Sommet de la finance : Coup d’œil sur l’Amérique latine et la Caraïbe

L’économiste en chef de la Banque mondiale pour l’Amérique latine et la Caraïbe, M. Martin Rama, était l’un des principaux intervenants à la première journée de la 11e édition du Sommet internationale de la finance. Accueilli par l’initiateur du Sommet, le P-DG du Group Croissance, l’écomiste Kesner Pharel, l’expert de la Banque mondiale devait intervenir sur une Analyse de la situation socioéconomique en Amérique latine et la Caraïbe et perspectives pour la période Post-Covid-19. Le responsable de la Banque mondiale en a profité pour parler des perspectives économiques pour Haïti.

Publié le 2021-04-13 | lenouvelliste.com

« L’Amérique latine et la Caraïbe dans son ensemble a payé le plus lourd tribut à la pandémie de Covid-19 de par le monde », a souligné d’entrée de jeu, le représentant de la Banque mondiale. Tout au début de la pandémie, on s’attendait à ce que les pays pauvres d’Afrique, du Sud du Sahara, de l’Asie du Sud-Est, ou même de l’Europe de l’Est soient les plus touchés. Pourtant, un an après, aussi bien par le nombre de morts que par la chute de l’activité économique, l’Amérique latine et la Caraïbe demeurent les régions les plus touchées, admet Martin Rama.

En guise de bilan après un an de lutte contre la pandémie, le représentant de la Banque mondiale estime que la région est en face d’énormes difficultés pour tenir la route. « Nous n’en sommes pas sortis, fait-il remarquer plus loin sur un ton pas trop rassurant.  « Il n’y a plus de chance qu’on arrive à une immunité de groupe avant la fin de l’année 2021. Donc on doit se préparer à vivre une deuxième année avec la Covid-19. »

Pourquoi la Caraïbe est-elle si touchée en dépit de sa résilience notoire ?

 A cette question, Martin Rama a mis en cause l’informalisation qui occupe une place trop importante dans l’économie de la région.  Nous avons d’énormes secteurs informels. Les séries ininterrompues de confinement ont beaucoup affecté les gens de l’informel. Dans le secteur public et le secteur privé formel, on peut facilement créer des mécanismes pour protéger les emplois et les revenus pendant la crise. Par contre, avec le secteur informel, c’est très difficile.

Monsieur Martin Rama a souligné l’inégalité qui règne à l’intérieur des pays de la région qui fait que certains pays comme la Colombie, le Chili, le Pérou, le Brésil ont un pouvoir fiscal qui leur permet d'effectuer les dépenses nécessaires pour répondre aux besoins d’aides économiques de leurs populations respectives pendant la crise.

L’Amérique latine et la Caraïbe contiennent les pays les plus inégaux de la terre. La pandémie n’a fait que renforcer ces inégalités, a fait savoir Martin Rama, qui a rappelé qu’avant la crise de la Covid-19, la région, avec sa faible couverture de protection sociale, ne jouissait pas d’une situation brillante.

Faut-il formaliser davantage l’économie de la zone ?

« Ça dépend du pays. L’Amérique latine est une région de classe moyenne du monde. Nos efforts pour la formaliser n’ont pas été très efficaces », a reconnu Martin Rama, qui croit que la pandémie a offert à cette région la perspective de pouvoir utiliser la digitalisation pour accroitre la formalisation. Dans certains pays, nous avons appris à fonctionner à distance. Il y a beaucoup d’activités pour lesquelles les plateformes informatiques sont devenues extrêmement importantes, y compris pour l’emploi », a expliqué le responsable régional de la Banque mondiale.

Vu la faiblesse de l’espace fiscal haïtien, comment va-t-on se préparer à faire face aux chocs qui nous attendent ?

L’idéal serait d’échelonner les dettes, les structurer, les réduire. Pour tous les pays, il faut penser à une trajectoire de consolidation fiscale qui consiste notamment à réduire les dépenses et accroitre les impôts. Le choix le plus important est d’augmenter l’efficacité des dépenses publiques, faire autant ou plus avec moins de ressources. C’est un travail de long terme, mais c’est le chemin que tous les pays de la région devraient suivre.

Prévisions et conseils pour Haïti

Selon le représentant de la Banque mondiale, comme la plupart des pays de la région, Haïti faisait déjà face à des difficultés profondes bien avant la crise sanitaire. Le pays n’a pas été gravement touché par la pandémie mais ses problèmes sont là et ils persistent.

A la demande de son interlocuteur, le représentant de la Banque mondiale a fait des prévisions pas très joyeuses pour Haïti. Dans son intervention, Martin Rama a rappelé les prévisions que la Banque avait faites en matière de croissance pour Haïti en 2020 qui étaient de -3,4%. Avec la reprise en 2021, la croissance du PIB ne sera pas tellement flatteuse et se fixe à -0,7%, soit une progression à peine égale à la croissance démographique, a assuré l’intervenant.

Et pour essayer de rectifier le tir et renforcer le capital humain haïtien, Martin Rama a conseillé aux autorités haïtiennes d’assurer une couverture universelle de l’enseignement dans le pays, en garantissant la présence d’instituteurs dans les écoles, la qualité de l’enseignement, l’évaluation des résultats de façon que les parents puissent savoir si les enfants sont en train d’apprendre et de faire pression sur eux s'il le faut. Tout ceci avec un fort accent sur l’égalité des sexes. Une priorité pour les communautés pauvres où les filles ont tendance à abandonner l’école très tôt à cause des mariages et grossesses précoces.

Cyprien L. Gary

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