Claude Bernard Sérant : le procès d'une réalité

Publié le 2005-05-23 | lenouvelliste.com

Serge Philippe Pierre Quand Bernard Sérant m'a proposé, il y a un peu plus d'une semaine, de lire son texte avant d'être publié dans les colonnes du quotidien «Le Nouvelliste» sur son livre"Rien que pour un instant"qu'il signe à la 11e Edition de Livres en Folie le jeudi 26 mai 2005, je me suis laissé traverser par une multitude de réflexions, en regard du caractère émouvant, à la fois poignant, de son récit. Claude Bernard Sérant, à travers sa nouvelle publication «Rien que pour un instant», est venu témoigner de la fragilité de l'existence et de l'insignifiance de l'humain qui doit une bonne partie de sa vie aux aléas du quotidien et aux incontournables carrefours par lesquels il doit transiter. «Rien que pour un instant», loin d'être une source de réconfort et d'espoir, est comme un mémoire pour tous ceux qui vivent, un témoignage éloquent pour ceux qui ne prennent pas au sérieux la maladie du sida considérée comme un voyage sans retour. Comment rester indifférent face aux récits poignants de Ibrahima, ce sidéen dont la parole est faite «de flamme, d'émotion et de vérité» et qui fait de la maladie du sida son meilleur ami? Triste et dure réalité. «Rien que pour un instant» est comme un bréviaire pour la jeunesse haitienne, un élément de conscience et de méditation pour les adultes. Il faut aller partager l'expérience de Deny et de Paul, de Rose Marie et de Madame Lataillade. Claude Bernard Sérant nous fait revivre, à travers son roman, les moments difficiles vécus par certains couples qui s'embourbent dans des relations sans avenir, sans lendemain. Pourtant, dans la démarche quotidienne, les interrogations se multiplient et les doutes s'accélèrent. Le sida qui norcit de plus en plus le tableau se positionne souvent et presque toujours à l'interface du réel et du sublime en imposant pendant encore longtemps sa hargne et sa puissance sur l'espèce humaine. «Rien que pour un instant», c'est le cri de la compassion, de la défaite, le cri du destin et du fatalisme, le reflet singulier d'un drame social, mis en évidence à travers des témoignages qui font réfléchir. Ce livre, à la lecture facile, mais pourtant bien inspiré, est comme cette boussole qui bloque l'accès à la folie et à l'inconscience. «Rien que pour un instant»: le temps des amours risquées, des amours perdues, des amours qui tuent, qui trompent, qui torturent et qui envahissent la société universelle. Des amours de l'au-delà et du rêve. «Rien que pour un instant» de Claude Bernard Sérant: le procès d'une réalité poignante, pathétique, bouleversante et mordante qui se déroule comme dans un film, mais un film sans issue...
Serge Philippe Pierre
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