68 membres du Congrès américain écrivent au secrétaire d’État pour demander le changement de la position des Etats-Unis sur Haïti

68 membres du Congrès américain, à l’initiative des représentants Gregory W. Meeks et Hakeem Jeffries, respectivement président du Comité des affaires étrangères de la Chambre des Représentants et président du caucus démocrate de la Chambre des Représentants, ont adressé le lundi 26 avril 2021 une lettre au secrétaire d'État Antony Blinken appelant à une réévaluation de la politique américaine en Haïti.

Publié le 2021-04-26 | lenouvelliste.com

«Continuer sur la même voie ne fera qu'exacerber la situation», ont écrit les signataires de la lettre dans laquelle  figurent les présidents des comités d'éthique, des affaires étrangères, de la sécurité intérieure, de la justice, des règles, de la science – espace – technologie, des petites entreprises et des voies et moyens.

Cette correspondance, signée par 68 représentants, y compris par tous les démocrates du sous-comité de l'hémisphère occidental, appelle également l'administration Biden à suspendre le financement du référendum constitutionnel proposé par le président haïtien Jovenel Moïse et met en garde contre les dangers de poursuivre des élections défectueuses plus tard cette année.

«Écoutez les voix de la société civile haïtienne et des organisations de base, qui ont clairement indiqué qu'aucune élection sous l'administration actuelle en Haïti ne sera libre, juste et crédible. Le Département d’État devrait plutôt se concentrer sur les problèmes de légitimité démocratique sous-jacents identifiés par la société civile haïtienne et soutenir un processus de changement mené par Haïti. Des élections organisées sans respecter les normes de participation et de légitimité internationalement acceptées ne feront que saper davantage la confiance dans la gouvernance démocratique, gaspiller des ressources rares et perpétuer un cycle d'instabilité politique et de violence », ont mis en garde les 68 signataires de cette lettre, qui en ont profité pour exprimer leurs graves et urgentes préoccupations concernant la détérioration rapide de la situation en Haïti.

« Pendant des décennies, la communauté internationale a investi des centaines de millions de dollars pour aider Haïti à atteindre la stabilité politique et une démocratie représentative. Afin d’avancer de manière plus productive, nous devons reconnaître que ces efforts n’ont pas permis d’atteindre les résultats escomptés et que continuer sur la même voie ne fera qu’exacerber la situation », ont souligné les congressmen américains, indiquant que les troubles politiques à l'intérieur du pays ont considérablement augmenté depuis 2018 et ont entraîné une grave instabilité et une violence politique.

Pour les signataires, l'administration Moïse manque de crédibilité et de légitimité pour superviser un référendum constitutionnel prévu en juin 2021 ou pour organiser des élections libres et équitables. « La réforme constitutionnelle proposée que les juristes considèrent comme inconstitutionnelle concentrerait davantage le pouvoir exécutif », ont relevé les législateurs américains, alertant que les élections parlementaires, locales et présidentielle prévues en automne 2021 pourraient augmenter considérablement le risque de violence dans tout le pays.

« Nous sommes également préoccupés par le caractère inclusif des élections, le manque de préparation des institutions électorales à organiser des élections, ainsi que la composition inconstitutionnelle du Conseil électoral provisoire », ont fait valoir les représentants américains s’appuyant sur le témoignage de Pamela White, ex- ambassadeur du président Barack Obama en Haïti, devant la commission Affaires étrangères de la Chambre en mars dernier et au cours duquel elle a clairement indiqué que des élections légitimes ne sont pas possibles dans le contexte actuel.

Entre autres recommandations, les 68 parlementaires américains exhortent le Département d'État à « indiquer clairement que les États-Unis ne fourniront aucun soutien, financier ou technique, pour faciliter le référendum constitutionnel proposé, y compris par le biais des institutions multilatérales ; identifier clairement et communiquer au Congrès les paramètres spécifiques qui seront utilisés par le Département d’État pour évaluer si les élections en Haïti seront libres et équitables, y compris un calendrier réaliste pour atteindre ces prédicats nécessaires ; s'abstenir de se prononcer sur les interprétations constitutionnelles en Haïti, en particulier en ce qui concerne le différend sur le mandat de M. Moïse ; promouvoir la protection des droits de l'homme et la primauté du droit en appliquant les sanctions de la Global Magnitsky Act aux personnes impliquées de manière crédible dans des abus ; soutenir une nouvelle désignation du Statut de protection temporaire (TPS) pour les migrants haïtiens vivant aux États-Unis et mettre un gel temporaire sur toutes les expulsions liées au titre 42 vers Haïti ; recentrer et réformer la politique américaine en Haïti en nommant un acteur de confiance et crédible au poste de Représentant spécial pour Haïti ; tenir des consultations de haut niveau avec la société civile haïtienne et les groupes de la diaspora pour entendre leurs préoccupations et leurs recommandations pour une voie démocratique à suivre ».



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