Et le racisme entre «Black», notamment en Haïti ?

Publié le 2020-08-13 | Le Nouvelliste

Il y a de ces sujets tellement brûlants qui secouent l’actualité et qui doivent être urgemment abordés.  Certains plus que d’autres, bien entendu! Dans cet ordre d’idées, celui de la déshumanisation mérite une attention particulière parce qu’elle est une base certaine pour toutes les formes de déstabilisation politique, économique et sociale.  Si de fait en Haïti la déstabilisation se situe à tous les niveaux, à quoi peut-on ou doit-on véritablement attribuer la cause ?

Parlons alors de «Black Lives Matter » ou « I Can't Breathe ».  Les nouveaux slogans à la mode utilisés à tort et à travers. Des slogans qui revêtent cependant une importance capitale, pour une cause noble et qui donnent l'élan à l'heure qu’il est. Des slogans déterminants pour l’avenir de l’humanité. Un homme noir a perdu la vie, a été tué, un 25 mai 2020 à Minneapolis, État de Minnesota aux États-Unis d’Amérique, par un Blanc convaincu de la supériorité de sa race.  Un Blanc tue un Noir, du racisme, et alors le monde entier se lève d’une seule voix, pour dire « Black Lives Matter ». 

Le racisme, inné pour certains, a pris forme, comme nous le savons tous, avec le système esclavagiste.  Système qui, lorsqu'il a pris fin, s’est régénéré sous d'autres formes plus subtiles telles que le ségrégationnisme aux États-Unis d'Amérique ou l’apartheid en Afrique du Sud. Formes plus subtiles mais plus dangereuses étant en ce sens un racisme institutionnalisé.  Racisme qui a été combattu par des icônes comme Martin Luther King et Nelson Mandela dans la lutte pour le mouvement des droits civiques. 

Le système esclavagiste a laissé aussi ses séquelles dans les anciennes colonies. Nous y voyons entre les «Black» eux-mêmes des formes tout aussi subtiles comme le colorisme, le classisme ou encore la discrimination mais qui comportent les mêmes attributs que le racisme parce qu’elles sont issues d’idéologie et de pratiques basées sur la construction de groupes sociaux (1).  Toujours la même perception de supériorité par rapport à un autre ou un autre groupe ayant un teint plus clair ou issu d’une famille aisée et qui se veut détenteur de tous les avantages de la société.

Nous avons mentionné plus haut que ce slogan « Black Lives Matter » ou « I Can’t Breathe » est déterminant pour l’avenir de l’humanité, donc pour chaque pays ou chaque société séparément.  Ainsi prendrais-je la liberté d’introduire dans ce contexte de « Black Lives Matter » la problématique de racisme entre Black eux-mêmes ; racisme qui doit aussi être combattu.

Je prends surtout la liberté de parler de mon pays Haïti où nous devons cesser les hypocrisies et dire «I Can't Breathe» or «Black Lives Matter» dans le contexte de ces slogans lorsqu’il nous arrive trop souvent de traiter les plus défavorisés avec un pied de nez dans ce pays où les «pitit sòyèt» sont condamnés à mourir à l’échelle le plus bas. Comment osons-nous nous prononcer contre le racisme lorsque, chez nous, nous vivons encore la réalité de «restavèk»?

La question de couleur a toujours été une réalité en Haïti, sans jamais avoir été débattue ouvertement.  Mac-Ferl Morquette, dans son livre « Idéologie, Histoire et Politique en Haïti » publié en 2014, a profondément analysé la question de couleur au pays et esquissé ces impacts sur l’économie haïtienne.

Aujourd’hui, le monde prend un autre tournant, et ce qui est à la base de cette indignation collective est justement le traitement inhumain et condescendant d’un humain à un autre. Haïti, qui cherche à prendre son envol, ne peut aujourd’hui encore rater cette occasion de se mettre au pas.  Il nous faut parler ouvertement des inégalités existant dans notre société mais surtout y remédier.

Dans le cas de George Floyd, crime odieux et inacceptable, nous parlons de racisme dans un pays où la majorité de la population est blanche.  Nous sommes tous unanimes à condamner cet acte. Cependant, lorsqu’il y a une condescendance réelle et palpable à l'égard du Noir aux USA, c'est également un pays où la méritocratie est au rendez-vous. L’éducation et le labeur donnent accès à l'échelle économique à défaut de l’échelle de classe.  Lorsque nous nous mêlons au reste du monde pour dire «I Can’t Breathe» ou encore «Black Lives Matter», les laissés- pour-compte comme les bonnes, les gérants de cours ou les habitants de nos bidonvilles, pour ne citer que ceux-là, sont condamnés à mourir dans la même condition précaire en dépit de tous les sacrifices qu’ils puissent consentir. Silencieusement, ils crient aussi « I Can’t Breathe ». Écoutons et agissons !

Après le crime odieux contre Floyd, ce cri unanime de par le monde des Noirs comme des Blancs est sans précédent et les acquis seront certainement incommensurables.  Ce cri est le témoignage que tout naturellement l'humain rejette tout crime contre lui-même lorsque nous voyons toutes les races supporter ce mouvement.  Ce cri est aussi une évidence que les séquelles de l’esclavage sont encore là et la race humaine s’écrie « enough is enough», tous s’élèvent comme un mur pour dire non à toutes les formes de discrimination même si le racisme en lui-même durera longtemps encore. Fenêtre ouverte sur cet autre débat.  

Cependant ce racisme (colorisme, classicisme, discrimination) entre Black dans nos sociétés noires, je parle du racisme où une teinte plus claire que celle de mon compatriote ou encore un centime en plus dans mon compte en banque qui me confère une supériorité odieuse doit cesser.

Nos revendications pour les crimes de PetroCaribe et autres sont des plus légitimes et doivent être réparés.  Cependant les revendications doivent être justes sur toute la ligne.  «I Can't Breathe» est le cri de l'homme de rue qui rencontre des obstacles posés par son voisin sur son chemin vers une ascension sociale.  Commençons par répondre à nos obligations envers nos frères pour être légitimes lorsque nous crions «Oh injustice !» dans d'autres cas. 

Le succès du mouvement pour la liberté civique aux USA donne une force à ce cri qui vient des entrailles de la société et qui tout naturellement fait écho dans le monde.

En Haïti, nous avons l’impérieux devoir de nous regarder en face, car toutes les formes d’injustice ou de corruption comme celle de PetroCaribe devront être punies conformément à la loi, parce que la base doit être le respect de l’autre et c’est là que l’humanité nous interpelle.

1-Johannes Zerger, Was ist Rassismus?, Götting en 1997, p.81, traduction libre

Cassandre Thrasybule, New York le 5 août 2020. 

Cassandre Thrasybule, New York le 5 Août 2020 Auteur

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