Livre

Michel Soukar lève le voile sur Cincinnatus Leconte

Publié le 2014-01-31 | lenouvelliste.com

Dieulermesson PETIT-FRERE La dernière nuit de Cincinnatus Leconte de Michel Soukar est bien plus une œuvre historique que romanesque. Elle n’accroche pas assez le lecteur. Peut-être à cause des tonnes de faits ou plutôt de détails historiques qui étouffent la narration. Peut-être aussi parce que l’auteur ne maîtrise pas assez le genre. On a beau lire de grands romans historiques dans l’histoire de la littérature française voire même haïtienne, mais ce livre n’a pas du tout cet air entraînant et envoutant qui scotche le lecteur à la vue des images qui défilent sous ses yeux créant ainsi cette impression d’assister à un film dans une salle de cinéma. On se souvient bien de Notre-dame de Paris ou de Quatre-vingt-treize de Victor Hugo. Le nom de la rose d’Umberto Eco. Et plus près de nous Romulus de Fernand Hibbert. Publié en 2013 aux éditions Mémoire d’encrier –la maison montréalaise qui continue à tisser des liens entre les deux voisines- le livre est très beau. Sa présentation est sans égale et attire au premier regard. Comme c'est souvent le cas de bon nombre de livres de Michel Soukar. Toutefois, le roman (pour convenir à l’étiquette de la page de couverture) n’est pas tout à fait fameux. Il manque au livre de l’historien-journaliste ces ruptures suaves du récit –un peu à la Stendhal- et cette façon de mener le lecteur par la main, de rompre l’illusion romanesque en le tirant par la manche, et le laisser croire qu’il suit l’auteur dans l’écriture de son roman. Tout se passe à Port-au-Prince. On est le 8 août 1912,...3 heures du matin. L’on vient d’entendre l’explosion du palais national. A l’intérieur, le président Cincinnatus Leconte et sa garde n’y échappent pas. C’est le trouble au sein des hommes du gouvernement, les forces armées et la population. S’agit-il d’un assassinat ou d’un accident ? Quelqu’un aurait-il mis le feu à la poudrière ? C’est au journaliste Louis Brutus de mener l’enquête et percer le mystère pour résoudre l’énigme. Et c’est déjà la lutte sans merci pour s’emparer du pouvoir. Ni blanc ni noir Tout a été dit sur l’intrigue : l’Haïti du début du XXe siècle. Avec ses luttes fratricides. Les luttes interminables pour conquérir le pouvoir. Toutefois, je m’attendais à être plongé dans un univers fabuleusement hugolien et même balzacien lorsque je feuillette les pages de La dernière nuit de Cincinnatus Leconte, qui n’est pas, pour autant, un (si) mauvais roman. Les dialogues manquent d’entrain. La geste est un peu épique, certes les mots et même certaines phrases ou tournures manquent d’un peu de sincérité imaginaire. D’admiration aussi. Pourtant Soukar prend, certaines fois, le lecteur à contrepied, avec des descriptions qui l’enjôlent ou l’attendrissent. Des morceaux de bravoure : le combat de Cincinnatus contre Simon ou de son père Cinna, à la tête de 36 hommes, qui a essayé de s’emparer du pouvoir. L’intrigue n’est pas assez émouvante. Le style est un peu lourd. Manque de sublimité. Pas assez d’émotion. Alors qu’il s’agit d’une période historique passionnante et mouvementée. Six gouvernements provisoires (Cincinnatus Leconte, Tancrède Auguste, Michel Oreste, Oreste Zamor, Joseph Davilmar Théodore et Jean Vilbrun Guillaume Sam) en l’espace de quatre ans. Puis, plus tard, c’est l’occupation américaine. L’histoire est très intéressante. La fin assez réussie. Elle revient au point de départ. Puisqu’au fait, si le roman débute avec l’explosion, continue avec les travaux d’enquête du journaliste Louis Brutus et se termine avec les événements ayant conduit à la nuit funeste du 8 août 1912. Quatrième roman de Michel Soukar, La dernière nuit de Cincinnatus Leconte se veut aussi un véritable travail sur la mémoire collective. Notons que la Direction nationale du livre avait attribué à l’auteur le prix Eméric Bergeaud lors de l’ouverture de la Foire international du livre d’Haïti, le 12 décembre 2013. De son nom complet Jean-Jacques Dessalines Michel Cincinnatus Leconte, cet industriel et commerçant haïtien, ancien ministre corrompu et condamné (par contumace) par la justice haïtienne fut le 21e président de la République d’Haïti. Il est l’arrière-petit-fils de Jean-Jacques Dessalines, le fondateur de la nation haïtienne. Lors de l’explosion du palais le matin du 8 août, il y mourut en compagnie d’un nombre important de sa famille et de nombreux soldats.


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