« Il faut compter le Dr Ernst Mirville parmi les pharaons des arts, des lettres et de la culture en Haïti »

Le départ de l’ancien collaborateur au journal Le Nouvelliste, le Dr Ernst Mirville, académicien respecté particulièrement pour ses travaux sur la promotion de la langue créole, laisse un grand vide dans le milieu académique, de l’avis d’un ensemble d’acteurs interrogés par la rédaction. « C’était un excellent scientifique qu’il faut compter parmi les pharaons des arts, des lettres et de la culture en Haïti », a estimé le professeur Jean Robert Charles, président de la Conférence des recteurs, dirigeants et présidents d’institutions universitaires en Haïti (Corpuha).

Publié le 2021-06-11 | lenouvelliste.com

« C’est un homme de grande culture, doté d’un esprit humaniste et d’un cœur magnanime, un patriote convaincu, pour l’avoir connu et expérimenté. Un honnête citoyen qui a préféré la souffrance aux biens mal acquis. C’est un éminent chercheur qui est à l’origine de la création de l’Académie créole haïtien. Un véritable spécialiste qui a commencé à mettre en valeur cette langue nationale depuis les années 70. C’est un pionnier dans la valorisation et la promotion de la langue créole », se souvient le président de la Corpuha, le Dr Jean Robert Charles, saluant le départ d’un véritable militant pour la transformation culturelle en Haïti.

« Le Dr Mirvil est un intellectuel engagé qui a consacré une bonne partie de sa vie à lutter pour donner au créole haïtien la place et le statut qui lui sont dus dans la société haïtienne. Il est le fondateur du mouvement dénommé ‘’Mouvman kreyòl la’’ qui a conduit à la création de plusieurs émissions et mouvements dédiés à la promotion du créole haïtien et à son intégration dans le système éducatif du pays », souligne le recteur Fritz Deshommes, dans une note du rectorat de l’Université d’Etat d’Haïti (UEH).  

« Il était ancien étudiant et professeur à la Faculté d’ethnologie. Il a accompagné plusieurs générations d’étudiants dans le cadre de leurs travaux de mémoire. Il a effectué des travaux de recherche sur la question de l’anthropologie en Haïti, sur la langue créole. La Faculté d’ethnologie salue le départ de ce grand scientifique haïtien, un homme de valeur », confie le professeur Claude Mane Das, doyen a.i de la Faculté d’ethnologie.

« J’ai reçu la nouvelle de son décès avec choc. Il n’était pas mon professeur, mais j’ai eu beaucoup d’expériences avec lui. J’ai appris à le découvrir. Il était très proche de la Faculté de linguistique appliquée (FLA). Je peux dire qu’il a participé à la réforme au niveau de la langue créole, dont il assurait la promotion et la valorisation au cours de sa vie », soutient le professeur Renaud Govain, qui saluait le départ de l’homme qu’il considère comme un « grand mapou » dans le milieu universitaire haïtien.

Par ailleurs, pour sa contribution scientifique aux études (socio) culturelles en Haiti, le chercheur Ernst Mirville a été honoré par le Laboratoire Langage, discours, représentations (Ladirep), en 2015. Il était récipiendaire du prix Jean Price-Mars, rappelle le professeur John Picard Byron. Le chercheur à l’UEH, membre fondateur de ce laboratoire, évoque aussi la dimension militante du professeur Mirville, dans la défense du créole, depuis 1965 avec, notamment, ce qu’on nomme le « mouvman kreyòl ». C’était à la fois un mouvement culturel et politique, car à l’époque, comme le rappelle le professeur Byron, l’une des plus grandes formes d’expression dans le pays se faisait à travers la culture. Certains acteurs avaient choisi de se donner des noms d’emprunt (des pseudos), pour militer contre la dictature, tout en adoptant une posture plus culturelle.

L’homme qu’on surnommait « Pyè Banbou » est un membre fondateur de la « Sosyete Koukouy » qui a inauguré, selon une note du doyen de la FLA, le « prix de l’excellence Pyè Banbou », récompensant deux lauréats dans le cadre du concours d’admission à la FLA, ainsi que d’autres étudiants finissants lauréats de l’institution.   

En 2019, le professeur Mirville a été honoré pour sa contribution à la défense et la valorisation de la langue créole, lors d’un colloque organisé par le Laboratoire de langue, société, éducation (LangSE), sous la direction du professeur Ethson Otilien.



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