Crise à l'UPNCH : le recteur démissionne, le ministre Cadet le transfère et place un comité de gestion provisoire

Le professeur Délide Joseph n’est plus le recteur de l’Université publique du Nord au Cap-Haïtien (UPNCH). Il a donné sa démission à la suite d’un « scandale de chèques d’employés » au sein de cette institution qui sera bientôt dirigée par un comité provisoire de gestion, ainsi constituée : « Jean Luc Fénélus (président), Sadrack Ordena (membre) et Joël Michel (membre) ». C'est une délégation composée de cadres du ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) dont dépend cette université, qui procèdera à son installation, a fait savoir au journal le titulaire dudit ministère, Pierre Josué Agénor Cadet.

Publié le 2021-06-30 | lenouvelliste.com

Installé sur fond de crise au poste de recteur depuis 2018 à l’UPNCH, le docteur en histoire contemporaine, Délide Joseph, a remis sa démission le 15 juin dernier à la suite d'un dernier scandale de corruption lié à un dossier de chèques qui vient éclabousser l’image de son administration. Dans sa lettre de démission, l’ancien recteur évoque des raisons personnelles pour justifier sa décision. Deux jours plus tard, soit le 17 juin, une lettre du ministre de l’Education nationale, Pierre Josué Agénor Cadet, s’adressant au concerné l'informe qu’il a est affecté provisoirement à la Direction de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (DESRS), en attendant que les instances judiciaires, déjà saisies de cette affaire, fassent la lumière sur ce que le ministre qualifie de « énorme trafic de chèques à l’UPNCH ».

« C’est une mesure provisoire. Nous devons attendre la décision de la justice. C’est un dossier délicat. Nous avons mené notre enquête, nous avons pris une décision comme responsable d’Etat jusqu’à ce que la lumière soit faite sur cette affaire... », soutient le ministre Pierre Josué Agénor Cadet, annonçant l’installation du nouveau comité de gestion pour bientôt.

Si, selon le ministre, le recteur a été avisé de la décision du ministère, le concerné, Délide Joseph, soutient avoir été informé de sa réaffectation à la DESRS seulement à partir de la circulaire publiée sur les réseaux sociaux. Il affirme n'avoir pas été informé ni de la lettre de son affectation à la DESRS ni de la lettre relative à la constitution d’un comité de gestion provisoire.  « De manière délibérée, les gens haut placés au sein du MENFP décident de m'infliger une mort sociale et politique. C’est un acte très politique. Si ce n’était pas le cas, ils auraient attendu une enquête. J’aurais été informé bien avant qu'ils la publient sur les réseaux sociaux » déplore l’ancien recteur, visiblement affecté par cette affaire, qui informe avoir communiqué son rapport, depuis le 25 janvier 2021, au ministre Cadet concernant ce dossier. Dans son rapport, il a fait état de la question tout en évoquant un ensemble de conséquences et de décisions qui ont été adoptées.  

L’homme qui a provoqué le scandale...

Contacté par la rédaction, Richemond Bell, l'employé (connu jusqu'ici) qui s’est présenté comme victime dans cette affaire de chèque, confirme en avoir alerté les autorités du ministère de l’Education nationale, des instances judiciaires et administratives de la République et même des organisations des droits humains.

« J’ai travaillé à l’Université publique du Nord au Cap-Haïtien (UPNCH) comme membre du personnel administratif durant l’année fiscale 2018-2019. J’ai passé toute l’année fiscale sans recevoir un sou, en dépit des obligations quotidiennes dispendieuses que m’a imposées cette fonction », a soutenu le concerné dans une lettre en date du 17 janvier 2021, disant avoir attiré leur attention « sur le vol de chèques d’employés » au sein de l’institution universitaire dont il est l’une des victimes.

Le concerné qui, avant de partir à l'étranger, avait donné le mandat à M. Luxone Rénélus de recevoir, en son nom, l’ensemble de ses chèques équivalant à douze mois de travail fourni à l’institution. Sauf que le mandataire lui confirme que certains chèques, dont il n’est pas en possession, ont été quand même livrés par le bureau départemental de l’économie et des finances à l’administration de l’université.

« Le 30 décembre 2020 j’ai adressé une correspondance à la direction générale de l’ULCC,  tout en ayant pris le soin de mettre en copie le ministère de l’Education nationale et de la Formation professionnelle, ainsi que le ministère de l’Economie et des Finances, pour lui demander d’enquêter et de poursuivre, conformément à la loi du 12 mars 2014 portant prévention et répression de la corruption, la Convention interaméricaine contre la corruption, ratifiée par Haïti en 2004, la Convention des Nations unies, ratifiée en 2007 par Haïti auxquels s’ajoutent d’autres textes légaux et réglementaires, toutes les personnes impliquées dans cet acte afin que la justice soit rendue à qui elle est due.» 

Le réseau des diplômés de l’UPNCH préoccupé par la situation de crises récurrentes...

« Le dernier scandale de corruption et d’énorme trafic de chèques qui éclate à l'université ne fait que rabaisser sa valeur et son importance aux yeux de la communauté. Tout le monde a l'impression que cette université est passée à côté de ses principales fonctions que sont l'enseignement, la transmission du savoir, la recherche et l'innovation, et le service à la communauté », s’inquiète un groupe d’anciens étudiants de cette université dans une correspondance acheminée à la rédaction qu’ils ont adressée au ministre de l’Education.

Ces anciens diplômés dénoncent des manœuvres politiques qui tentent de détruire l'image de l’institution: « Nous sommes profondément attristés de voir comment certains acteurs politiques qui ne maîtrisent pas, trop souvent, la notion d'université, veulent détruire le rêve de toute une jeunesse, voire de tout un peuple. »

Dans cette correspondance adressée, le 21 juin 2021, au ministre Agénor Cadet, le réseau des diplômés de l’UPNCH rappelle que cette institution universitaire a formé beaucoup de cadres ayant décroché le niveau de doctorat capable de l'administrer et la mener vers la route du progrès scientifique. Sur cette base, ils en appellent à l’élaboration d’un plan de stabilité et de renforcement institutionnel conjointement entre eux, l’UPNCH et le MENFP. « Cet accord permettra, à coup sûr, aux différents cadres formés à l'UPNCH (en administration, gouvernance locale, éducation, histoire/géographie, mathématique/physique, psychopédagogie, administration scolaire, santé publique et médecine tropicale, tourisme et hôtellerie, économie et gestion des collectivités territoriales, philosophie et politique ...) de se mettre au service du réseau des universités publiques départementales, couramment appelé réseau des Universités publiques en région (UPR), en particulier, et des institutions de l'État en général », demandent-ils dans leur correspondance.



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