À quand la délocalisation du palais de justice ?

Dans deux messages publiés sur son compte Twitter, l’ancien ministre de la Justice Rockfeller Vincent avait annoncé avoir autorisé la délocalisation provisoire du palais de justice de Port-au-Prince et fait part de certaines discussions avec des bailleurs autour de ce sujet. Toutefois cette délocalisation ne concerne pas tout le tribunal.

Publié le 2021-10-01 | lenouvelliste.com

« Je viens d’avoir une fructueuse rencontre de travail avec le représentant résident du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) pour Haïti, M. Fernando Hiraldo, afin de faire avancer plusieurs dossiers et projets importants pour le pays, dont la réforme du code pénal, la délocalisation du palais de justice de Port-au-Prince », avait écrit Me Rockfeller Vincent le 10 septembre 2021, sur Twitter.

Le 20 août, il avait posté un autre message sur les réseaux sociaux, informant que le ministère de la Justice avait autorisé la délocalisation provisoire du palais de justice. « Nous sommes en pourparlers avec nos partenaires techniques et financiers pour le financement et la mise en œuvre rapide du projet, pour renforcer l’accès à la justice », avait-il écrit.

Pourtant, des sources concordantes ont fait savoir que le palais de justice de Port-au-Prince, dans son ensemble, ne sera pas délocalisé tout de suite. « Oui, je suis au courant des discussions d'une instance internationale avec le doyen et des autorités judiciaires. On entend mettre environ cinq préfabriqués sur la terrasse de l'ancien palais de justice de Port-au-Prince à la rue de la Réunion. Ces espaces  permettront d'organiser des audiences criminelles, correctionnelles et civiles », a confié le magistrat Jean Wilner Morin. 

Le juge Morin a fait savoir que c’est le début d’une bonne initiative qu'il souhaite déboucher sur la délocalisation totale du palais de justice. « On ne peut avoir un tribunal de première instance sans décanat, ni cabinet d'instruction, ni parquet. Entre-temps, il faut travailler pour les déplacer », a encouragé le magistrat, soulignant que ceux-ci seront encore au Bicentenaire. Aussi, le président de l’Association nationale des magistrats haïtiens (ANAMAH) dit espérer que le nouveau ministre de la Justice a.i fera le nécessaire pour un nouvel espace avant la rentrée judiciaire, pour rendre la justice accessible.

En outre, il a rappelé que depuis trois ans il plaide pour la délocalisation du palais de justice en raison de la situation sécuritaire de la région où est logé le palais de justice. « Nous avons tiré la sonnette d'alarme pour la délocalisation, pas parce que les autres zones ne sont pas dangereuses, mais des endroits le sont moins par rapport à d'autres », a-t-il ajouté.

Jean Wilner Morin en a profité pour critiquer l’ancien ministre de la Justice. « Monsieur Rockfeller Vincent s'y opposait pour des raisons politiques uniquement; il avait préféré bloquer la justice pour qu'elle ne fonctionne pas », a-t-il dénoncé. Pour lui, l'ex-ministre de la Justice comprenait la nécessité de la délocalisation, mais il ne voulait pas l'autoriser de son propre chef.

À noter que le budget d'investissement est sous le contrôle du ministère de la Justice et de la Sécurité publique. « Il n'a pas précisé si un fonds serait débloqué pour acquérir/louer un nouveau local par rapport à l'urgence. Il n'a rien dit non plus sur les démarches », a poursuivi le magistrat Morin. Reste à connaître les détails sur la délocalisation provisoire des salles d’audience du tribunal.

Le palais de justice de Port-au-Prince avait changé de local peu après le tremblement de terre du 12 janvier 2010. Le site de ce bâtiment où deux lions imposants affirmaient l'autorité de la justice, héberge de nos jours des garages improvisés et des vestiges de plantes. Aux autorités concernées incombent la responsabilité de déguerpir les occupants.



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