Biographie

L'hommage filial des deux frères Huster à leur mère Suzette

Carte blanche à Jean-Claude Boyer

Publié le 2011-05-19 | Le Nouvelliste

National -

Quand, en été 2009, de retour au pays natal pour ses vacances, mon fils Kevin me fit la surprise de m'offrir le livre de Jean-Pierre Huster, préface de Francis Huster «Le livre de notre mère», je fus d'emblée attiré par la couleur clair-obscur de la couverture. Une superbe couverture, au fond noir au milieu duquel trône une photo de jeunesse de Suzette Leduc, au visage reposant, mère de Francis et Jean-Pierre. La photo des deux frères apparaît dans un encadré (le ruban de l'éditeur Calmann-lévy) qui ceinture la couverture. Francis Huster, un grand nom du cinéma et du théâtre français - il joue aussi sur les planches -, est de la génération du comédien et metteur en scène Daniel Mesguisch qui a performé dans «La banquière» aux côtés de Romy Schneider. Francis a fait la fierté de sa mère, celle-ci voulait devenir comédienne, mais sa vocation a été contrariée par un père polonais irascible, Mathis Cwajbaum (devenu Max Zvaibaum), qui visait plus haut pour sa fille. Suzette, désirant voler de ses propres ailes, se lancera dans la mode, mais l'extension de la guerre en 1940 la fera fuir Paris. Aussi sera-t-elle obligée de fermer son magasin. Avec la guerre, tout un pan de sa jeunesse insouciante s'effondre. Cependant, elle a toujours été supportée par sa mère, Ruchla Grossman. La barbarie nazie L'émigration polonaise en France dans les années 1920 et 1930 s'accélère en raison des convoitises dont est l'objet la Pologne. Entre l'ogre soviétique et la menace nazie, la Pologne était prise entre deux feux. Son sort sera scellé le premier septembre 1939 avec l'invasion de son territoire par l'armée mécanisée d'Adolf Hitler. Puis ce fut la percée par Sedan et la honteuse capitulation à laquelle se prêta le héros de Verdun, le maréchal Philippe Letain. L'occupation du sol français sera vécue douloureusement. Au milieu des privations et des souffrances, plus que toutes les autres composantes de la population, les Juifs furent systématiquement pourchassés, déportés et périrent dans les camps de concentration. Un raffinement du mal par les nazis pour donner raison au philosophe Alain FinkelKraut qui devait écrire un essai saisissant: «Le XXe siècle, le siècle cruel». Un père têtu Echapper à la persécution nazie ne fut pas chose facile. Certains survécurent au prix d'authentiques exploits : falsification de pièces d'identité, changement d'identité, mariage arrangé, etc. Malgré les tracasseries de l'occupant allemand, Max, déjà lancé dans les affaires, refusera de quitter la capitale. Arrêté une première fois par la Gestapo (police politique nazie), Suzette fera un périlleux voyage jusqu'à Paris et réussira la prouesse de se présenter à la Komandantur pour plaider la cause de son père et clamer son innocence. Une audace payante : son père sera remis en liberté. Malgré les suppliques de sa fille, Max décidera d'y rester. Pour son malheur. La seconde fois, direction : le camp de concentration d'Auschwitz d'où il ne reviendra pas. Suzette apprendra son assassinat par les SS à l'approche des troupes soviétiques. Pourtant, il avait tenu bon pendant deux ans. Elle ne se remettra jamais de la disparition (fin) brutale de ce père, ombrageux durant les années de jeunesse où elle devait décider de quel jeune homme partagera sa vie Une union imparfaite mais fructueuse Après bien des péripéties, la fille de Max le Polak finira par se laisser séduire par Charles Huster. Durant l'été 1938, elle prit conscience qu'il était temps de changer de vie : «J'étais déjà très âgée - vingt-quatre ans ! - et considérais n'avoir jusque-là rien fait de remarquable.» Charles deviendra un mari volage mais qui avait le don de la dissimulation. Quand Suzette découvre que son mari la trompait, elle piqua une colère et dut congédier l'imprudent. Charles restera en embuscade dans sa vie, mais la vie à deux ne sera jamais reprise. Un retentissant échec que leur union. Heureusement que de cette union naquirent deux garçons : Jean-Pierre et Francis. Le premier deviendra écrivain et scénariste, et le second comédien, excellant au cinéma et au théâtre. A la disparition de leur mère, le premier s'entendit avec son frère cadet pour écrire le parcours de leur mère dans cette France qui avait accueilli en 1920 une famille polonaise. Le projet devait donner naissance au beau récit au titre personnalisé « Le livre de notre mère», Editions Calmann-lévy, 215 pages. La facture littéraire en moins, mais... Dans ce récit dépouillé, aucune audace d'écriture. Jean-Pierre Huster n'a pas pris de liberté avec la langue. Il donne la parole à une mère aimante et aimée, fière de la réussite professionnelle de ses deux fils. Surtout Francis, pour avoir pris le chemin que lui refusa son père Max. Le lecteur ne trouvera pas dans ce récit des effets de style comme on parle d'effets de manche au prétoire. Jean-Pierre a tenu à ce que la vie maternelle ne soit noyée dans l'oubli. De là, l'intention de la laisser dérouler le récit de sa vie mouvementée, tumultueuse, mais exaltante. Un hommage filial, en somme. Un culte du souvenir. J'ai pris plaisir à parcourir ce livre. Quant à vous lecteurs, ne tombez pas dessus avec la prévention d'un beau morceau littéraire ! Une vie n'est pas toujours restituée dans la perfection littéraire. Jean-Pierre en était incapable, et s'agissant d'une histoire vraie, il lui était difficile de se lancer dans la fantaisie, de pratiquer, comme en football, un jeu léché. Tout juste ce qu'il fallait pour camper la stature d'une mère. Il y est parvenu, à mon sens. A lire. Jean-Claude Boyer Jc2boyer@yahoo.com

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