chanson, Clark Parent fait passer des messages trѐs forts extrapolés dans ses livres et son action politique. Il faut remonter aux années 60 pour le suivre dans son ascension, via des textes apparemment anodins, mais qui marquaient déjà la naissance d'une conviction politique ferme. Ses chansons engagées ne cessent de s'affirmer dans la conjoncture sociopolitique actuelle. Pour s'en convaincre, il suffit de capter les stations de radio les plus prisées du pays et de la diaspora. L.N : Qu'est-ce qui , d'après vous, justifie sa présence dans le milieu littéraire haïtien ? M.W : Clark Parent a plusieurs livres à son actif, allant de la poésie au roman, de l'essai sociologique au traité philosophique. Le dernier en date qui porte le titre de « Mwen vle vini yon gran sitwayen » embrasse l'éducation civique et morale, l'histoire, l'hygiène et la géologie. Vous me direz sans doute qu'il ne suffit pas de « pondre des livres » pour être un écrivain , mais je prends la liberté de dire qu'il compose des ouvrages littéraires et scientifiques ,dans nos deux langues officielles , non seulement pour représenter la parole et la pensée haïtiennes, mais pour aussi faire oeuvre d'éducateur et défendre les principaux acquis sociaux nécessaires au développement et à l'épanouissement de la société haïtienne. L.N : S'agissant de sa philosophie dite du « parentisme », montre-t-il une certaine velléité de faire école ? M.W : Il n' y a pas de doute que l'humble lignée héréditaire de Marlique à laquelle il appartient s'est caractérisée par une prise réelle sur la conjoncture politique haïtienne. Il suffit de prendre en exemple les trois mandats de Lydie Parent à la Mairie de Pétion-Ville , particulièrement son approche pragmatique dans la gestion de la ville. « Le parentisme, dit Clark Parent, est fondé sur la philosophie pratique de la vie ». Et il définit son organisation sociopolitique CRECOP comme étant « une croisade pour enrichir la connaissance du peuple ». Étant donné que, par extension, une croisade peut être considérée comme une campagne menée pour créer un mouvement d'opinion, et compte tenu de sa force de caractère, il y a lieu de croire qu'il a fait des adeptes.

Propos recueillis par Nélio Joseph Auteur

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