Carte blanche à Jean-Claude Boyer

La quête d’un titre chez Depestre

Publié le 2018-03-05 | Le Nouvelliste

Culture -

Le samedi 3 et le dimanche 4 mars 2018, au magazine « En sol majeur »animé par Yasmine Chouraki sur Radio France Internationale, a résonné la voix toujours ferme et sympathique de René Depestre. Installée pour un weekend à Lezignan-Corbières, dans la demeure du célèbre écrivain haïtien, Yasmine Chouraki s’est livrée à l’exercice de faire revenir le natif de Jacmel sur son parcours de militant communiste, de poète, d’exilé, etc. L’émission ponctuée d’extraits musicaux a été diffusée en deux temps.

J’ai retenu une confidence de l’auteur de « Hadriana dans tous mes rêves ». Il vient de rédiger ses mémoires. Initialement, il se proposait de les coiffer du titre « Une gomme au crayon de Dieu » pour prendre à contre-pied le proverbe haïtien bien connu : « Kreyon Bondye pa gen gòm ».

Cependant, son éditeur trouvait que le titre pouvait donner lieu à une mésinterprétation. Alors, comme il prône une trinité bien particulière : Liberté, Égalité, Tendreté et comme il se souvient que déjà sa mère était l’expression de la tendresse, sentiment qui l’a beaucoup marqué durant son parcours d’homme—il a accepté de modifier le titre de l’ouvrage.

Il retient finalement le titre « Bonsoir tendresse ».

Pourquoi tendresse ? lui a demandé Yasmine Chouraki.

La réponse, sa réponse je l’ai résumée plus haut.

Pourquoi bonsoir ? lui demande l’animatrice de « En sol majeur » comme pour revenir à la charge.

C’est simple, lui répond sans détour le poète-romancier. Je suis né en 1926, j’ai 91 ans, je ne suis plus l’homme du bonjour mais du bonsoir. Il ajoute qu’il aurait pu choisir le titre approchant : Bonne nuit tendresse. En tout cas, on retiendra que le rythme du temps est présent dans l’œuvre de Depestre. N’avait-il pas publié l’essai « Bonjour et adieu à la négritude » ? Mais c’est une autre histoire.

Jean-Claude Boyer Dimanche 4 mars 2018 Auteur

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