Le court métrage 407 Jou glane trois prix internationaux

Le court métrage de création 407 Jou a remporté en 2020 trois prix lors de festivals organisés en Guyane, en France et au Sénégal. Cette production du Bureau de droits humains en Haiti (BDHH), réalisée par la réalisatrice belge Eléonore Coyette  le marionnettiste Paul Junior Casimir, met en relief les grands maux du système carcéral haïtien : détention arbitraire, détention préventive prolongée, surpopulation carcérale, entre autres. Ce court métrage monté intégralement en marionnettes est primé à d’autres évènements internationaux.

Publié le 2021-01-05 | lenouvelliste.com

Le court métrage 407 Jou a gagné le prix du meilleur court métrage documentaire au Festival international du documentaire Amazonie-Caraïbes en Guyane, le prix UCA des étudiants au festival Traces de vie de Clermont Ferrand en France et le prix du jury du festival international St Louis Docs au Sénégal. 407 Jou est un court métrage de sept minutes produit dans le cadre du plaidoyer qu’accomplit le Bureau de droits humains en Haiti depuis 2015, en parallèle de ses activités d'assistance légale. Sélectionné dans plus d'une dizaine de festivals à travers le monde, ce court métrage de création interpelle les consciences.

En sept minutes, la réalisatrice Eléonore Coyette donne vie aux marionnettes créées par Paul Junior Casimir, personnage principal du film. Elle retrace la vie du marionnettiste, incarcéré durant 407 jours au Pénitencier national pour un crime qu’il n’avait jamais commis. Surnommé Lintho, Paul Junior Casimir a pu être libéré grâce à l’équipe juridique du BDHH. S’il dénonce ce système qui peine à administrer la justice, 407 Jou est aussi une façon de dénoncer la précarité dans laquelle survit la création haïtienne mais aussi l'arbitraire qui s’abat sur des Haïtiens issus des quartiers populeux.

La narration du film qui donne sens aux mouvements des marionnettes, les prises d’images acrobates, l’histoire intrigante de Lintho, la sensibilité du sujet traité font l’originalité de cette œuvre cinématographique. À noter que le court métrage est filmé en direct dans le décor naturel des marionnettes à fil, contrairement à de nombreux films réalisés avec des figurines en pâte à modeler ou des poupées animées à l'aide de logiciels. L’approche poétique prisée, les sons de la ville et de la prison nous permettent d'entrer totalement dans l'univers de ces objets animés si bien qu’on oublie que les marionnettes ne sont pas vivantes, jusqu'à la fin qui nous percute comme une évidence dans un jeu de miroir fascinant.

« Cela ne m'étonne d'ailleurs aucunement qu'il puisse être reconnu, tant pour son contenu que la forme esthétique qui le porte », a admis Pauline Lecarpentier, secrétaire générale du BDHH. Nous sommes persuadés, poursuit-elle, que l'art est un médium extraordinaire pour aborder des sujets complexes et interpeller la société. Il s'agit en fait de mettre en lumière ce qui est parfois occulté, en humanisant et incarnant des expériences humaines.

Le film a été montré à de nombreuses reprises en Haïti depuis janvier 2020, notamment au Centre d'art et à la FOKAL. En parallèle, le film a été sélectionné dans plus d'une dizaine de festivals à travers le monde : Australie, France métropolitaine, Guyane & Guadeloupe, Canada, Sénégal, Portugal. Plusieurs évènements ont été reportés en raison de la crise sanitaire.

La secrétaire générale du BDHH ne cache point sa satisfaction face à cette réussite : « C'est un grand honneur et une belle reconnaissance à la fois pour le talent d'Eléonore Coyette et de son équipe, pour la puissance créatrice de Lintho et pour le travail mené par le BDHH depuis cinq ans. C'est aussi une vraie réussite de voir un film si court voyager en Haïti et à travers le monde pour porter cette interpellation essentielle sur la dégradation de la situation et l'indignation qu'elle doit emporter. »

Pour Mme Lecarpentier, les rapports et les enquêtes sont indispensables en matière de droits humains, mais il faut parvenir à toucher les cœurs et bouleverser l'imaginaire par des créations artistiques. Ce qui justifie la collaboration avec le Festival 4 chemins ayant conduit le BDHH à la création en 2017 d'une pièce de théâtre sur la prison, « Gouyad Senpyè », écrite par Darline Gilles et mise en scène par Anyès Noël, en association étroite avec d'anciennes détenues.

Paul Junior Casimir, pour parler de son vécu au Pénitencier, a aussi participé à la réalisation de l'exposition « TITANIC, le naufrage de la prison haïtienne », présentée en 2017 à l'institut français avec des dizaines de marionnettes à taille humaine, entassées sur des étagères comme les détenus dans une cellule de prison. En parallèle, Lintho s'est mis à créer des marionnettes géantes mais aussi des marionnettes à fil, dans l'idée de réaliser un spectacle.

Par ailleurs, le BDHH en a profité des heures inquiétantes liées à la Covid-19 pour accompagner, dans la continuité de 407 Jou, la création du film « Twa Fèy », coréalisé par Eléonore Coyette et Sephora Monteau, afin de dénoncer les violences sexuelles. Ce film présenté en septembre 2020 en Haïti suit le parcours de trois femmes d'une même famille. Il est également inscrit à de nombreux festivals internationaux et des organisations féministes l'ont adopté en organisant de très nombreuses projections débat durant les 16 jours d'activisme qui se sont déroulés en décembre 2020.

Le dernier né du Bureau de droits humains en Haiti est « Kawòl kowosòl », un film pour enfant réalisé en stop motion, abordant la problématique de la pédocriminalité et réalisé de concert avec Eléonore Coyette, LOKAH Productions et le studio Ti Foli. Ces films ne sont pas encore publiés sur les réseaux sociaux, mais les acteurs ont programmé une large campagne de diffusion dans les écoles. Le plus simple pour rester au courant est de consulter le site www.bdhhaiti.org ou de suivre les pages Facebook « bureau des droits humains en Haïti » et « Twa Fèy ».

Caleb Lefèvre



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