Gestion des risques et des désastres

Absence de volonté politique pour la protection de l’environnement

Publié le 2021-05-05 | lenouvelliste.com

Dans moins d'un mois, soit le 1er juin, ce sera le début de la saison cyclonique 2021. Pourtant, des intempéries ont déjà fait des ravages dans le nord du pays dès le mois d’avril. La saison cyclonique s'annonce plus active que la normale par le service de prévisions des ouragans de l'université du Colorado (USA). La saison cyclonique 2020 a été aussi active et l’on retiendra surtout les dizaines de morts et disparus du cyclone Laura. Cependant, on est loin des centaines de victimes de l’ouragan Matthew de 2016. Près de cinq ans plus tard, bon nombre d’Haïtiens vivent avec la peur d’être emportés par les eaux à chaque saison cyclonique, voire à chaque pluie.

Comme après chaque catastrophe, gouvernement, ONG et agences onusiennes montent une pluie de projets de relèvement post-catastrophe. Les projets post-Matthew sont, à ce titre, indénombrables. Si les nouveaux véhicules affectés à ces projets ou encore les primes sont bien visibles, les résultats le sont moins. Toutefois, en l’espace de quatre ans et demi, on aurait fait beaucoup de progrès sur le plan environnemental si cela avait vraiment été les priorités de nos dirigeants. Faut-il vous rappeler qu’il y a des arbres en Haïti ayant une croissance de 2 à 3 mètres de haut par an? Sur le plan technique, le reboisement et la restauration de l’environnement sont possibles. Il faut juste la bonne stratégie et la volonté politique nécessaire.

Cette volonté politique est loin d’être présente chez nos chefs. Dans le cas de Port-au-Prince, on parle souvent du Morne l’Hôpital dont la dégradation serait à la base des malheurs des populations en aval. Une bonne partie de cet espace qui était supposé être une zone protégée est construite par d’anciens dirigeants. Difficile de prendre des mesures contre soi. Quelques travaux de conservation de sols ont été orchestrés par l’OSAMH (Organisme de surveillance et de l’aménagement du Morne l’Hôpital). Au cours des années 2000, l’on pouvait voir des terrasses, des murs secs, entre autres. Les résultats escomptés se font toujours attendre. La déforestation va plus vite que les effets de ces travaux et il s’agit des actions très locales qui ne tiennent pas compte du problème dans sa globalité.

Un autre fait flagrant sur l’absence de volonté politique et le non-respect des mesures environnementales par nos chefs. Le 10 juillet 2013 un arrêté présidentiel a été adopté en vue d’interdire la production, l’importation, la commercialisation et l’utilisation des sacs en polyéthylène, des intrants et objets en polystyrène expansé (ex : styrofoam). Cet arrêté est officiellement entré en vigueur le 1er août 2013. Force est de constater que cette interdiction n’a jamais eu lieu. En octobre 2018, le ministre de l’Environnement d’alors a définitivement montré une ferme volonté de faire respecter cet important arrêté. Il a donc annoncé une vaste opération de saisie des produits en styrofoam présents sur le territoire haïtien ou qui tentent de traverser la frontière. Cette décision a été applaudie par plus d’un. Moins de deux semaines après, il suffisait d’avoir un rendez-vous à la mi-journée au ministère pour se trouver devant le fait accompli. Devinez quoi ? Tout le monde mangeait dans du styrofoam ! Grands chefs, petits chefs, simples employés, tout le monde sans distinction. La décision n’a pas été respectée même par ceux-là qui l’avaient prise.

Le problème de l’environnement en Haïti est complexe et comporte quelques entraves. Sa restauration doit être inclusive. Mais tout doit commencer par une volonté politique ferme et... quelques sacrifices.

Newdeskarl Saint Fleur newdeskarl@gmail.com
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