RDNP/Éditorial du samedi 4 juillet 2020

Identification à la naissance

Publié le 2020-07-03 | Le Nouvelliste

Nous l’avions toujours supposé, jusqu’à avoir cette certitude, à partir des poignantes observations faites lors de nos longs voyages dans les coins les plus reculés de l’arrière-pays, pour aider les populations à contrer la propagation de la Covid-19. Le directeur général des Archives nationales, M. Wilfrid Bertrand, dans des déclarations faites au quotidien : Le Nouvelliste (livraison du vendredi 19 juin 2020 – No 41083), a renforcé notre certitude. « Nous sommes environ trois millions d’Haïtiens de zéro à X année qui n’ont pas d’acte de naissance sur le territoire national. Le quart de la population n’est enregistré nulle part et n’existe pas officiellement… »

Ces données doivent être considérées comme réelles, officielles, et interpeller les citoyennes et citoyens conscients, les patriotes, démocrates et progressistes, sur l’indigence, l’insouciance, l’impéritie, l’irresponsabilité de l’État haïtien, en vue de lutter âprement, résolument, vers le changement du système politique fait d’exclusion, de marginalisation, de discrimination. Une conclusion effarante demeure : il y a près de trente-cinq années depuis que nous opérons une transition vers la démocratie, l’État haïtien, à travers ses gouvernements successifs, ne s’est jamais soucié d’accorder la citoyenneté à tous ses filles et fils, de les doter du premier acte d’état civil.

« C’est le résultat d’un système d’état civil obsolète, en dysfonctionnement, vieux de plus d’un siècle… Le système est complètement dépassé. Les officiers d’état civil sont dans les villes alors que bon nombre de la population vit éloigné des centres villes. Il y a aussi un grand désordre dans le système. C’est donc un concours de circonstance qui rend le système totalement dysfonctionnel, et beaucoup plus de gens ne seront pas enregistrés… », s’en est plaint M. Bertrand, pourtant, directeur des Archives nationales, depuis plus de quarante ans. Donc ce n’était pas la préoccupation du gouvernement dictatorial, non plus, celle des prétendus gouvernements démocratiques qui se sont succédé depuis 1986.

Pourtant, toutes les réflexions, dans une société démocratique, moderne, se font en fonction de données statistiques, démographiques, en vue du respect de l’égalité, de l’universalité des citoyennes et citoyens, de l’appréhension puis de la satisfaction des aspirations légitimes et besoins fondamentaux des diverses populations. Dans ces conditions, il est noble, digne, que des couches vives et saines de la société réclament le grand sursaut national  pour «changer le système» politique, économique et social, obsolète, mangeur de rêves, d’espérances concrètes, négation de la citoyenneté, grand pourvoyeur d’apatrides, de déracinés, de ratés.

Pour sûr, l’Administration Moise/Jouthe ne dispose pas de ces données officielles, mieux, ne s’est, non plus, souciée de ces trois millions d’Haïtiens qui n’ont pas d’acte de naissance, d’existence officielle, voire, la fameuse carte d’identification unique Dermalogue. Par décret pris, récemment, en Conseil des ministres, cette carte est déclarée indispensable, obligatoire, dans un délai de 90 jours, à tous les haïtiens et haïtiennes circulant sur le territoire, sous peine d’amende, d’emprisonnement. (En fait, comment ces trois millions d’Haïtiens, parmi les plus défavorisés, enregistrés nulle part, sans existence officielle, ont-ils pu retirer les 3.000 gourdes, soit 25 dollars US, de subvention pour atténuer les effets socioéconomiques négatifs des restrictions liées à la propagation du Coronavirus ?). Même il serait question que cette carte soit exigée à tous les Haïtiens pour exercer leur droit de vote aux prochaines élections dans le pays.

Nous, les patriotes authentiques, avons le devoir, voire, l’obligation impérieuse de nous indigner de la persistance de ces formes sous-jacentes de ségrégation politique, économique, sociale, scolaire, qui maintiennent des compatriotes du «pays en dehors» dans un statut de citoyens de seconde zone quand ils ne sont pas tout bonnement des apatrides auxquels l’État prédateur continue de refuser la citoyenneté. D’autres pays qui n’arrivent pas à réduire totalement les disparités sociales, l’écart trop grand entre riches et pauvres, se sont fait l’obligation politique, morale, républicaine, de systématiser l’identification de leurs ressortissants, à la naissance. Tous, indistinctement. Nous ne parlons pas de pays riches, nord-américains,  européens, mais de la République voisine, par exemple.

Nous envisageons d’appliquer, à travers les politiques publiques prévues dans le projet de société du RDNP : «Changer la vie en Haïti», des mesures drastiques en vue de réparer ce grand outrage séculaire fait à ces éléments des couches laborieuses qui ont fait la richesse d’antan, en plantant le café, le cacao, la canne à sucre, le sisal… pour ne récolter que l’abandon, la misère, la déchéance et la désespérance. Comment, ces trois millions d’Haïtiens, exclus de fait, peuvent-ils cultiver le sentiment d’appartenance à un territoire, à une Patrie ?

Guerriers de lumière, Magistratures morales, derniers remparts contre l’effondrement du pays, contre la dégénérescence de la société, Citoyennes, Citoyens, de bonne volonté, de bonne foi et de bon commerce, il est venu le temps de l’ultime sacrifice pour la régénération de la Patrie commune au bénéfice du plus grand nombre. Réveillez-vous ! Rassemblez-vous !

Ensemble, ensemble, ensemble, jusqu’à la victoire finale.

Met men, pran desten nou an men.

Eric Jean Baptiste
Secrétaire Général du RDNP         
 

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