ABCédaire de malathion d’une tranche d’histoire d’Haïti 1957-1986

Publié le 2021-04-14 | lenouvelliste.com

La crise qui sévit dans le pays depuis les demandes d’accès à la terre, au travail puis à l’éducation pour tous et au bien-être se manifeste en diverses formes suivant la conjoncture. Il  est un fait que des antagonismes entre les fractions des classes dominantes et ceux plutôt larvés entre lesquelles classes dominantes et les classes exploitées soient les ouvriers et les paysans notamment .L’issue difficile des conflits en question ne trouve jusqu’ ici des voies de solution viable sinon des formes détournées dans l’exercice de la force répressive au moyen des interventions militaires étrangères et de la caporalisation  de la sphère du politique et du social qui marquent le quotidien de la population. Des moments de crise révolutionnaire se sont soldés par de grandes désillusions des masses opprimées et des secteurs alliés.

 La position d’intermédiation des classes dominantes ne leur facilite pas la tâche à se définir une marge d’autonomie sinon se subalterniser aux intérêts des bourgeoisies internationales. Tout projet national serait jusqu’à cette date un leurre et de là les opportunités d’intégration et de participation des classes exploitées   sont dans l’impasse et dans un difficile accouchement devant donner lieu du moins à des projets politiques réformistes.

Le détournement du projet de rupture de 1804 se poursuit malgré de minces espoirs issus de luttes populaires de 1843 avec le manifeste de Praslin et confisquées dans les méandres des intérêts oligarchiques associés à ceux des classes dominantes étrangères. Le mouvement de 1843 marqué par le soulèvement des « Piquets » sous la direction de Jean Jacques Acaau dans le Sud a fait part des revendications paysannes et s’inscrit dans le projet contre-plantation selon Casimir. Par ailleurs, le mouvement de Goman dans la Grand'Anse (1807-1820) s’en prit contre les oligarchies qui menacent le droit d’accès à la terre aux paysans petits propriétaires et des sans-terres sur les traces du projet dessalinien. Ce mouvement s’est opposé à toutes formes de domination, d’exploitation et d’injustice d’où le slogan : « la terre à ceux qui la cultivent ». Quant au mouvement de 1946, il a fait état de revendications sociales en termes de libertés civiles, le droit à la sécurité sociale et à la participation politique. Il y a lieu de noter la mouvance anti-occupation américaine qui a nourri les différents mouvements féministes, indigénistes, culturels, syndicaux et communautaires.

Point besoin d’approfondir pour le moment la récupération et la répression contre ces mouvements à l’ère des Duvalier de 1957 à 1986. Mais les persécutions de l’administration d’Estimé (à partir de 1948) ne sont non plus sans importance, suivies d’un durcissement du gouvernement militaire de Magloire (1950-1956). Et tout près de nous, il faudrait aussi relever le mouvement de 1986 qui a culminé au renversement du régime dictatorial des Duvalier père et fils.

À ce carrefour, des projets de réforme ont nourri les revendications du peuple haïtien qui rêve d’un bien- être et de la participation dans la gestion de la chose publique. Les revers de la conjoncture post-1986 ont fait l'objet de questionnements et de distorsions dans l’importance du mouvement démocratique de 1986 .Des interprétations fusent de part et d’autre , soit des sophismes, de mensonges et de propagandes éhontées en évoquant des idées erronées pour opposer l’ère de la transition démocratique assimilée au désordre, à la violence et l’insécurité .Cependant la période duvaliériste est qualifiée de stable, sécuritaire , encline au développement économique , social et culturel.C’est cette énigme que nous sommes appelé à dépasser en nous passant de raccourcis, des élucubrations aussi bien que du populisme pour faire prévaloir dans la confrontation honnête la cohérence logique.

Le projet de l’ABCédaire de malathion d’une tranche d’histoire d’Haïti 1957-1986 nous fait escompter une dizaine de parutions et sur demande à être amplifiées. Des aspects à aborder recoupent des thématiques telles qu’environnement, énergie, économie, production, loisirs, sécurité et assainissement, promotion du tourisme, défense sociale.  En effet, les points de vue évoqués concernent généralement l’ordre (sécurité, paix, respect de l’autorité); hygiène publique(la discipline dans le nettoyage des rues, l’élimination des ordures, le contrôle de la santé); l’environnement (reboisement, protection des aires protégées); énergie (régularité dans la distribution du courant électrique); production (exportation et dotation d’industries nationales, parité forte gourde et dollar, emplois dans la sous-traitance, aide internationale); loisirs (organisation de carnaval traditionnel et de carnaval des Fleurs, fonctionnement des places publiques et du bicentenaire, explosion de dancings, promotion de festival, de sports et du cinéma, de combats de coqs, organisation de randonnées, de bals, clubs littéraires, de théâtre et de danse, de jeux de correspondances, de championnats de vacances, etc.).

Pour le tourisme, Haïti serait une référence dans la Caraïbe comme zone d’attraction de touristes. À noter que rien n’est évoqué sur l’éducation sinon la discipline et la gestion autoritaire associées à l’ordre. La santé avait la même appréciation en termes d’hygiène publique. En termes de défense sociale, l’éloge du contrôle de la prostitution, de la délinquance et des mœurs est priorisé.

Pour anticiper, comment imaginez-vous que toute Haïtienne ou tout Haïtien ait la taille de 1m60 annoté dans son passeport? Ce qui défait toute approche scientifique contrée par l’autorité et la parole du tyran. Aussi ont -ils tous indistinctement des yeux marrons ; ce qui n’est pas évident. Une liste relativement importante d’idées erronées sera prise en compte pour pouvoir faire le point et rétablir la vérité.

Aussi sera-t-il question de privilégier les écrits des intellectuels et idéologues du régime, ceux des intellectuels les plus critiques du régime des Duvalier, d’intellectuels indépendants de l’ère duvaliérienne aussi bien que les œuvres des intellectuels contemporains. Les positions des organismes internationaux qui font autorité ont fortement contribué à notre démarche.

Cette série tient lieu d’éducation à la citoyenneté à la population et en particulier aux nouvelles générations de l’après-986.Il est courant de recourir à la réalité holographique. Bien souvent les gens ne prennent aucune distance par rapport à la certitude ou à la foi en évoquant des opinions. Ces opinions sont donc vouées à la subjectivité même si elles sont liées à une argumentation préalable paradoxalement. On a tendance à confondre opinion, idée et information en ce sens. Des gens se constituent en substitut du scientifique qui s’est effacé du faible poids de l’université en matière de productions et de recherche quand l’opinion se trouve assimilée à l’information en guise de raccourcis.Des faussetés peuvent ancrer dans l’imaginaire peu importe les objectivités et les fondements à la base de l’information. C’est l’effet pervers de la médiatisation[Y1] .Ainsi les marges et limites d’interprétation,de distorsions de l’information ou de la manipulation sont trop considérables et font corps avec le  public le plus souvent vulnérable. Des menus simplistes sont des caricatures de la réalité.

C’est la rime d’un monde merveilleux dans un collectif enclin alors à la manipulation et ouvre un terrain propice à des distorsions, rêveries et chimères substitués à la réalité quotidienne. L’aliénation peut battre aussi son plein dans un tel contexte. C’est le cas « d’un bœuf ayant une dent en or et assimilé à la transformation d’un homme en une autre espèce d’animal », ce qui est révélateur d'un énigme. Ce serait un débat houleux de contredire. On comprend combien la propagande peut avoir gain de cause en Haïti. La réalité se trouve filtrée dans cette anthropologie du quotidien et au prix de manquements dans l’éducation politique.

L’ABCédaire de malathion d’une tranche d’histoire nationale de 1957 à nos jours offre l’opportunité à la fois de faire le point sur quelques distorsions d’une période macabre et traumatisante qui masque la nécessité d’un devoir de mémoire dans la déconstruction d’une histoire officielle qui fait fi des soubassements de nos malheurs et d’une déchéance progressive si la conscience éclairée de citoyen et de citoyenne n’intervient sur le cours des dérives. Le public de jeunes que contient la population en général est au rendez-vous à un travail responsable.

Hancy PIERRE, professeur à l’UEH et at the University of Findlay, Ohio, USA

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