Que dire des nouveaux romans haïtiens ?

« Écriture de la catastrophe ou apocalyptique », baroque de l’écriture et l’existentialisme : seraient-ce là les nouvelles veines de la littérature contemporaine haïtienne ?

Publié le 2020-08-10 | Le Nouvelliste

Abstrait : La littérature haïtienne a connu plusieurs courants. Parmi lesquels citons la période des pionniers qui prônaient une littérature contestataire et de revendication contre l’esclavagisme ; l’époque dite d’imitation avec le poète Etzer Villaire comme chef de file. Avec le romantisme, elle aborde une nouvelle forme, l’oralité de l’écriture, la lodyans, disait Justin Lhérisson. André Breton, dans les années quarante, parlait du surréalisme dans les œuvres du poète Magloire Saint-Aude. Où en est-on aujourd'hui ? Y a-t-il lieu de parler d’apocalypse dans l’écriture de Marie Vieux-Chauvet, comme le soutient Martin Munro ? Les œuvres de Marie Vieux Chauvet projettent-elles une nouvelle poétique ?

Mots clés : Écriture de la catastrophe ou apocalyptique, baroque de l’écriture, l’existentialisme, discours narratif.

En quoi l’écriture de Marie Vieux Chauvet, dans son triptyque Amour, colère et folie (1968) [1]est-elle apocalyptique ou prophétique, ou pourrait-on parler de préférence d’une œuvre existentialiste ou de l’angoisse existentielle telle que l’auteure l’a vécue durant les sombres années du fameux Papa Doc ? Quand on parle de tendance littéraire haïtienne, citons en hommage Léon-François Hoffman (1992 :133)[2], l’un des rares analystes étrangers qui en se penchant sur la question de la littérature haïtienne a su trouver les termes justes dégageant les vraies idées qui habitent l’imaginaire des auteurs en l’écrivant. En empruntant à l’anthropologue, Alfred Métraux, les termes « la terre, les hommes, et les dieux », il a su toucher, avec ces très peu de mots, le nerf sensible des thématiques qui, d’habitude, motivent les romanciers haïtiens. Je pense qu’à plusieurs égards, le livre de Chauvet justifie la mention d’Hoffman surtout quand elle décrit le malaise que la Nation a vécu durant la féroce dictature de Duvalier.

D’entrée de jeu, le roman, Amour, colère et folie, loin d’être l’accomplissement d’une prophétie, est un texte qui situe Chauvet, non seulement, en tant que l’une des plus grandes écrivaines qu’Haïti ait produites, mais souligne aussi sa militance dans la cause haïtienne.

Selon Martin Munro, il existe aujourd'hui, et ce, depuis le séisme du 12 janvier 2010 plus précisément, une « écriture apocalyptique » constituant, elle aussi, l’esthétique d’une toute nouvelle approche littéraire qui imprègne, de plus en plus, l’œuvre de tous les auteurs haïtiens contemporains. Chauvet, rompant avec le réalisme merveilleux, serait le préambule de cette nouvelle poétique (voir Chauvet the Prophet: Writing the Future and the Future of Writing)[3]. Il cite pour illustrer ce point de vue le roman de Yanick Lahens intitulé Failles[4] qu’il prend comme point de départ de son argumentation, en précisant ceci :


Dans « Failles » de Yanick Lahens, en 2010, le mari de l'auteur retourne à Port-au-Prince après le tremblement de terre et annonce qu'il a vu l'Apocalypse. Immédiatement, Lahens pense à l’utilisation du même mot dans son dernier roman, La couleur de l'aube. Elle avait hésité à employer le mot, le supprimant par trois fois avant d'écrire finalement : « l'apocalypse a déjà eu lieu plusieurs fois dans cette île » (Munro, 2015 : 43).[5]

Les œuvres de Marie Vieux Chauvet, en particulier Amour, colère, folie, pense-t-il, ne dépeignent tout simplement pas le moment présent, mais ont la capacité de prédire le futur (Munro, 2015 : 44). L’enjeu, pour nous, sera de démontrer que le roman haïtien, genre romanesque, n’est autre qu’une œuvre d’art qui tout en se réclamant d’être réaliste, demeure foncièrement subjective. Il est souvent ancré sur un dispositif narratif qui le façonne, et ceci, depuis la parution de La famille des Pitite-Caille et Zoune. Sa fonction, en général, n’est-elle pas de créer une illusion du vrai, la vraisemblance qui à chaque lecture fait naître une autre interprétation ? On est tout à fait dans un domaine herméneutique. Du côté de l’imaginaire de l’auteur, il y a un effet mimétique qui se produit et de l’autre côté il y a les interprétations du lecteur, qui en décodant le message de l’auteur, matérialise une réalité. Cette réalité n’est autre que la mise en marche d’une autre forme de subjectivité. Cela dit, le lecteur ne peut pas se baser, de manière rassurée, sur les termes et mots qui ne font que créer une pensée, une arrière-pensée ou un effet de réel sans risque d’être dupe de l’auteur. On devrait, dans une lecture, se méfier, en ce qui a trait à la rhétorique, ce qui est d’ordre poétique, voire stylistique, mise en application par la créativité de l’artiste. Il n’y a peut-être, rien d’absolu quand Yanick Lahens s’explique sur son choix de mots. « La vision dystopique » de ses propos naît du dialogue que le lecteur, qu’est Munro, entretient avec l’écrivaine qu’est Lahens : « the word apocalypse catches her again in another way » (2015 :27), explique Munro qui se demande si pour Lahens ce propos n’aura pas un effet apocalyptique (2015 :43). C’est de cette observation que Munro va formuler la logique qu’il existerait depuis les années cinquante une nouvelle poétique axée sur l’apocalypse. Elle fut remarquée pour la première fois dans le roman de Chauvet. Puis, elle devient très prégnante dans l’écriture des auteurs actuels.

D’ailleurs, d’après ce même critique, les œuvres de la romancière Marie Vieux-Chauvet font l’effet d’une écriture prophétique, «the telling of the time to come » déclare-t-il. Il fait l’étymologie du mot Prophetic qu’il confirme dans les termes suivants (2015 :45) :

Etymologically, the Greek term prophet refers to “one who speaks outˮ, while the word prophecy itself is derived for the Greek verb, progphemi, which means “to say beforehand, foretellˮ [...] The second key component of the Greek word for prophecy has to do with the telling of the time to come [...] It is also this prophetic quality of language and art that distinguish Chauvet. [6]

Une telle critique omet l’intimité qu’un mot, un son ou une musique et…etc. peut éveiller chez un/une romancier/ère. N’est-ce pas là le point de départ de la poésie, celle qui va nous pénétrer, sensibiliser en tant que le lecteur ?

Outre l’écart des décennies éloignant l’époque de Chauvet de celle de Lahens, il trouve que ces deux romancières s’opposent nettement à l’approche utopique de Jacques Roumain (l’auteur de Gouverneurs de la rosée). L’écriture de Chauvet, ajoute-t-il, initia dans la littérature haïtienne une nouvelle écriture intitulée « writing of disaster » (Munro ,2015 : 45), vue comme une prescience. Elle va à l’encontre de celles de Roumain et d’Alexis. La littérature haïtienne est-elle vraiment à l’ombre d’un changement de paradigme ? Pourquoi devrait-on se méfier d’une telle interprétation ?

Notre démarche sera de répondre aux questions préalablement citées Le texte traitera aussi la question de savoir si les définitions énoncées par les critiques contemporains, seraient les nouvelles veines caractérisant la littérature haïtienne actuelle : écriture de la catastrophe ou apocalypse et baroque de l’écriture trouvée chez Émile Ollivier. Parmi les critiques dont nous parlerons, nous nous attarderons sur celle de Martin Munro stipulant que l’écriture de Marie Vieux-Chauvet très particulièrement Amour, colère et folie est apocalyptique et prophétique. Rappelons en passant, ces deux thèmes constituent, également, les thématiques de son livre Tropical Apocalypse (2015)[7]. Dans ce livre, l’auteur revient à la thèse concernant Failles de Lahens, en faisant valoir qu’Haïti de toute son existence n’a fait que vivre un temps de fin sans fin. Notre objectif sera de défaire la pensée soutenant que la littérature haïtienne, à la parution d’Amour, colère folie venait, de faire ses adieux au réalisme merveilleux pour s’attacher à une poétique de l’apocalypse. Ce faisant, nous tenterons de démontrer que la ligne de mire d’un bon nombre de ses écrivains, s’armant de leurs plumes, n’a toujours été que celle de l’engagement[8] de l’intellectuel.

Jetons un coup d’œil sur les questions susmentionnées dans le sous-titre et reformulons-les : la littérature haïtienne fait-elle face à de nouvelles tendances ? Peut-on parler de prophétie catastrophique chez Marie Vieux-Chauvet ? Ne serait-il pas mieux de situer cette auteure comme une artiste engagée ? Le baroque, s’y est-il inscrit comme un nouveau genre ?

Pour répondre à ces questions, nous allons tout d’abord faire un bref survol de la littérature haïtienne, ce faisant, nous essaierons de justifier, s’il y a lieu, la pensée de Munro soutenant que les œuvres de Chauvet ont inscrit la littérature haïtienne dans une écriture prophétique, contre-utopique voire de désastre comme il le déclare ci-dessous :

The works of Marie Chauvet and Love, Anger, Madness in particular, are prophetic in the following sense: they are of their time yet predictive, foreseeing times to come and, indeed, determining in some respects the future. In Chauvet’s writing of the mid-twentieth century, one might call the “writing of disaster.” She offers what is one of the first expressions of the visceral emotion that has come to characterize contemporary Haitian writing[9].

Commençons par une brève trajectoire de l’histoire du romantisme haïtien. Quelle fonction s’est-il donnée?  « Où va le roman ? »[10] est la grande question débattue par Jacques Stephen Alexis sur demande de ses amis de Présence Africaine lui proposant d’entamer une discussion sur le roman.

Le roman, en tant que genre, dit-il, est le point de rencontre du réel et de l’imaginaire.

On peut dire que la culture d’un peuple est arrivée à l’âge du roman dans la mesure où la création narrative de ce peuple continue à s’accumuler, à se systématiser pour arriver à ce point critique où les contes s’organisent en cycles, en « dits » qui se relient, s’emboîtent, se prolongent en séquences continues. Le roman haïtien, continue-t-il, issu des mésaventures de Bouki et Malice, tire sa source de nos contes. Toujours d’après Alexis, le roman est défini comme étant le besoin des hommes de dresser des affabulations qui reproduisent le mouvement de leurs vies, de leurs rêves (Ibid.). Ainsi, d’après Gérard Pierre Charles (citant Alexis[11]), la littérature haïtienne, comme il le résume dans son Manifeste du Réalisme Merveilleux des Haïtiens, est la recherche totale d’un art total au service de l’humain. « Faire du réalisme correspond pour les artistes haïtiens à se mettre à parler la même langue que leur peuple », conclut Jacques Stephen Alexis (ibid.). Il convient, certes, de rappeler que le réalisme merveilleux est absent sous la plume de Chauvet, cependant, nul ne pourra douter que le réalisme social ne s’y soit pas inscrit de bon gré. Le peu qu’on puisse dire, parler de réalisme merveilleux ou social, loin d’être perçus comme des ruptures, c’est parler de deux réalismes archihaïtiens, l’un plus sombre que l’autre, d’où la disparité qui les éloigne. Chauvet se distingue d’un Alexis, mais là réside une question de tempérament ou de choix de l’artiste. Quelles sont les scènes qui les interpellent et qui feront naître la nouvelle fresque ? Voici un point culminant de démarcation à considérer, mais ils se rejoignent compte tenu des dispositifs narratifs qu’ils utilisent. Leur but est de rapporter les drames réels auxquels se confrontent les masses, ,également toucher, cultiver et accompagner le peuple dans ses luttes .

Quoi qu'il en soit, confirme Alexis sur la question de la narration et de sa source : 

Le roman haïtien est directement la prolongation de la grande samba haïtienne, il vit de la maturité romanesque de notre peuple, de la verve créatrice de nos tireurs de contes, de nos simidors et de nos composes, et nous en sommes fiers (Alexis, 1956).

Ceci amène à déduire que la littérature haïtienne dont le soubassement est la narration s’est toujours donné un objectif précis : représenter le réel, ce qui, de toujours, invitait l’écrivain à s’engager politiquement. Les romanciers tels que : Marie Vieux-Chauvet, René Depestre, Jacques Roumain, Jacques Stephen Alexis en passant par le lodyanseur Maurice Sixto, pour arriver à la nouvelle génération, celle de Lyonel Trouillot, Dany Laferrière n’ont fait que dénoncer les travers de la société, depuis le trio Justin Lhérisson, Fernand Hibbert et Frédéric Marcelin, les premiers romanciers de l’heure. Ces écrivains sont loin d’être prophétiques ou apocalyptiques, malgré la sombre peinture qu’ils font du pays. Ils sont dans une lutte qui se veut abolitionniste et constante. Que faire ? Ou quoi faire ? sont les questions qui les interpellent.

Peut-être, qu’a priori, on aurait pu donner raison à la pensée de Munro, mais l’omniprésence de ces deux thèmes justifie la nécessité d’un débat, surtout quand il les impose aux soixante-dix dernières années de créations diverses et de militance de ces auteurs. Elle réduit l’approche révolutionnaire qu’emprunte la militance des Dr. Martin Luther King, Malcom X, Angela Davis, les auteurs haïtiens tels que : Jean Price Mars, Anténor Firmin pour arriver aux jeunes du mouvement Black Lives Matter dont l’approche abolitionniste s’inscrit dans la lutte datée de plus de 400 ans que mènent les Afrodescendants. Ainsi, on ne saurait parler d’« Apocalypse » sans revisiter les conditions qui leur sont imposées, dans le projet capitaliste et racialiste de l’Occident. Une critique bien fondée devrait d’abord dénoncer les injustices sociales perpétrées pendant des siècles. Une telle démarche constitue la responsabilité primordiale de tous les intellectuels.

Prenons feu Jean-Claude Fignolé (1941 – 2017) : même dans ses commentaires sur la question de la narration et de son approche littéraire – l’éclatement du récit et la mort du sujet – nous verrons que lui aussi, à part entière, endosse le postulat d’Alexis[12] et s’est personnellement engagé dans la politique au péril même de sa vie. Au moment où le roman nouveau émergea, en France, lui ainsi que d’autres écrivains de l’époque avaient pris la décision, en Haïti, d’aller à l’encontre de la notion de la mort du sujet, explique-t-il dans son entretien avec Brian Mier (ibid). Cela équivalait pour eux écrivains du tiers monde la mort de l’homme, d’un point de vue historique en tant qu’acteur. Deux postulats s’imposaient comme choix : l’éclatement du récit et la mort de l’homme. Le premier fut le choix qui convenait au mieux, vu son rapport aux contes afro-indiens, un aspect important du mouvement spiraliste à côté du vaudou, ciment du patrimoine culturel des Haïtiens. S’affirmer en tant qu’acteur de l’histoire était aussi une preuve d’engagement sociopolitique en faveur de la classe exploitée, le marxiste étant le soubassement du mouvement spiraliste. Ceci revient à situer Haïti comme l’une des filles les plus rebelles des Amériques tant au point de vue littéraire que d’autres. Nous adhérons à la position de Fignolé qui supporte la posture d’art engagé dont la littérature haïtienne a toujours été le corpus et où le roman de Marie Vieux-Chauvet trouve véritablement sa place.

Aujourd’hui, la littérature haïtienne s’est-elle située à un tournant qui exige de repenser la question d’Alexis ? À plusieurs égards, on pourrait répondre affirmativement, mais comment définir l’écrivain haïtien contemporain ? L’enjeu ici est qu’au moment où certains des écrivains parlent de nouveau roman ; d’écriture baroque comme dans le cas d’Émile Ollivier ; Depestre, jadis poète de la Négritude, fait son adieu à ce mouvement et sort un roman comme Hadriana dans tous mes rêves (1990)[13], une vraie lodyans. Le critique Munro, lui, y voit de préférence le développement d’une écriture nouvelle, écriture apocalyptique. Son article s’articule autour de la perspective suivante : « Formally, too, Chauvet’s novellas anticipate and to some extent prefigure the poetics of today » (2015 : 43)[14] Puis, il continue et dit : « En repensant le travail de Marie Chauvet et de la vision d’une Haïti dystopique qu’elle représente, particulièrement dans Amour, colère, et folie, j’ai lu ce texte comme un texte « contre-utopique » (44). Mais, la littérature haïtienne reflète-t-elle cette nouvelle tendance, s’engage-t-elle dans une telle perspective? Y-a-t-il lieu, vraiment, de parler d’écriture apocalyptique prophétisant le désastre?

Revenons, encore une fois, à la question des thématiques et de l’engagement politique des écrivains haïtiens, ce faisant, nous espérons démontrer, une fois de plus, que la narration constitue l’assise de la littérature haïtienne (voir La lodyans : perspectives historique, poétique et didactique, Dardompré : 2018).

À part Alexis, il existe un grand nombre d’écrivains haïtiens qui en faisant l’historique de la littérature haïtienne ont tenté de démontrer les vraies caractéristiques de cette littérature. On pourrait citer, tout d’abord, les recherches de Pradel Pompilus compilées en trois grands volumes -Manuel illustré d’Histoire de la littérature, tome 1 et Histoire de la littérature Haïtienne illustrée par les textes, tomes 2 et 3. Le travail de Pompilus s’avère crucial, étant l’un des rares à avoir approfondi sa recherche dans les textes. Son travail apporte une sorte de périodisation, qui du point de vue didactique, facilite l’appréhension. Sortant de l’époque des pionniers, le début du 20e siècle est marqué par l’arrivée de trois grands romanciers –Justin Lhérisson, Fernand Hibbert et Frédérique Marcelin. Cette période est aussi marquée par le passage de l’oral à l’oral écrit, où Lhérisson, romancier, déclarera que ses récits sont des lodyans. L’écrivain Georges Anglade l’écrira plus tard, les lodyans sont des sortes de récits racontés à l’haïtienne. Elles constituent le soubassement du roman haïtien.

Voyons également dans le parcours que présente Saint John Kaus –Regards sur la littérature haïtienne contemporaine” (2016) – ce qu’à toujours enseigné l’histoire de la littérature haïtienne. En Haïti, le roman fut d’abord d’inspiration réaliste (Justin Lhérisson, Frédéric Marcelin, Fernand Hibbert), pour être ensuite indigéniste (Jacques Roumain) et s’engager dans le réalisme merveilleux (Jacques Stephen Alexis). Le roman évolue actuellement vers le vide du structuralisme et du Nouveau Roman en un mot vers le « chaos » littéraire pour certains écrivains tels que : Frankétienne, Philoctète et Fignolé. Ce ne sont plus des romans à lire du genre linéaire, mais des romans expérimentaux et spiraliques. Ces procédés narratifs sont mis en œuvre par Frankétienne, maître du chaos. Selon ce dernier, « un épisode n’y est pas raconté de façon linéaire, ni même de manière cyclique, mais bien par des cercles concentriques. C’est-à-dire que l’on revient régulièrement à un point de départ pour repartir de l’avant »[15]. Donc, la structure globale du roman  spiralique est bâtie sur des cercles concentriques. Il importe de souligner que l’œuvre de Frankétienne – œuvre majeure – est à part dans le panthéon des lettres haïtiennes. Peu d’écrivains l’ont suivi dans cette voie. Citons René Philoctète et Jean-Claude Fignolé qui l’ont accompagné.

Il faut, néanmoins, admettre que la littérature haïtienne a connu bien des ruptures. L’Occupation américaine de 1915 va introduire une veine contestataire débouchant sur l’indigénisme. Dans le passé, elle a été influencée par l’Europe et ses diverses tendances littéraires.

Quand Haïti devint indépendante, le 1er janvier 1804, après des années de guerre de libération (1791–1803), la France, puissance coloniale, battue sur le terrain militaire et chassée du territoire, laissa derrière elle un héritage qui ne cesse pas de diviser la nouvelle nation : sa langue. Alors que l’État haïtien émerge avec ses structures militaires et foncières, les classes dirigeantes et l’élite intellectuelle, nourries de valeurs françaises, se montrent incapables de créer une culture spécifiquement haïtienne. En fait, pour bien définir la littérature haïtienne, il serait juste de parler de la notion du « regard » que l’haïtien porte sur lui-même et dont parlent Maximilien Laroche dans La littérature haïtienne identité, langue et réalité (1981)[16] et Jean Fouchard dans Regards sur la littérature haïtienne (1988)[17]. C’est de ce «regard » que découlent les différentes ruptures, auxquelles la littérature fera face tout au cours de son existence et non pas de la notion de l’apocalypse et de la prophétie dont parle Munro. Pendant plus d’un siècle de 1804 à 1905, date où Lhérisson sortira ses premières lodyans parues dans le quotidien Le Soir où la poésie haïtienne se contentait de graviter autour des foyers culturels français : pseudo classicisme, Parnasse, lyrisme..., etc. Aujourd’hui, sortie du bovarysme collectif où son vrai regard était masqué, la littérature haïtienne comporte plusieurs facettes. Citons-les : il y a la littérature haïtienne d’expression française ; la littérature haïtienne d’expression créole. Il faut aussi ajouter la littérature du dehors, née en diaspora. Cette dernière s’exprime en quatre langues différentes. La littérature haïtienne d’expression créole fait preuve, d’ailleurs d’une grande diversité se nourrissant du rôle du peuple dans la création d’une culture spécifique : ses chansons, ses contes, ses festivals et carnavals en langue vernaculaire. C’est une continuation du mouvement de l’indigénisme confirme Laroche (1981 : 25). Je le cite :

L'orientation actuelle de la littérature haïtienne, que nous pouvons

caractériser par l'émergence de la voix populaire, c'est-à-dire l'épanouissement d'une littérature écrite dans la langue du peuple, le créole, peut être tenue pour un prolongement du mouvement indigéniste.

DEUXIÈME PARTIE :

L’indigénisme serait-il un changement de paradigme ?

Pour comprendre l’entrée en jeu de l’indigénisme, il faut voir ce mouvement littéraire comme une rupture du passé, un choix esthétique né d’une contrainte comme le perçoit Laroche. Nous empruntons le mot choix à Jean-Paul Sartre, existentialiste, connu pour avoir thématisé l’idée de la liberté et du choix. Il pense d’emblée, qu’en présence de très lourdes situations l’on est encore plus libre de ses choix. Les Français, pour répéter ses propres mots, n’ont jamais été aussi libres que sous l’occupation allemande, a-t-il admis (Sartre : 1944). Ce paradoxe peut renvoyer à une pensée de Maximilien Laroche qui, lui aussi, pense que sous l’effet de la contrainte imposée par l’occupation américaine les Haïtiens ont dû faire des choix :

Les intellectuels et écrivains haïtiens sous le choc de la recolonisation de leur pays entreprirent ce qu'Aimé Césaire a appelé, dans le cas de la Martinique, un retour au pays natal et qui était, pour Haïti, une redécouverte des traditions populaires. Ce qui frappe dans un tel mouvement de retour dans le cas d'Haïti c'est qu'il ait dû s'effectuer à la suite d'un événement qui équivalait à l’effacement de l’indépendance conquise en1804 (Laroche, 1981 : 119).

De ces deux commentaires, nous retenons deux hypothèses qui se complètent : la contrainte qui pousse vers l’action et l’idée de la liberté dans le choix de l’engagement. Le premier nous met en face du rôle catalyseur que L’Occupation américaine va jouer en 1915 forçant les écrivains haïtiens à se libérer des valeurs exogènes. Si les contraintes imposées par le système esclavagiste ont poussé les Haïtiens à s’engager dans la route de la révolution, dans la littérature c’est le choc de l’Occupation américaine qui fera naître la vraie littérature indigène. Cette rupture perdure jusqu’à nos jours. Elle se manifeste chez des écrivains comme Chauvet qui s’inspirent de la réalité haïtienne pour peindre ses scènes sociopolitiques. Dans son analyse, Laroche défend ce point de vue et pour bien illustrer l’idée de rupture, il s’est servi de deux œuvres, prises en modèle : Dézafi de Franckétienne (1975) -premier roman écrit en langue haïtienne et Ti difé boulé sou istoua Ayiti (1977) - premier livre d'histoire d'Haïti - écrit non seulement en langue haïtienne, mais surtout « dans les formes du récit populaire haïtien ». L’une des raisons de retenir les titres et dates de ces œuvres, déclara-t-il, c’est qu’ils demeurent jusqu’à nos jours de vrais prototypes du mouvement de l’indigénisme.

Avec le choc de L’Occupation de 1915, la littérature haïtienne venait de subir un dépassement. Elle ne se limite plus à la couleur du terroir et elle fait preuve également d’une diversité. On peut lire du Chauvet comme une auteure existentialiste ; du Depestre, et même Jacques Stephen Alexis, Magloire Saint-Aude comme des poètes surréalistes et en guise d’imitation, comme il fut le cas des pseudoclassiques. Il y a lieu de parler de frôlement, de rencontre d’idées, ou encore mieux de « lieu commun » comme Glissant l’aurait formulé. Il faudra aussi se rappeler Magloire Saint-Aude (1912–1971) dont l’écriture lui a valu le titre de poète surréaliste avant la lettre. Il y a eu aussi, quelques influences : Jacques Stephen Alexis qui collaborait dans le Journal La Ruche, par exemple, avait adopté le pseudonyme Jacques La Colère emprunté à Aragon qui signa son poème Le Musée Grévin"(1943) avec le pseudonyme François La Colère (Dash, 1981 : 159). [18]

La deuxième hypothèse nous renvoie, à l’idée que Sartre se fait de la liberté et qui rejoint celle de Laroche - la contrainte qui pousse vers l’action. À partir de ces deux critères, nous allons essayer de repérer les notions d’existentialisme qui se retrouvent bien ancrées dans Amour, colère et folie.

Dans un premier temps, nous tenterons de démontrer les caractéristiques que le roman de Chauvet partage avec les autres romans haïtiens et qui lui confèrent des interprétations, non pas apocalyptiques, mais plutôt d’ordre de l’anthropologie poétisée. Ce travail étant fait, il nous permettra de repérer les traces de l’existentialisme qu’on trouve chez Chauvet à travers le thème de la liberté, comme le perçoivent Sartre et Laroche – l’acte de l’engagement sous le poids de la contrainte. Nous traiterons l’engagement comme un acte de révolte.

Que partage Chauvet avec les autres romanciers ? Que dire de sa poétique ?

L’association faite à la « prophétie », voire à « l’apocalypse » attribuée à son écriture est une thèse complexe et difficile à concevoir. Il est un fait, de l’entendre dire par l’évangéliste Pat Robertson assumant que le séisme de 2010 était dû au pacte qu’Haïti avait fait avec le diable[19], mais il en est un autre, quand un membre du secteur académique, foyer du savoir, décide de théoriser de telles croyances. L’enjeu c’est que, ces croyances sous la plume d’un écrivain respecté peuvent devenir des canons servant à justifier des données, qui préalablement seraient infondées. Le racisme en est un exemple parfait, si l’on considère la démarche de comte de Gobineau dans son L’inégalité des races humaines. Dans sa réflexion, le pasteur Robertson véhicule les avancées suivantes : Haïti pays de malheurs  et tous ses  malheurs proviennent du fait qu’Haïti est un pays maudit (voir http://www.cnn.com/2010/US/01/13/haiti.pat.robertson/index.html). Quelle injuste déduction ! Elles nourrissent la croyance chrétienne du dernier jugement et par là même rencontrent l’approbation de Munro. Nombreuses sont ces rumeurs, véhiculées par des croyants pensant ainsi : les trompettes de l'Apocalypse résonnent déjà ; la fin est proche ; les cavaliers de l’Apocalypse sont déjà au galop en voici les signes : l’effondrement des tours jumelles à New York le 11 septembre 2001 ; le séisme du 12 janvier 2010 en Haïti, le tsunami du 11 mars 2011 au Japon. Il importe de se méfier de lire littéralement les textes bibliques et d’y voir une interprétation symbolique. L’enjeu c’est que pour un bon nombre de croyants, la Bible est une inspiration divine. Elle offre une doctrine de salut et de vérité, à l’homme, ce dernier étant dans l’errance complète d’une vie, dénuée de toute signification, tout but, toute vérité compréhensible ou toutes valeurs. La bible, donc, est le seul livre qui donne un Sens à tous les sens en lui offrant le salut. D’ailleurs, « je suis la vérité », déclare le fils de Dieu. C’est assez rassurant pour ceux qui sont prêts à se réfugier derrière la « la mauvaise foi [20] » au lieu de s’engager. Nous trouvons que l’abus fait par le Professeur Munro utilisant certains termes tels que : « fin du monde, prophétie ou apocalypse», a postériori, est incompatible avec le domaine de la science dans lequel il s’inscrit. D’ailleurs, ils sont d’un registre, à la fois, trop dogmatique ou biblique prêchant la résignation ou la doctrine du salut, l’Armageddon étant proche. Ces termes, au final, tendent à réduire l’action de l’écrivain haïtien engagé qui s’inscrit dans la logique d’une lutte pour sortir Haïti de la grande nuit. Écoutons Lyonel Trouillot confirmant son engagement d’écrivain :

[…] cette pratique de l’écriture demeure aussi la mise en paroles d’une citoyenneté doublement contrainte, ce qui amène à interroger le devenir de la société dans laquelle l’auteur demeure un acteur à part entière, et pas seulement un spectateur qui se tiendrait à distance ( Yves Chemla citant Trouillot, 2015 : 183) [21] .

La logique de Trouillot est celle d’un militant, qui  monte au créneau pour faire entendre la voix des sans voix.

Que dire de l’écriture de Chauvet dans la littérature nationale. S’inscrit-elle aussi dans cette même démarche ? En tant qu’écrivaine haïtienne, quel a été son but ? Son rôle d’intellectuelle ne serait-il pas d’avoir une claire conscience des problèmes dont souffre le pays? En quoi son écriture serait-elle apocalyptique? L’action de Chauvet se joue dans l’actualité et évolue dans l’espace qui l’entoure : la société haïtienne. C’est pour ce monde qu’elle s’affirme ; c’est face à ce monde qu’elle réagit. Comme tout homme, elle aussi a dû faire face, dans son existence, à une opacité de la vie. Là s’impose l’idée de choix dans la lutte qu’elle veut mener, la contrainte de s’y engager, celle qui amène à interroger le devenir (voir Chemla citant Trouillot : 139). C’est la question que pose, d’ailleurs, la grande fresque de Paul Gauguin (1848–1903) : « D’où venons-nous / que sommes-nous / où allons-nous ? ». C’est également la problématique que pose l’homme révolté de Camus, que l’on trouve chez Chauvet, présentant le point de départ d’une réflexion. L’homme, face à son choix, est libre (Sartre : 1946). À aucun moment de son existence, l’homme ne parvient à se détacher de l’angoisse qu’impose ce mystère qu’est son existence. Quelle délivrance s’il pouvait voir son futur ! Paradoxalement, il est libre et tous les choix ne deviennent que des options. Ne sachant comment gérer une telle liberté il vit constamment dans l’angoisse et se voit misérable. Les personnages de Chauvet souffrent tous de cette angoisse. Elle-même en la première victime, car dénoncer le régime en place dans ses écrits était un choix politique et dangereux. Qu’elle consentit à garder le silence ou à dénoncer les injustices perpétrées par le gouvernement, les conséquences seraient inéluctablement douloureuses. Son choix d’écrire sur le monde dans lequel elle vivait fut guidé par l’angoisse qui l’habitait.

L’envie de narrer les histoires entendues ou vécues rapproche Chauvet des autres romanciers et conteurs. On trouve chez Chauvet des caractéristiques de la narration, telles que perçues par Georges Anglade décrivant la lodyans comme un genre discursif. D’une part, il y a « la jouvence », toujours témoin de l’actualité, se faisant critique d’une génération en utilisant la réalité quotidienne de certains événements sociopolitiques. D’autre part, il y a « La voyance » qui se veut une fiction critique (Anglade).7 C’est l’imagination d’un lendemain meilleur dans une société figée depuis 1503 (Dardompré : 2018)[22]. Donc, les ouvrages de Chauvet ; celui de Depestre, Bonjour et adieu à la Négritude, le film de Raoul Peck, « L’homme sur le quai » et Les Failles de Lahens ont tous un point commun. Ces œuvres sont loin d’être les prototypes d’une écriture perçue comme catastrophique. Elles ne devraient pas être conçues comme une prescience, une prophétie apocalyptique. En explorant ou en peignant sous leurs plumes les différentes catastrophes qui s’abattent sur le pays, ces auteurs transmettent plutôt ce que fut une expérience vécue d’où la fonction romanesque de leurs œuvres. C’est un engagement politique, un choix qui ne se fait pas sans risque. Chauvet, Depestre, Anglade, Laferrière et Phelps, et tant d’autres d’ailleurs, ont tous connu l’exil sous le régime de Duvalier. 

Il y aurait, sans nul doute, dans l’écriture de Chauvet un air nouveau qui s’annonce, nous y reviendrons plus loin, mais une telle analyse doit se faire sans l’écarter des notions littéraires courantes ou précédentes. Le réalisme chez Chauvet est d’emblée un mode narratif, ce qu’on retrouve d’ailleurs chez Alexis. Rappelons qu’elle se dit « fille d’Haïti» dénomination personnelle qu’elle a attribuée à l’un de ces romans. Ce qui révèle la présence d’une auteure engagée par le biais de son écriture factuelle.

Autre comparaison : Marie Vieux Chauvet, narratrice, n’est pas Lhérisson : Amour, colère et folie est une tragédie classique, tout à fait différente des lodyans. Le rire y est absent. Ce dernier, pour elle, n’est pas une option, comme c’était le cas pour son prédécesseur, Justin Lhérisson, l’un des premiers romanciers et lodyanseur haïtien. Celui-ci faisait du rire le pivot de ses attaques, élément crucial pour ce qui a trait au travail d’Anglade, le seul théoricien du genre. Cette marque, on la voit chez Depestre, son contemporain. Pourtant, elle partage avec tous ces autres auteurs des points de convergence : la voix narratrice, celle qui dénonce, et informe en critiquant. Pour rendre réels ses récits, elle utilise, comme Lhérisson l’a fait dans ses lodyans, la voix d’un narrateur. La trilogie Amour, colère et folie est racontée par trois narratrices différentes, ce qui lui permet d’accentuer encore plus la véracité de ces récits. Romancière, elle reste en dehors de la caricature. Les descriptions physiques des personnages évoquent le grotesque, mais ne font pas rire. Lisons l’extrait ci-dessous (tiré de l’adaptation de José Pliya). Rose répond à sa mère qui s’inquiète de ses sorties :

Non, maman, je ne rentre pas du bal. Cela fait vingt-huit jours que je sors tous les soirs pour me rendre dans un bureau. Une main osseuse, démesurément longue, semblable à une patte de grenouille, m’attend tous les soirs. Là, je me déshabille, je me couche [...] La main s’enfonce en moi, d’un seul coup, terrible, brutal, j’ai mal, j’ai très mal [...] chaque soir elle m’ouvre. (Chauvet :95 – 96).

La réponse de Rose est choquante, c’est évident, mais « le désastre » que représente la scène du viol est loin d’être le point visé, l’auteure explique sa colère. Elle vise plutôt à une conscientisation. C’est, de préférence, chez Chauvet une façon de dénoncer certaines pratiques inadmissibles, et c’est aussi une attaque dirigée vers le silence des autres. Les récits sont tous sombres, mais très réalistes dénonçant la complaisance des compatriotes, mais surtout l’impensable.

Le roman, tout en représentant l’esprit de l’époque, ne cesse de dénoncer, à travers différents récits, les travers de la société : un miroir authentique de l’époque sur la question de la couleur de peau, une des séquelles léguées par le colonialisme. Claire, par exemple, l’anti héroïne, s’imagine la rivale de sa jeune sœur et fait tout pour conquérir le mari de celle-ci, Jean Luze, un blanc. La jeune sœur « est blanche avec de l’or sous la peau» (Chauvet : 19). Le contraste de couleur ici n’est pas un accident, il renvoie à l’idéologie racialiste qui alimentait les inégalités, une thématique très en vogue chez les premiers romanciers et même chez Oswald Durand, poète de l’indigénisme. Contrairement à Lhérisson, on ne trouve ni de l’ironie ni de simulacre chez cette auteure. Artiste réaliste, elle se promène avec une caméra en enregistrant les moindres détails, la dureté de l’époque, a l’instar de Stendhal. Elle ne déforme en rien les gens, surtout pas l’atmosphère qui a régné sous la dictature du fameux Papa Doc ou encore les faits historiques qui lui vaudront le titre de chef d’État. À cause de l’importance attachée à l’effet de réel autour duquel pivote l’écriture de Chauvet, puis l’importance de la thématique « les dieux, la terre, les hommes », on pourrait facilement la rapprocher des romanciers comme Lhérisson, Roumain, Alexis, et finalement Depestre, Victor et non pas l’associer à la « vision dystopique » qu’on lui a attribuée.

D’autres points de ressemblance avec Laferrière et Anglade : la convergence prime vers la rhétorique, en témoigne la pensée du « menti vrai » que ce dernier pense être une caractéristique motrice de la lodyans et surtout quand il dit que tous les bons raconteurs sont des « bonimenteurs ». Ce sont ces éléments qui confèrent à Chauvet les valeurs d’une grande romancière. Laferrière, d’ailleurs, l’exprime assez clairement en affirmant qu’il s’agit de faire « de la fiction avec tout ce qu’il y a de plus vrai et plus c’est vrai plus on est dans l’imaginaire » (voir l’entretien avec Ghila Sroka : “L’énigme du retour : interview avec Dany Laferrière”, Tribune Juive, 45-46).

En fait, comprendre cette auteure exige de revisiter certaines notions de la philosophie de Sartre quand il dit qu’il n’y a pas d’essence préexistante, la liberté dans l’engagement, l’effet du choix dans l’engagement :

Nourries des grands principes égalitaires qui ont marqué les auteurs de son temps, les œuvres de Marie Chauvet sont des cris contre les abus de tous genres dont sont victimes les femmes, les malheureux, les déshérités et tous les faibles (voir <ile-en-ile.org/chauvet>.)[23]

Tous ses écrits reflètent cette cohérence et la ferme volonté de s’engager pleinement dans la lutte. C’est à travers sa plume qu’elle crée, s’affirme, s’impose et s’y engage. Comme le précise si bien Joëlle Vitiello: « [Elle] publia plusieurs romans, tous dominés par la question de l’égalité et de la justice ! » (voir île en île. Joëlle Vitiello: 2016). 

Déjà, continue ce même critique, dans sa première œuvre, La légende des fleurs, Marie Chauvet explorait à travers un conte allégorique le rêve de fraternité et de solidarité qui motivait son écriture. Née dans une famille qui a toujours été une cible du régime en place ; ayant été témoin des atrocités perpétrées par le régime de Duvalier que d’ailleurs elle peint dans son Amour, colère et folie, son choix politique ne s’est pas réalisé sans aucune contrainte. Dans ce roman, elle décrit l’angoisse accompagnant le choix de chacun des personnages. Contrairement à sa force de volonté, certains de ses personnages sont souvent des antihéros qui ne risquent rien. Claire, par exemple, se façonne une image et tente au mieux de se cacher du regard des autres : au tréfonds de son moi intérieur se manifestent amour et haine ; colère et tendresse, folie et raison. Ce conflit, où elle n’arrive pas à être l’égale d’elle-même, la fait souffrir. « Je suis la domestique et maîtresse ; une sorte de gouvernante sur les épaules de qui repose le train-train de la vie de tous » (Chauvet, 17). Claire est consciente de son choix et son engagement face à ses sœurs. L’harmonie se poursuivra tant que Claire se voit comme telle, « une vieille fille » (17), la gouvernante, la grande sœur qui est son essence.

Nous voyons dans cet extrait l’importance de la reconnaissance d’autrui. Le choix d’être pour autrui ne se fait pas sans risque. Claire dans son rôle de grande sœur sait que c’est elle, la sauvegarde de la bonne marche des choses.

Il y a aussi le choix fait par « la mauvaise foi » celui de l’individu qui se laisse passivement guider par la vie. Le dialogue de Jean Luze avec le Dr Audier, par exemple, démontre que la mauvaise foi d’un individu peut en fait avoir une répercussion collective. Le fatalisme qui s’oppose à l’engagement politique est la cause de nos malheurs, répond Jean Luze, Français qui n’avait que le désir de « tuer les Allemands pour nous venger »Chauvet 14). On est donc tous libres de s’engager ou de se réfugier dans « la mauvaise foi ». Les sombres scènes qui fourmillent dans ses œuvres ne méritent pas l’interprétation apocalyptique qu’on leur attribue. L’écriture de Chauvet est celle d’une artiste qui s’engage, qui appelle à la conscientisation des masses c’est sur cet angle que son écriture est prophétique et renvoie à l’idée d’un espoir prometteur.

Revenons un peu à la contrainte de l’engagement, l’angoisse, le regard de l’autre. Les choix de Chauvet ne pouvaient être faits sans l’angoisse que l’on ressent à travers un bon nombre de ses personnages. Nous nous sommes basées sur ces critères qui lui confèrent le titre d’auteure certes engagée, mais aussi existentialiste. Ce côté existentialiste n’étonne pas, car il  reflète un peu la résilience du peuple haïtien faisant face au quotidien. L’exemple qui suit l’illustre très bien : lorsqu’on  demande à ses compatriotes haïtiens : « sak pase? » (Qu’est-ce qui passe?). La réponse est souvent: « m’ap boule » (littéralement, je brûle). Ce qui, en d’autres termes, évoque l’engagement de faire face à la dureté du quotidien. L’angoisse, ils la surmontent, comme tout un chacun, quotidiennement dans l’existence. C’est à ces faits que répondent la poétique de Chauvet et son engagement politique. Cette volonté de raconter l’existence, qui n’est autre qu’un travail de sauvegarde de la mémoire, on la remarque dans tous ses écrits

TROISIÈME PARTIE :

Que dire des nouveaux romans haïtiens ? Aujourd’hui, une série de nouvelles théories apparaissent et tendent à caractériser les œuvres littéraires haïtiennes. Les essayistes, les critiques, mêmes les lecteurs, comme le pense Christiane Ndiaye, croient que la littérature haïtienne est en train d’adopter une nouvelle poétique : Émile Ollivier parle de « baroque de l’écriture », concept que reprend Christiane Ndiaye qui le conçoit comme étant la ligne de démarcation créant ainsi un fossé entre la littérature haïtienne de l’époque du réalisme merveilleux ou socialiste et celle de l'esthétique contemporaine, le baroque. Pour certains critiques et écrivains, le baroque serait une autre façon de représenter le réel. Voyons, selon Ollivier, cité par Raffy-Hideux  (2013:497) en quoi il consiste :

Le baroque n’est pas seulement un regard sur la réalité ou une manière de le dire ; il s'inscrit dans la réalité même de nos vies et quadrille le sol et le sous-sol de notre quotidienneté. J'ai gardé des images d'Haïti qui me montrent que le baroque éclate de partout [....] je viens d'une contrée où les habitants peuvent passer successivement, sans transition, de la réalité à la fiction, peuvent vivre simultanément plusieurs niveaux de la réalité.

Le roman haïtien, tout comme pour le genre à part entière, n’est pas statique, en général. Depuis sa naissance, ce genre, a connu bien de transformations. Au cours du vingtième siècle, il fut influencé par des innovations d’ordre philosophique, scientifique, ou idéologique. Le besoin de représenter la société telle quelle, désormais motivé par l’antipositivisme, les pensées de Nietzsche, l’idéologie de Karl Marx, l’existentialisme, le modernisme ou post-modernisme vont donner naissance à des esthétiques romanesques nettement différentes de celles du siècle précédent, d’où l’entrée en scène du “nouveau roman”. Le travail que soumet Chauvet s’imprègne de toutes ces techniques. Ce n’est pas certes le réalisme de Jacques Stephen Alexis qui se veut une mission didactique appelant à apprécier le folklore. Ce n’est nullement la thèse de Roumain, où il y a un super héros capable de sauver la contrée de Fond-rouge du désastre qui s’abat sur elle – sècheresse, famine – , l’antagonisme battant son plein dans la communauté. Mais, ils partagent tous avec Chauvet l’idéal révolutionnaire, l’esthétique de la narration, et le choix de l’engagement pour le devenir d’une Haïti meilleure ?

Il y a un point où l’on peut se mettre d’accord avec l’auteur de Tropical Apocalypse. Pour asseoir sa thèse, il s’est servi de l’histoire du pays. La tentative d’établir un lien entre l’écriture et les événements qui ont eu lieu tient d’une logique. La littérature haïtienne est corollaire à l’histoire du pays. Elle est, comme le formule Depestre : au bouche-à-bouche avec l’Histoire. Il est un fait certain que la littérature haïtienne s’invente de génération en génération. Le roman haïtien: idéologie et structure de Léon-François Hoffman porte une critique importante. Elle permet non seulement de constater qu’à chaque génération le roman haïtien invente, développe et affirme sa propre originalité, mais aussi examine d’une manière synchronique les thématiques « La terre, les hommes et les dieux ». Ces thématiques constituent les bases fondamentales du roman réaliste haïtien. Mais, revenons, un peu à la poétique de « l’apocalypse » et celle de « la prophétie ». Il faudra, d’une part se rappeler que le roman est, avant tout, une œuvre de fiction, donc de création artistique ; voire subjective. Le romancier ne fait qu’inventer un monde de vraisemblance qui n’existe sûrement que dans son imaginaire. Peut-être existerait- il autant de romanciers haïtiens que de littérature haïtienne. Donnons ici raison à Laferrière, une fois de plus, quand il nous parle de la nuance entre le réalisme et la vraisemblance avec lesquels il arrive à faire camper dans un récit, toute une scène avec de vrais personnages évoluant dans un cadre spatio-temporel. La réflexion de Laferrière nous met en garde  contre toutes tentatives servant à enfermer toute une période de l’histoire d’une littérature dans un confinement d’écriture de l’apocalypse. Car chacun de ces romanciers et poètes fonctionne et crée dans son propre monde.

Margaret Papillon, de son côté, s’occupe beaucoup de littérature jeunesse, entre autres. Ce faisant, elle s’enferme dans un monde de civisme et de fantasme. En vrai disciple d’Alexis, elle amène ses jeunes lecteurs à visiter des mondes imaginaires. Les quatre tomes de la série La Légende de Quisqueya (1999) témoignent de la distance qui sépare les œuvres de Papillon de l’esthétique de l’apocalypse à laquelle Munro fait allusion. Citons-en quelques- unes: La légende de Quisqueya 1 : Défense des peuples autochtones de l'Amérique et de l'Afrique ; La légende de Quisqueya 2 : Voyage au centre de la Terre pour découvrir Quisqueya, l'île jumelle. Détruire en ayant pour seule motivation, l’appât du gain La Légende de Quisqueya 3 : la tentative de reconquête de Saint-Domingue, perle des Antilles par Napoléon. Le voyage dans les profondeurs de l’océan. À travers ces titres, on peut voit surgir le côté narratif qui rapproche Papillon des autres auteurs. Le fantasme exotique qu’évoque le titre de chaque légende nous rappelle le Vieux Vent Caraïbe, le personnage d’Alexis dans Romancero aux étoiles. Revenons un peu à Lyonel Trouillot dont le titre d’un de ses récits courts, Yanvanlou (2012), en est la muse. Le récit narré à la première personne se veut une prose poétique. Comme le va-et-vient d’un vent doux, la voix narratrice amène le lecteur à entendre à chaque fois: « La ville où je suis né était un bord de mer… », provoquant ainsi le surgissement de toute une série d'images oniriques : « je vois le yanvalou du monde sur la plage / Je vois toute la beauté du monde sur la plage / Je vois la route qui passe dans le dos de la ville (Trouillot, 2012 : 24). Accompagné d’une sorte de musicalité, le récit nous transporte dans un fantasme surréel mi-fiction mi-réalité renvoyant au baroque de l’écriture dont nous parle Ollivier. Dans ce monde de diversité, on ne saurait oublier Kettly Mars qui, à travers le récit Lobo (2012), évoque le côté mystique des Raras. C’est l’époque des raras et Lobo (un dosous celui qui naît après les marasa), âgé de quatre ans, réclamé par les lwa, est porté disparu. Le rara, dans lequel le carnavalesque bat son plein nous met dans une atmosphère similaire à l’Hadriana dans tous mes rêves de Depestre :quand Patrick Altamont, le narrateur, nous conte les noces d’Hadriana Siloé, laquelle tombe raide morte au pied de l'autel à la minute où elle prononce le oui sacramentel. Hadriana est zombifiée, puis réapparaît trente ans plus tard en terre étrangère. Il faut aussi mentionner dans ce monde tout bigarré de couleurs Gary Victor à la fois conteur (voir Le diable dans le thé de citronnelle) ; lodyanseur (voir Histoires entendues ou vécues dans un tap-tap, Victor : 2013) et diseur. On ne saurait conclure cet exposé sans faire mention de Michel Soukar  avec ces trois romans historiques: Cora Geffrard, La prison des jours et La dernière nuit de Cincinnatus Leconte, publiées entre de 2011 et 2013 indiquent pleinement l’atteinte de l’âge d’or de la littérature haïtienne (Voir Jacques Stephen Alexis  dans son expose « Où va le roman », 1946). Munro est bien loin de découvrir l’ascension de ces écrivains haïtiens et leurs contestations s’inscrivent sous leur plume revendicatrice. Patrick Sylvain est le dernier à être mentionné dans l’introduction de son Tropical Apocalypse (voir p. 34). Il s’appuie sur l’une des critiques de Sylvain, dénonçant le silence de René Préval face à la réponse que le peuple attendait du chef de l’exécutif, après le séisme. La dénonciation de Sylvain contre le gouvernement haïtien, loin d’être perçue comme telle, est prise dans le contexte d’un écrivain haïtien qui supporte son point de vue sur la question de l’apocalypse. Or, Sylvain est un poète, écrivain activiste très connu pour ses points de vue sur Haïti. On le connaît pour ses interventions fréquentes sur les ondes des radios de la diaspora et également sur NPR. Sa vision du pays frôlant parfois même l’utopie d’une Haïti meilleure est toujours revendicative. On est convaincu qu’il est en dehors de l’idée de l’apocalypse.

Dans la littérature française, il y a une périodisation mise en usage qui n’est logique que pour la didactique de la littérature. Les périodes littéraires sont divisées par siècle. Chaque siècle est désigné par un nom. Prenons l’exemple du XVIIe siècle, à l’école, connu pour le classicisme et la littérature baroque ; le XVIIIe est appelé siècle des Lumières et le XIXe est attribué au romantisme et on en passe... Si pour des raisons pédagogiques on voulait adapter la méthode susmentionnée à la littérature haïtienne, on pourrait prendre en considération l’observation de Peggy Raffy-Hideux ou de Raphael Lukas. Voici les périodes de grandes ruptures observées par Lukas dans l’article intitulé The aesthetic of Degradation in Haitian Litteraure publié en 2004, elle porte aussi un peu de clarté sur l’origine de ce que Munro appelle « l’apocalypse » mais qui, au fond, n’est autre chose qu’une décadence. À cette critique nous aimerions ajouter que la « décadence » dont Lukas nous fait part a commencé après le départ du président Dumarsais Estimé.

Entre la fin de l'occupation américaine, explique Lukas, en Haïti et le début du régime de Duvalier en 1960, la littérature haïtienne s’est positionnée autour de trois codes de référence positive : l'indigénisme, le réalisme magique et le marxisme. L'obscurantisme et le totalitarisme de la dictature Duvalier avec ses tendances destructrices ont marqué à la fois l'environnement et l'imaginaire. Le symbolisme de la ruine devient une présence puissante dans la littérature, et le résultat est une rupture avec le système descriptif du réalisme merveilleux et l'émergence d'une nouvelle esthétique : « l'esthétique de la décadence » (Lukas, 2004).

Cependant, cette esthétique de la décadence serait-elle la nouvelle muse de tous les écrivains et poètes haïtiens ? Les écrivains haïtiens appartiennent-ils à une école de l’apocalypse ? D’où vient la logique de vouloir enfermer tout le devenir de la littérature haïtienne dans une sorte de confinement apocalyptique ? Notre parcours a prouvé que s’il fallait définir la littérature haïtienne en un seul terme ce qui conviendrait le mieux serait la synthèse du tout-monde, mais en mettant au centre la source mère qu’est l’haïtianité, que les écrivains comme Price Mars ont toujours défendue. Ce qui est lié à l’écriture apocalyptique, à l’ère de la mondialité, n’est qu’une conscience de masse interpellant les intellectuels du monde à s’engager pour la cause commune. La littérature Haïtienne d’aujourd’hui n’est ni une apocalypse ni une dégradation, mais bien une anthropologie  poétisée. On pourrait dire qu’elle est composite.

Bibliographie :

VIEUX-CHAUVET Marie,  and adaptation PLIYA José  . Amour, Colère ; Folie .L’Avant-scène théâtre, 2007.

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DARDOMPRE Carey La lodyans : perspectives historique, poétique et didactique, Dardompré   (2018)

DARDOMPRE Carey, La lodyans selon Georges Anglade.

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DASH Michael . Literature and Ideology in Haiti,ed. Barnes and Noble Books, 1981

 DEPESTRE René. Hadriana dans tous mes rêves.ed. Gallimard, 1990

FOUCHARD Jean  . Regards sur la littérature haïtienne, ed.Henri Deschamps (1988)

HOFFMAN Léon-François  . Le Roman Haïtien: Idéologie et Structure.  ed.Naaman, 1983.

KAUSS Saint-John. l’article de paru dans Potomitan dans lequel Frankétienne définit le spiralisme .https://www.potomitan.info

MUNRO Martin Prophet :Writing the future and the future of Writing Chauvet    (2015)

MUNRO  Martin. Tropical Apocalypse: Haiti and the Caribbean End Times. University of Virginia Press, 2015.

LAROCHE Maximilien  La littérature haïtienne identité,  langue et réalité. ed Lemeac,(1981)

LAHENS Yanick   Failles. Paris :ed. Sabine Wespieser, 2010.J

LHERISSON Justin . La famille des Pitite-Caille et Zoune. ed.Presses Nationales Haiti 2005

SROKA Ghila  : “L’énigme du retour : interview avec Dany Laferrière”, Tribune Juive, 45-46

.PIERRE-CHARLES Gérard : Mort et vie de Jacques Soleil, paru dans présence de Jacques Stephen Alexis, publication CRESFED.

ALEXIS Jacques Stephen  . http://ile-en-ile.org/jacques-stephen-alexis-ou-va-le-roman / 14 janvier 1956 .

Carey Dardompré, Ph.D

9 août, 2020

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[1] Marie, Vieux-Chauvet, and Pliya José. Amour, Colère et Folie. L’Avant-scène théâtre, 2007.

[2] , Léon-François Hoffmann. Le Roman Haïtien: Idéologie et Structure. Naaman, 1983.

[3] Martin Munro. “Chauvet the Prophet: Writing the Future and the Future of Writing” ,No 128,

 Yale University,(2015)

[4] Yanick Lahens. Failles. Paris : Sabine Wespieser, 2010.

[5] In Yanick Lahens 's 2010 work Failles, the author's husband returns from post-earthquake

Port-au-Prince and announces that it has seen the Apocalypse. Immediately, Lahens thinks of

her use of the same word in her last novel, La Couleur de l'aube. She had hesitated to use the word,    striking it out three times before finally writing: " the apocalypse has already taken place many times in this island. (Munro, 2015: 43).

[6] Étymologiquement, le terme grec prophète se réfère à «celui qui s'exprime», tandis que le mot prophétie lui-même est dérivé du verbe grec, progphemi, qui signifie «dire à l'avance, prédire» [...] Le deuxième élément clé du mot grec pour la prophétie a à voir avec le récit du temps à venir [...] C'est aussi cette qualité prophétique du langage et de l'art qui distingue Chauvet.

[7] Munro, Martin. Tropical Apocalypse: Haiti and the Caribbean End Times. University of Virginia Press, 2015.

[8] Engagement ici est pris au sens que Sartre donne à ce terme:

[9] Ma traduction: Les œuvres de Marie Vieux Chauvet et Love, Anger, Madness en particulier sont prophétiques dans le sens suivant: elles sont de leur temps mais prédictives, prévoyant les temps à venir et, en effet, déterminantes à certains égards pour l'avenir. Dans l'écriture de Chauvet du milieu du XXe siècle, on pourrait appeler «l'écriture du désastre». Elle propose ce qui est l'une des premières expressions de l'émotion viscérale qui caractérise l'écriture haïtienne contemporaine

[10] Jacques Stephen Alexis. http://ile-en-ile.org/jacques-stephen-alexis-ou-va-le-roman/ 14, janvier 1956, Consulté le 6 juin 2020.

Ce texte de Jacques Stephen Alexis a été l’objet d’une première publication dans Présence Africaine, avril-mai 1957, dans le cadre d’un débat autour des conditions d’un roman national chez les peuples noirs. Les intertitres sont de Boutures. Jacques Stephen Alexis, « où va le roman?», Vol. 1, no 1, pp 33-41

[11] Gérard Pierre Charles  voir « Mort et vie de Jacques Soleil », paru dans présence de Jacques Stephen Alexis, publication CRESFED.

[12]Fignolé, Jean-Claude interview. Conducted by Brian Mier, 14 juillet, 2017.

   https://www.potomitan.info/ayiti/fignole4.php

Consulté le 7 juillet 2020…

[13] Depestre René. Hadriana Dans Tous Mes rêves. Gallimard, 1990.

[14]  MA traduction: Formellement […], les romans de Chauvet anticipent et préfigurent dans une certaine mesure la poétique d'aujourd'hui

[15] [Notes: (1) Voir l’article de Saint-John Kauss paru dans Potomitan dans lequel Frankétienne définit le spiralisme http://www.potomitan.info/kauss/spiralisme.php

[16] Maximilien Laroche. La littérature haïtienne identité,  langue et réalité. Ed Lemeac,(1981) Jean Fouchard. Regards sur la littérature haïtienne, Henri Deschamps (1988).

[17] Jean Fouchard. Regards sur la littérature haïtienne, Henri Deschamps (1988)

[18] Michael Dash. Literature and Ideology in Haiti, Barnes and Noble Books, 1981. 

[19] The Haitians "were under the heel of the French. You know, Napoleon III and whatever," Robertson said on his broadcast Wednesday. "And they got together and swore a pact to the devil. They said, 'We will serve you if you will get us free from the French.' True story. And so, the devil said, 'OK, it's a deal.' "Native Haitians defeated French colonists in 1804 and declared independence.

"You know, the Haitians revolted and got themselves free. But ever since, they have been cursed by one thing after the other."

www.cnn.com/2010/US/01/13/haiti.pat.robertson/index.html mis en ligne 29 May 2019. Consulté 14 juillet 2017

[20] Nous empruntons à Sartre la pensée de la mauvaise foi qui est une façon de justifier la passivité, le refus de s’engager.

[21]  Yves Chemla, Littérature haïtienne 1980-2015.C 3, Haiti:205.

[22] Carey Dardompre,. La lodyans selon Georges Anglade.

< https://ver.hypotheses.org/315>. (2013)

[23]  Joelle Vitiello. http://ile-en-ile.org/chauvet/

mis en ligne : 11 mai 1999 ; mis à jour : 26 février 2020 Consulté 17 février 2020

Carey Dardompré, Ph.D Auteur

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