Carte blanche à Jean-Claude Boyer

Prix à la consommation

Intériorisation du facteur temps

Publié le 2019-12-05 | Le Nouvelliste

L’indice des prix à la consommation (IPC) n’est point la chasse gardée des statisticiens. Le ménage a intérêt à intégrer cet outil d’analyse dans ses choix quotidiens. Il marque sa préférence pout tel article ou tel produit. Or, il bascule dans le temps passé dès lors qu’il examine le prix. Ce comportement est dénué de rationalité et tient de l’illusion. L’argument facile, à savoir qu’il fut un temps où je payais la demi-livre de sucre ou de farine de blé à cinquante centimes, la petite marmite de pois ou la marmite de charbon à une gourde, ne tient plus la route.

Triomphe du bon sens

Je ne demande pas à cette catégorie majoritaire de se substituer aux statisticiens mais d’avoir à l’esprit que les prix évoluent avec le monde. Pourquoi ? La production, impulsée par la recherche, débouche sur des innovations. Les producteurs sont hantés par la rentabilité. Aux consommateurs de faire leurs choix comme au casino les joueurs placent leurs mises. Seule la rationalité les guide.

Le change flottant et les prix

On rencontre des ménages, mieux des femmes au foyer qui refusent d’accepter l’idée de  l’évolution naturelle des prix à la consommation. Avec le passage du temps, tout a changé,  mais la constance des prix est une technique de statisticien pour étudier une évolution. Alors, en prix constants de 1950, tel bien aura évolué (à la hausse) de x pour cent. Par exemple, la livre de sucre brun qui se vendait à une gourde en 1970 ne peut être emportée par l’acheteur qu’en sortant 50 gourdes de son porte-monnaie en 2019. Une augmentation de 500 pour cent. Pourquoi ?

Le sucre n’est plus produit de façon endogène, il est importé. Il vient d’ailleurs.

Le change fixe de cinq gourdes pour un dollar est un lointain souvenir ; le change flottant occupe tout l’espace.

La déplorable fixation dans le passé

Je me suis aperçu que des ménages font de la résistance en faisant une fixation dans le passé. Illustration : quelqu’un n’a pas voulu emporter un gallinacé, pour l’occasion un coq-qualité au prix de mille cinq cents gourdes. La conversation se déroulant en ma présence, j’ai aussitôt relevé :

À quel prix voulait-il l’emporter ?

Je n’obtins pas de présence. Alors, je fis remarquer que le prix est raisonnable. À trop se figer dans le passé, l’on finit par méconnaître les réalités du marché des biens de consommation. Sur la lancée, j’évoquai les remous causés pendant l’été autour du prix d’un caprin. Un autre vendeur confirma le prix de trente mille gourdes. Sauf que le Premier ministre nommé, qui se retrouva ainsi pointé du doigt, avait confondu les genres. Ou il est un honnête fonctionnaire, ou il s’occupe d’activités commerciales. Le mélange des genres l’aura mis dans une situation embarrassante.

Le sandwich comme indicateur

Le dimanche 24 novembre, je faisais une incursion en privé sur le prix du sandwich. Dans une pâtisserie, le consommateur qui connaît une fringale l’achète à cinq cents gourdes. Dans un «fast food», le prix est de moitié moins, soit deux cent cinquante gourdes. Un verre de jus est servi à huit cents gourdes. Tous ces prix à la consommation sont relatifs compte tenu du change. En prix courants ou actuels, le sandwich est emporté après versement d’une valeur oscillant entre deux dollars cinquante et cinq dollars. Pendant que le verre de jus fait un peu plus que huit dollars. Le consommateur d’aujourd’hui doit se défaire du niveau des prix des années 1960 et 1970 et intégrer le change dans son quotidien.

Les dégâts d’une mauvaise orientation

Quarante ans plus tard, des changements sont intervenus dans l’activité économique. Comme pour nous faire entrer dans la modernité, le néolibéralisme nous a été imposé dans la seconde moitié des années 1980. Hélas ! Depuis, la production agricole et agro-industrielle a été réduite à sa plus simple expression. On connaît la suite. Nous avons plié, mais nous ne rompons pas. Il nous fait bander les énergies, conjuguer nos efforts pour retrouver « l’âge d’or» de notre économie. Tout cela demande des sacrifices, une introspection (collective) et une vision directrice.

Conclusion

Dans l’intervalle, la polarisation que fait le consommateur frileux, en se référant aux prix des biens de consommation tels qu’ils se pratiquaient il y a cinquante ans, éloigne du comportement rational et l’empêche d’évoluer avec son temps. Se retrancher derrière les prix bas d’un temps révolu, c’est s’arc-bouter à de l’histoire.

Jean-Claude Boyer

Auteur

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