« Baron Samedi Monologue » de Dieuvela Etienne

Publié le 2021-04-27 | lenouvelliste.com

« Beaucoup de personnes ont peur du vodou et le perçoivent comme l’univers du mal. Cessons d’assimiler le vodou à la sorcellerie ou à toute autre diablerie. Le vodou est culture, littérature, musique, spiritualité, peinture, philosophie, thérapie. Lire ces paroles de Baron Samedi, c’est découvrir un discours différent des clichés ordinaires sur le vodou », déclare Dieuvela Etienne, l’auteure de « Baron Samedi Monologue », livre paru à Montréal au mois de mars écoulé. Cette première édition, qui a eu le support de la Fondation Fabienne Émile, comme son nom l’indique, dévoile une prise de paroles du « lwa » Baron Samedi en pleine cérémonie cultuelle. Dans un décor de premier novembre et dans l’euphorie de la danse, le dieu entre en possession d’un homme. Par le biais de cet adepte, il s’est mis à danser, à se raconter, à prodiguer des conseils et à rendre hommage à sa femme Brigitte.

Dans ce texte, l’auteure explore un sujet difficile. Cette notion majeure qui s’exprime selon les croyances, les valeurs, les désirs, les besoins, par la bouche d’un dieu du panthéon vodou, il résonne fort : « Le temps de la liberté, c'est aujourd'hui, ne le remettez pas à demain. Arrachez votre liberté si elle se trouve ligotée. Ne les laissez pas fabriquer votre destin. Ne les laissez pas fabriquer votre sexe. Ne les laissez pas fabriquer votre image. Vous n'êtes pas ici pour jouer les rôles de leurs pièces ridicules. » (Page 13)

Pour cette artiste haïtienne installée à Montréal depuis 2018,  « Baron Samedi est l'une des divinités vodou des plus populaires en Europe et en Amérique. Ils l'ont exploité dans plusieurs films. Ils l'ont dessiné, mis en scène. Ils lui ont construit une image démoniaque. Je pense qu'il est temps pour nous de démontrer que Baron Samedi nous appartient, de lui rendre son vrai visage vodou ».

Le regard de Dieuvela apporte, en 115 pages, une lecture appuyée sur l'interprétation des symboles de ce lwa du panthéon vodou. Toute une philosophie se profile dans le discours de cet esprit. « Je suis le général Baron La Croix, homme carrefour, homme cimetière. Je dirige l'escorte des lwa gede, puissances d'outre-tombe. J'appartiens au monde où tout n'est rien et le rien est tout. Je suis au-dessus des mondanités et de la loi des hommes. J'évolue dans l'intemporel. Je précède la pensée. Je conçois la conception. Rien ne me choque. Rien ne m'effraie. J'appartiens aux ténèbres autant qu'à la lumière. Le jour me porte, la nuit m'accouche.»

Bien qu’écrit pour le théâtre, le texte comporte, selon plusieurs lecteurs une sagesse très touchante. Il livre un autre regard sur le personnage Baron Samedi et sur le vodou en général. – « Il nous porte à réfléchir sur la vie. Le livre nous apprend beaucoup sur la dialectique et sur les symboliques de Baron Samedi. Il nous invite à nous libérer de la prison du jugement des autres » – Ce sont là les retours de monsieur Wilny Edouard, criminologue et ancien étudiant à l’École normale supérieure d’Haïti en philosophie. Il vit actuellement aux États-Unis et a longuement commenté le livre après l’avoir acheté et lu.

Pour Dieuvela Etienne, la publication de Baron Samedi Monologue est le début d’un projet qui vise non seulement à enrichir le répertoire du théâtre vodou mais aussi à présenter le vodou autrement. D’autres publications sont en perspective.

Wébert Pierre-Louis
Auteur


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