La Pastorale universitaire de l’archidiocèse de Port-au-Prince clôture son 12e congrès sur la crise politique en Haïti

La Pastorale universitaire de l’archidiocèse de Port-au-Prince a organisé, le week-end écoulé, son 12e Congrès universitaire sur le thème «Crise politique en Haïti : enjeu sur la vie universitaire». Plus de 400 étudiants ont pris part à cette activité de deux jours. Les débats ont accouché d'une déclaration finale, invitant les autorités à assumer leurs responsabilités.

Publié le 2021-05-10 | lenouvelliste.com

Quatre panels sur de multiples sujets pour montrer l’enjeu de la crise politique en Haïti sur la vie universitaire. Au cours de la première journée, historien, sociologue et juriste ont, dans un premier temps, analysé les crises qu’a connues en Haïti sur trois périodes. De 1804 à 1915 : La fondation de l’État sur fond de crise ; 1915-1957 : La question de couleur et l’histoire des Haïtiens, 1987 à 2021: Une transition interminable. Le premier panel était partagé entre l’intervention de l’historien Emmanuel Millord, qui estime que la crise qui a marqué le XIXe siècle haïtien est une crise de l’Etat, celle du professeur Jean Casimir, qui a fait la lumière sur le mépris des sociétés occidentales à l’égard des autres sociétés, ce qui va déboucher sur les préjugés de couleur avec l’invention de la notion de race pour établir dans le monde la suprématie blanche. Pour le sociologue, la question de préjugés de couleur n’habite pas les Haïtiens, et enfin, celle du juriste Daniel Pierre Philippe, qui a plaidé en faveur d’un projet de société à long terme pour mettre fin au cycle de transitions récurrentes.

Le second panel était partagé par Chenet Jean-Baptiste, Loobensy Timoré qui ont posé la problématique de l’insécurité en Haïti. Après avoir clarifié les notions d’inégalités sociales et d’insécurité, le professeur Chenet Jean Baptiste a établi le rapport entre les inégalités et l’insécurité. Selon le professeur, l’insécurité résulte des inégalités sociales, tout comme l’insécurité est un outil pour reproduire et maintenir les inégalités sociales. De son côté, le politologue Loobensy Timoré a traité l’insécurité comme problématique politique en montrant que l’insécurité constitue une entrave à l’ordre social, alors que l’État est né à partir d’un besoin d’organisation de la cité en vue du bien-être des citoyens.

Le dernier intervenant pour la première journée, le professeur Josué Vaval, est intervenu sur l’impact de l’insécurité sur la vie des universitaires. Selon le politologue, les éléments réels de la crise se transforment en éléments symboliques et agissent de là sur la santé psychologique des universitaires sous diverses formes, notamment la peur, la léthargie, la perte de sommeil, le stress post-traumatique et les hallucinations, pour ne citer que cela.

La deuxième journée était consacrée à des réflexions sur les perspectives et les propositions. Le chef du parti politique UNIR Clarens Renois, le sénateur Patrice Dumont et l’agronome Jean André Victor ont apporté des éléments concrets de réflexions et de propositions au regard de la crise et de l’insécurité. Si l’agronome Jean André Victor a éclairé la lanterne de l’assistance sur la notion de crise, Patrice Dumont, de son côté, a invité l’international à porter secours à la démocratie en Haïti. Clarens Renois a, quant à lui, plaidé en faveur de la stabilité politique en Haïti, et a demandé de garantir une vie universitaire productive et épanouie, d’organiser et de réglementer l’université en Haïti.

De leur côté, les étudiants ayant pris part à ce congrès ont fait des recommandations sur les mesures à adopter pour solutionner la crise et l’insécurité.

S’agissant de la crise, les étudiants recommandent à l’Etat d’assumer ses responsabilités au sein de la société en tant qu’organe régulateur, de veiller à la cohésion entre les protecteurs des citoyens ainsi qu’à la cohésion sociale ; l’Etat doit entamer un dialogue national et mener une campagne de conscientisation citoyenne.

Pour lutter contre l’insécurité, les responsables doivent mettre en place des projets sociaux pour les jeunes, créer des espaces de socialisation où les jeunes pourront s’écouter mutuellement et interagir, susciter chez ces derniers le sentiment du patriotisme, résoudre le problème du chômage et réduire les inégalités et enfin procéder au désarmement des gangs armés et à la réinsertion des jeunes.

Tout en clamant la réussite de ce congrès, le directeur de la Pastorale universitaire, le père Frantzy Petit-Homme, a annoncé que la Pastorale entend assurer une formation en informatique pour 30 jeunes dans chaque quartier, réputé chaud, en leur favorisant une bourse complète dans ce domaine, ce, pour répondre à la demande des étudiants qui souhaitent l’établissement de projets sociaux pour les jeunes dans les quartiers populaires. Un projet qui doit démarrer cette semaine, selon le responsable, qui entend aller à la rencontre des jeunes de ces quartiers.

Florence Lisené florencelisene@gmail.com
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