Haiti/Séisme

Les habitants de l’Asile ont connu l’enfer

La commune de l’Asile, dans le département des Nippes, fait partie des communes les plus touchées par le séisme du 14 août 2021. Toutes les maisons sont quasiment détruites, une trentaine de personnes sont tuées. Les survivants sont aux abois.

Publié le 2021-08-19 | lenouvelliste.com

« Franchement, je n’imagine pas ce que je vais faire pour me relever », lâche Gourdet Clothaire, qui nous raconte son émoi à l'autre bout du fil. Le bâtiment qui logeait son petit commerce au centre-ville de l’Asile est totalement détruit. Sa maison est sévèrement endommagée. Avant il travaillait à l'Hôpital communautaire de la référence de l’Asile (HCR l’Asile), mais le bâtiment est pratiquement en ruine. C’est à même le sol que le personnel de cet hôpital tente d’offrir les premiers soins à des blessés et procède même à des accouchements, nous confie-t-il. Une proche cousine de cet homme a trouvé la mort durant le séisme. C’est une bonne partie de sa vie qui est partie sous les décombres, témoigne Gourdet.

« Je n’ai pas dormi depuis samedi », raconte-t-il. Jusqu'à ce mardi, l’aide n'était pas encore arrivée dans la commune de l’Asile. Chassés de leurs maisons par les secousses telluriques, les habitants de cette commune n’ont ni de tente ni même de prélart pour s’abriter. Au centre-ville, les survivants se regroupent sur la place publique où ils passent leurs journées, brûlés par les rayons du soleil. La situation s'est détériorée à la suite du passage de la dépression tropicale Grace qui a provoqué vents et averses.

« Beaucoup de personnes passent la nuit debout sous la pluie. Elles ont peur de rentrer dans les bâtiments qui sont encore debout », raconte Amorse Joseph, également joint par téléphone. Jusqu'à lundi soir, des répliques sont enregistrées, explique-t-il. Ainsi, les gens ont peur de s’approcher des maisons. Amorse Joseph est sous le choc quatre jours plus tard. Un bon ami à lui a perdu sa femme et un enfant. Jamais il n’a vécu un si grand drame, laisse entendre l’homme.

Trente-trois morts à l'Asile, les autorités locales impuissantes

Selon le dernier bilan partiel présenté par la Direction de la  protection civile, 33 personnes  ont péri dans le tremblement de terre à l'Asile. La plupart vivaient au centre-ville. La deuxième section communale, Changeux, située à environ 8 kilomètres du centre-ville de l’Asile, est très touchée. Pas moins de 13 personnes sont mortes dans cette section communale, rapporte Frenel Joachim, ancien maire de l’Asile. «Toutes nos maisons sont quasiment détruites, et celles qui ne le sont pas sont gravement endommagées », poursuit-il.

Selon Frenel Joachim, jusqu'à ce mardi beaucoup de blessés n’étaient pas encore pris en charge. « C’est grâce à des membres d'une église qui était en mission dans la localité la veille que nous avons pu soigner la plupart des blessés », ajoute-t-il.

Pour ce qui est de l’habitat, plus de 500 maisons sont détruites à l’Asile et près de 2 500 endommagées. La commune n’a pourtant pas les moyens de déblayer les espaces où les maisons se sont effondrées. « Nous pensons que beaucoup plus de personnes sont victimes. Nous ne sommes pas encore en mesure de donner un bilan définitif », souligne Étheta Ambroise, membre de la commission municipale de l’Asile. De nombreuses écoles, églises et l'hôpital de la commune sont détruits ou endommagés. 

L’agent intérimaire lance un cri d’alarme aux autorités centrales. « Nous avons l’impression que le pouvoir central méprise les communes des Nippes affectées. Nous leur demandons d’agir au plus vite, ne serait-ce qu'en nous envoyant des tentes et des prélarts. Ils n’ont pas besoin d’attendre les ONG », lâche la mairesse. Tentes, prélarts, eau potable et nourriture constituent les principaux besoins de cette population meurtrie.

À entendre Jerry Chandler, directeur de la Direction de la protection civile qui intervenait sur Magik 9 le mardi 17 août 2021, les victimes du tremblement de terre doivent encore patienter. Selon le numéro un de la Protection civile, même si l’aide est disponible dans le pays, il faut bien l’organiser pour ensuite la distribuer. Sauf qu'en attendant, les victimes vivent l’enfer. 



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