Peinture

Philippe Attié : la face cachée

Publié le 2011-11-29 | Le Nouvelliste

National -

L'artiste participe à une exposition de l'Atelier Ralph Allen dont il est un disciple, au Festival Arts Gallery (ancien local le Regency). Cette rencontre préfigurait le vernissage. Apprécions l'évolution de sa technique, de son art et découvrons surtout sa face cachée. Philippe Attié a modifié sa manière de peindre ; il a pris une autre orientation. Ses oeuvres ne roulent plus dans le champ de la beauté. Pour ramasser, ici, une belle tête de femme ; là, un paysage, une vieille dame ou une lavandière dans tout l'éclat de son être. Il a maitrisé cet aspect de son art : c'est fait. L'oeuvre hyperréaliste de Philippe Attié est accomplie. L'artiste fonce vers une autre étape. Il part à la découverte de sa face cachée... Après son initiation (véritable) à la peinture par Ralph Allen, le maître l'avait invité à travailler avec lui, alors qu'il participait à une exposition collective, sa première. Deux ans après cette rencontre, il fréquentait l'atelier de Puits-Blain. Ce contact l'avait conduit à l'Ecole de la beauté. Son art s'était allié à celui de son tuteur. Aujourd'hui, l'artiste, sans rejeter les filières de la beauté, creuse ailleurs. Sa rencontre avec Richard Barbot a été déterminante. Un matin, à la télévision, il est tombé sur une exposition de Barbot qui l'avait fasciné : il a, ce jour-là, séché l'école. Depuis, il cherchait, par tous les moyens, à entrer en contact avec lui. De retour du Canada, celui-ci l'avait reçu - son porte-folio en main, à son atelier. Barbot lui a donné des conseils sur l'importance du dessin d'observation. Ce jeune maître lui a apporté deux éléments de lumière dans l'évolution de son art. 1- Travailler la nature par l'observation assidue. En effet, accompagné de Barbot, il a, durant trois à quatre mois (jusqu'au 12 janvier 2010), escaladé les hauteurs de Laboule 12 jusqu'à Seguin pour découvrir, sous l'observation, les profondeurs et les mouvements de la nature et du paysage, pour les traquer, de très tôt, les matins. Avec, parfois, à Laboule dans une chaumière retirée, des modèles nus ou des objets (bouteilles, feuilles mortes, etc.). Ce qui lui a donné une autre vision du paysage humain. 2- Utiliser moins de technique, mais davantage de passion, d'émotion, de sentiment devant la nature. L'artiste enrichit ainsi son art. La technique - qu'il maîtrise d'ailleurs- ne constitue plus une finalité dans l'exécution de ses oeuvres ; l'important à travers cette leçon du jeune maître, c'est de traduire l'expression de ses envies, de ses désirs devant la nature (nature humaine, paysage ou autres). En traitant de manière persistante la nature, l'artiste finit par découvrir, en soi, les tréfonds de son être. Ce qui se masquait en lui-même. Sa face cachée. Philippe Attié, par cette pratique nouvelle, a tressé un hymne à l'amour. C'est un amoureux fou. De la nature humaine, des paysages, surtout le grand large de Seguin où résidait son père. Il y cherche souvent son inspiration. L'amour - l'amour véritable - a éclairé et illuminé aussi, dans ces périples, sa propre vie. Il a aujourd'hui un enfant qui fait sa joie, à 25 ans (il est né le 1er novembre 1986, à Pétionville).D'ailleurs, dans la vie, comme l'avait souligné André Gide, « Tout ce qui n'est pas résolu par l'amour restera toujours en suspens. » De la nature aux tréfonds de son être Georges Paul Hector, Rose Marie Desruisseau -ces peintres aînés, aimaient défier aussi la nature. Georges P. Hector me répétait souvent : « Je plantais mon chevalet devant la nature, pour la traquer, pour la découvrir. » Ce qui le préoccupait avec sa consoeur, c'était la nature et ses variantes. Philippe Attié pratique un autre culte de la nature. Il y déguste ses propres sentiments, ses propres émotions ou passions devant la nature humaine. Son tableau, « L'envie », exposé à Festival Arts Gallery, sur le thème « Nus à coeur nu », a bouleversé notre perception du corps humain. L'artiste veut nous donner un message plus émotionnel que sexuel. Mais aussi formel. En effet, le traitement des couleurs, « une couleur intérieure », valorise davantage les mouvements de la nature : l'artiste a mis tout son amour dans l'expression du modèle et, surtout, dans la couverture qui récupère la nudité du corps. L'artiste s'est projeté dans ce nu : un corps de femme dont la tête est renversée en arrière - un visage caché, ombilic au vent, avec des seins visiblement excitants ; pourtant le coté sexe disparaît sous une couverture. Quelle pudeur ! Quelle retenue ! Ce qui mobilise son intérêt, c'est la valeur qu'il accorde à la beauté intérieure. Le sexe n'est qu'un prétexte. Ce qui le retient, c'est le paysage humain. La couverture représente une valeur cachée : un symbole de retenue, mais aussi de jouissance future des fruits de la nature. L'artiste ne plonge guère dans le sein de la nature par routine, par habitude, mais répond à une bien autre invitation : ce corps provoquant sous les feux du regard traduit une obsession. L'artiste est absorbé par les changements de la nature. Il entend les fixer dans les tréfonds du personnage. Même les ténors de l'Esthétique de la Beauté : Jean René Jérôme, Bernard Séjourné... n'avaient mis tant d'ardeur à peindre le corps de la femme, sous de tels symboles. C'est peut-être la dulcinée de l'artiste ; il nous épargne sa nudité, sans doute pour nous protéger. Cette réticence qui nous profile le corps d'une femme, en biais, sous une couleur sobre mais attirante, déverse une grâce certaine sur le corps. Ce n'est plus le pinceau de l'artiste qui nous dicte sa loi, mais cette cachoterie... mobilise notre propre excitation. Le regardeur a perdu son état de quiétude devant une telle créature ! L'artiste a déconstruit le sexe du personnage pour nous attirer sous les havres de l'amour, de son amour pour cette femme. Ce corps qui a posé, a accepté de se dévêtir devant lui, sans se déflorer aux yeux du regardeur. Cette retenue, nous la saluons ! Nous invitons les lecteurs à regarder ce tableau en pleine maturation.

Wébert Lahens webblahens@yahoo.fr Auteur

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