Sérant et sa guerre de cerfs-volants...

Du 11 au 13 décembre 2015, Claude Bernard Sérant signe à la Foire internationale du livre d'Haïti son livre de littérature jeunesse : "La guerre des cerfs-volants". Ce livre est un voyage au pays où le ciel est un enjeu pour les cerfs-volistes.

Publié le 2015-12-10 | lenouvelliste.com

Le quatrième roman jeunesse de Claude Bernard Sérant, « La guerre des cerfs-volants », paru sous les presses de L'Imprimeur S.A en juin 2015, nous transporte dans un passé pas trop lointain, quand les cerfs-volants dansaient sous les ailes du vent tempétueux de la période de Carême. Mais loin de s’engager dans un passe-temps paisible, les cerfs-volistes se livraient souvent à une guerre sans merci pour maintenir le droit de slalomer dans le ciel avec leurs oiseaux de papier et de plastique. Toute bonne histoire recèle souvent un peu de David contre Goliath. Dans « La guerre des cerfs-volants de Claude Bernard Sérant, David prend différents visages, mais Goliath est le terrible Thompson Thomas, « un adolescent de seize ans faisant plus vieux que son âge » muni d’un grandou féroce, et dont « la colère déferle dans le ciel, sans bornes et violente ». L’enjeu est économique : Thompson se venge de la mauvaise vente de ses cerfs-volants. En face du méchant Thompson se dresse une clique de freluquets : Marc-Aurèle, « un petit garçon au visage de pleine lune » ; Blockzo, « maigre, les yeux grands, le visage étroit » ; Elie, le concurrent de Thompson, avec son propre négoce de cerfs-volants ; Étienne, dont le cerf-volant en forme d’étoile à cinq branches porte un billet doux à Julie, la fille la plus belle du quartier ; Lubin ; Ernest ; et Babou, « un petit garçon de dix ans aux yeux pétillants de malice ». N’oublions pas les filles : Marguerite, avec son cerf-volant en forme d’étoile à six branches, et Sylvie dont le cerf-volant prend la forme « [d’] un magnifique papillon aux ailes fragiles mouchetées d’argent ». L’auteur nous fait revivre les petites joies du Carême, quand nous étions tous catholiques. Lors de cet amas de semaines éparpillées entre carnaval et Pâques, nous virevoltions comme des hirondelles entre la semaine de retraite, la Passion du Christ, le rara, et les cerfs-volants, sans oublier les poissons du Vendredi saint et la dinde en sauce du dimanche de Pâques. Nous connaissons bien la guerre aérienne des cerfs-volants et la silhouette de dinosaure des grandous. Claude Bernard Sérant nous propulse dans ces après-midis d’avril, sur les hauteurs de Croix-des-Prés, quand le vent est à son maximum, et où toute une populace se réunit pour assister à la danse des cerfs-volants. Mais, pour les adolescents d’aujourd’hui qui lisent ce livre, et qui sont submergés dans le train ultrarapide des portables et des tablettes intelligentes, ce doit être tout un monde inconnu. Pour eux, le cerf-volant ne représenterait qu’un objet de curiosité, vestige d’un temps révolu, qu’ils aperçoivent exposé au coin des rues, quémandant un brin d’attention. Claude Bernard Sérant a rêvé et nous fait rêver de cerfs-volants. Pour lui, ce ne sont pas seulement des kap et des grandou, de simples jouets qu’on balance sur les ailes du vent, mais aussi des porteurs de message et de revendications, des instruments de la paix, des véhicules d’apprentissage de l’abécédaire, et même des réceptacles de billet doux pour conquérir les cœurs des jeunes filles. Notre souhait, et sans doute celui de l’auteur, est que ce roman de 87 pages, écrit dans un langage fluide et imagé, non seulement aiguise chez les enfants et adolescents d’aujourd’hui l’amour de la littérature, mais aussi renoue leur passion pour le cerf-volant. Jean Antoine Petit écrit que « le vrai courage ressemble au cerf-volant : un vent contraire l’élève loin de l’abattre ». En ces temps tumultueux, le cerf-volant a encore beaucoup à enseigner aux leaders de demain. C’est peut-être pourquoi Claude Bernard Sérant refuse de voir le cerf-volant connaître le même sort que les fanaux, ces objets (maisons ou voitures lumineuses et multicolores) qui égayaient autrefois les festivités de Noël et du nouvel An, et qui ont disparu depuis belle lurette de l’imaginaire collectif de nos enfants.
Mario Malivert mariomalivert@yahoo.com
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