Jacmel célèbre les lettres

PUBLIÉ 2015-05-29
Vendredi 15 et samedi 16 mai ont trouvé une Jacmel en fête ! Ce n’était pas les traditionnels groupes musicaux et bandes à pied joyeuses et colorées dans les rues de cette ville chaude et dansante de Ti Paris. C’était plutôt ce, week-end-là, une festivité tout à fait littéraire. Les Editions Pulùcia ont, en effet, organisé la deuxième édition de la « Konbit pour la promotion de la poésie et de l’art », un festival littéraire qui vise la promotion des jeunes écrivains et artistes.


Dans l’après-midi du vendredi 15 mai se trouvent assis, à la Salle du Professeur Jean Claude du Centre Culturel Alcibiade Pommayrac (CAP), de part et d’autre, quatre jeunes qui viennent de publier leur toute première œuvre éditée par les Éditions Pulùcia : Junie Edwine Dieumercy, Kevin Job Dubuche, Handgod Abraham et Jean Kechner Daré. Au centre est assis le conférencier du jour, l’écrivain et journaliste lauréat du prix poésie créole Dominique Batraville, Jacques Adler Jean-Pierre, dont le discours se déroule autour de la thématique de la lecture et de la personne. Le débat qui s’en est suivi a révélé les diverses inquiétudes des jeunes sur la carence de bibliothèques existant dans les milieux de province et aussi l’incontournable présence des réseaux sociaux et de leur impact sur les jeunes en ce qui concerne l’importance des livres et les temps de lecture. Jacques Adler Jean-Pierre a fait part de son souhait pour une démocratisation de l’objet livre pour une meilleure construction de la personne. Comme si cet appel leur était personnellement lancé, comme s’ils saisissaient d’un coup l’importance du vaste travail de l’écrivain et en même l’obligation du lecteur, les jeunes présents ont accueilli avec des ovations prolongées la présentation des trois œuvres nouvellement publiées qui s’en est suivie. Junie Edwine Dieumercy et Kevin Job Dubuche, âgés de 19 ans et élèves de terminale au CAP, publient conjointement leur recueil de nouvelles répondant au titre : « …et mon père fut cocu », un titre qui nous tire un franc sourire. Handgod Abraham, jeune poète de Petite-Goâve, publie son premier recueil de poésies : « Au paysage de ma muse ». Un de ses textes est accueilli par des acclamations après lecture, lecture pleine de musique dans la voix qui rehausse par là même la musicalité des vers de ses poèmes. Les perles de poésie se cachent à chaque coin de notre terre d’Haïti ; ainsi Jean Kechner Daré, sociologue de formation, originaire de l’Ile-à-Vache, présente au public son premier recueil de poésies : « Lire l’amer à voix basse », que l’assistance écoute avec une attention curieuse pour laisser percer des « wow ! ». La vente signature est donc lancée avec cette séance de lecture : un moment d’enthousiasme, d’achats, d’encouragements prodigués aux auteurs. La matinée du samedi 16 est le prolongement de la Konbit. De 8 h 30 à 4 h 30, l’auteur de « Soro » et de pléiades d’autres titres, l’écrivain Gary Victor, anime un atelier d’écriture avec vingt jeunes de la ville. L’ambiance est à la concentration, la créativité et le partage. Une tradition que les Editions Pulùcia déclarent tenir à perpétuer ! En cette fin d’après-midi, dans la cour de l’Alliance française de Jacmel se trouvent à nouveau réunis les quatre écrivains et leurs recueils. Cette fois, ils sont accompagnés de l’historien Michelet Divers pour sa conférence « Jacmel et la littérature ». Le rapport des poètes et des écrivains jacméliens par rapport à l’histoire de la ville est mis en exergue. « Le Jacmélien, amoureux éperdu ou amoureux critique de sa ville, reste un être passionné de sa ville et de son histoire, c’est pourquoi chanter, écrire Jacmel est un incontournable des femmes et hommes de lettres de la ville. » Paroles reçues avec un sourire d’approbation du public. Me Divers commence le bal, dès la clôture des débats, en achetant aux auteurs assis près de lui chacun un exemplaire de son œuvre. La seconde vente signature du festival est lancée ! Arrive un public jeune, curieux, gai, qui vient soit se procurer un livre soit tout simplement lire les quatrièmes de couverture et parler aux auteurs. L’économie en crise reste cette baïonnette combien incisive qui coupe l’élan d’appropriation des objets du savoir, comme le livre, chez les jeunes. Ce qui n’empêche pas qu’en fin de soirée, tous ils participent à la fête, à danse et au théâtre pour clôturer le festival en beauté. Les danseurs et danseuses de Haiti Dance Company et les acteurs de la troupe de théâtre du Centre Culturel Charles Moravia mette l’ambiance à la fête et à ce rire toujours mêlé de réflexions, car les thèmes des chansons et des montages de texte dénoncent encore une fois la précarité dans laquelle vivent les fils du pays. Ce week-end de mai a été l’éclosion des fleurs de lettres à Jacmel, une célébration qui vise à entretenir la passion de la lecture et de l’écriture chez les jeunes. La participation des jeunes (qui aurait pu être plus nombreuse) prouve que la flamme des lettres doit bel et bien être toujours attisée chez eux. Puisse ces activités littéraires continuer à être ce tison contant qui entretient l’amour des jeunes de la cité et du pays entier pour les choses de l’intellect !

Nahomie Saintima



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