Se réchauffer à l'ombre des livres

Publié le 2021-04-22 | lenouvelliste.com

Ce vendredi 23 avril ramène la Journée mondiale du livre et du droit d'auteur. Un moment emblématique pour la littérature mondiale. Pour réfléchir sur l’importance des livres dans notre vie. Confinement, crise politique... les livres demeurent présents dans notre  vie quotidienne. Des livres, encore des livres qui s'ouvrent sur la littérature et sa palette de ressouurses esthétiques pour exprimer nos  inquiétudes, nos certitudes et la richesse de nos regards sur le monde, et la condition humaine.  

« Un bon livre est un livre qui fait oublier au lecteur qu'il est en train de lire », disait Bernard Pivot. Oui, un bon livre c’est un véritable labyrinthe. Une multitude d’abîmes. Il y a de la magie, l’aube des matins du monde, des émotions, des sentiments, des chants d’espoir, des doutes, des certitudes, et des folies.

Tout écrivain ambitieux a résolument envie de changer le monde, mais je n'y crois pas trop, sauf dans les sciences humaines. Marx et Freud ont en effet changé le monde. Je pense que la plupart des écrivains écrivent d'abord parce qu'ils sentent la nécessité de traduire ce que leur sensibilité, leurs expériences, leurs émotions, leurs joies et leurs chagrins leur ont appris sur la vie. Pour moi, le véritable rôle d'un écrivain consiste à apporter au lecteur de quoi nourrir sa sensibilité, sa réflexion, ses rêves, ses colères.

Aujourd’hui, c’est un moment spécial pour moi de réfléchir sur les livres qui m’ont le plus marqué.

La fête de l’insignifiance est une œuvre écrite avec une densité sémantique qui ne faiblit pas. Dans ce poignant roman, Kundera nous livre un portrait noir de la société contemporaine où l'insignifiance est considérée comme la clé de la bonne humeur et même de la sagesse. Le texte est divisé en sept parties numérotées possédant chacune un titre, un dispositif qui caractérise la première manière de Kundera, celle des grands romans tchèques en forme de « Sonate ». Dès l’incipit du livre « C’était le mois de juin, le soleil du matin sortait des nuages » jusqu’à la toute fin « un bel après-midi estival dans le jardin du Luxembourg », est en même temps une fête de l’esprit, du plaisir, et du rire. On ne peut lire « La fête de l’insignifiance » qu’avec le sourire aux lèvres et le bonheur dans le cœur. (Je veux dire : le bonheur esthétique, qui est le plus vrai, peut-être même le seul vrai bonheur.)

Le roman se résume à une seule grande scène : une réunion mondaine dans un appartement de Paris, un soir d’été où se retrouvent et se révèlent la plupart des personnages présentés dans la première partie du texte, Quaquelique, D’Ardelo, La Franck, et Caliban. La narration accorde une large place aux discussions amicales et aux rêveries, qui sont l’occasion pour les personnages de lancer toutes sortes de « théories » grandes et petites, toujours aussi surprenantes que délicieuses, et il est difficile de séparer le sérieux du loufoque, la vérité de la blague. Les leçons de Ramon, le plus vieux du groupe sur l’incommunicabilité des différents âges de la vie, sur l’infinie bonne humeur, et les propos d’Alain sur la psychologie des « excusards ». 

Quand j’ai terminé ce livre, je comprends que l’insignifiance n’est pas un malheur, l’absurde n’est pas la tragédie que l’on croit ; l’insignifiance est partout, l’insignifiance est la chose la plus humaine qui soit, la plus commune, la plus belle.

L’étranger d’Albert Camus

Avec L'Etranger d'Albert Camus, nous rentrons directement dans l'histoire sans même avoir une description du narrateur. La description d’une part et l’intrigue de l’autre est absente dans ce roman. Même dans les dialogues il n’y a pas de détails, certes les villes d’Alger et de Marengo sont bien nommées.  Le personnage principal du roman, quoique « créature du papier » (Sarthe), se comporte comme une personne réelle. Le roman est divisé en deux parties, la première partie ressemble à un journal quotidien et la seconde ressemble plus ou moins à un récit. L’auteur utilise les trois formes courantes en français, le futur simple, le futur immédiat, et le présent de l’indicatif.

C'est l'histoire de Meursault qui apprend la mort de sa mère, il n'éprouve aucune réaction excepté l'ennui de devoir aller à l'enterrement sous une chaleur étouffante. Le lendemain est un jour habituel pour lui, personne ne peut se douter qu'il est en deuil. Il rencontre Marie, celle qui va faire un bout de chemin dans sa vie; ils vont au cinéma et profitent ensemble de petits moments de bonheur. Les jours se succèdent jusqu'à un malheureux incident, qui va marquer un des tournants de sa vie. 

Les cigognes sont immortelles d'Alain Mabanckou

''Les cigognes sont immortelles'' se déroule au Congo durant la mort du président Marien Ngouabi, assassiné en mars 1977. Le petit Michel raconte les jours qui suivirent l’assassinat du président. Un roman émouvant avec des détails sur les coutumes, les mœurs, et le mode de vie des Congolais.

L’aveuglement de José Saramago

Dans ce livre José Saramago joue sans cesse avec les mots, les phrases, et les ponctuations. J’aime son style, il y a de la magie dans le rythme de ses phrases. C’est comme une musique mélodieuse. Un homme au volant de sa voiture attend un feu vert. Le feu passe, il ne démarre pas. C’est le début d’une épidémie de cécité. Les gens deviennent brutalement aveugles sauf la femme du médecin qui a ausculté le premier aveugle. Ce roman est une radiographie de la faiblesse de l’humanité.  

En cette Journée mondiale du livre et du droit d'auteur, accordons une place au livre pour un jour et pour toujours.

Marc Sony Ricot
Auteur


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