Livres/Tennis/ France

Catherine Tanvier : choyée, déchue et réhabilitée

Publié le 2012-01-15 | Le Nouvelliste

Société -

L'autobiographie de Catherine Tanvier fait découvrir le business du tennis, le rythme infernal (la multiplication des tournois) auquel est soumis (e) le joueur (la joueuse), les conditions financières désavantageuses. Dans le cas de Catherine Tanvier, le basculement dans la précarité, conséquence de son exploitation par ses agents. En livrant son témoignage dans un livre, c'est le déclic : elle remonte la pente, celle qui fut la meilleur joueuse française des années 1980. La confusion poignante de Catherine Tanvier, ancien numéro un du tennis féminin français, vingtième mondiale, devenue Rmiste (c'est-à-dire assistée socialement) bouleverse le lecteur. Bien avant de tenir un exemplaire de son ouvrage : «Déclassée», sous-titre : « De Roland-Garros au R.m.i» que ma fille Nastassja, étudiante en psychologie à Aix-en-Provence, a eu la bonne idée, avec la complicité de sa mère, de m'offrir en cadeau en été 2007, j'avais suivi avec intérêt l'entretien que Catherine Tanvier avait accordé à Pierre-Edouard Deldique à son émission de portraits : «Signes particuliers» sur Radio France International. L'ouvrage, bien écrit, dois-je le souligner d'entrée, est à lire par tous ceux qui, d'habitude, voient les joueurs et les joueuses évoluer sur les courts de tennis mais ne s'imaginent pas combien ces sportifs sont parfois la proie de requins que sont les intermédiaires. On les appelle les agents. Leur utilité se justifie peut-être par la nécessité de mettre un peu d'organisation dans la carrière du joueur ou de la joueuse. Dans le cas de Catherine Tanvier, on s'aperçoit qu'elle a été malheureusement flouée par ses agents. La rapacité de ses agents L'auditeur, puis le lecteur est effaré d'apprendre qu'un chèque de ristourne de l'Administration fiscale à son ordre, a été confisqué par son agent qui lui demande de signer un nouveau contrat si elle veut entrer en possession du chèque. Un chantage innommable. Or, ce contrat était défavorable à mademoiselle Tanvier. De même, sur les pourcentages, elle était flouée ; lui revenaient rien que les 15 % sur les tournois et 35 % sur les contrats de publicité. L'agent empochait la plus forte part. On a compris très vite sa situation calamiteuse : elle se donnait à fond sur le court, se blessait à répétition, connaissait la douleur de l'inactivité forcée pour reprendre, en éreintant davantage le corps jusqu'à ne plus pouvoir en disposer mais tout cela ne lui a pas servi à grand-chose. Puisque ses agents l'exploitaient. Catherine a été exploitée, purgée, grugée, voilà comment elle allait basculer dans la précarité. Il faut dire qu'elle paie une erreur, non pas de jeunesse, plutôt commise par sa mère au début de sa carrière. Pour garder son emprise sur Catherine, sa mère refusa l'offre de service - devinez ! - de Billie Jean King. A 41 ans, la célèbre championne raccrochait enfin la raquette. Catherine avait ainsi la chance de débuter sa carrière sous la direction avisée de madame King. La mère de Catherine lui cacha la proposition. Quand elle le saura, il était déjà trop tard. Des griffes de cette catégorie de gens sans coeur que sont les agents, elle ne devait plus se libérer. Ce qui causa son malheur. Les blessures à répétition lui apportèrent le coup de grâce. La dent dure contre son père C'est cette femme brisée, ancienne championne, qui livre son émouvant témoignage aujourd'hui. Phrases courtes, jet rapide, récit bouleversant. Son témoignage sert de prévention à ceux et celles qui, talent en herbe ou ayant des prédispositions, désirent plonger dans le bain du tennis professionnel. Il y a en même temps, une mise en garde à l'adresse des parents dont l'harmonie participe à l'équilibre de leur progéniture. Le père absentéiste de Catherine ne comprendra jamais assez combien sa vie dissolue dérangea sa fille dans son épanouissement. La propension possessive de sa mère causera autant de dommages. Et puis, la mort prématurée de son jeune frère, atteint d'une maladie incurable une histoire de sang contaminé) la perturba terriblement. Dans son autobiographie, rage à peine soutenue. A l'égard de son père, elle garde une dent. « Il n'a fait que pourrir la vie de ma mère, et la situation familiale qu'il m'a léguée, sans remords.» Page 46 Elle le traite de «lâche en plein jour». « Et c'est qui le monsieur qui s'enfuit là-bas, (...), la queue entre les jambes (...) Je voudrais bien qu'il me montre comment sortir du champ de boue dans lequel il m'a laissée.» page 46 Elle voudrait commencer par quitter ce mauvais deuil... Et de livrer la raison pour laquelle elle tient sans concession. Elle est sévère : «Ou bien a-t-il choisi la fuite ? Ça a toujours été sa spécialité. Un homme de grand délaissement» Page 46. Décidément, elle n'est pas prête à pardonner à Jacques Tanvier dont elle endossera les responsabilités. Dures épreuves Sur le plan familial comme dans sa carrière tôt interrompue (à 26 ans et demi, minée par des blessures elle arrêta) Catherine Tanvier restera profondément marquée. Elle traîne des cicatrices de ce double déchirement. Puis, ce sera sa difficile insertion dans la vie active. Elle souffrit de l'oubli de son public. Le plus dur, elle pointa à l'ANPE (Agence Nationale pour l'Emploi) et s'inscrivit Rmiste. L'employé qui l'a reçue de lui confier : «Je vous ai aimé en tant que joueuse (...) vous êtes un cas atypique». Ce qui la mit en colère, elle était là pour récupérer un RMI (Revenu minimum d'insertion), elle comprit sa pauvreté, sa vulnérabilité. Surtout, elle était plongée dans une grande détresse morale. Le parcours professionnel Mais auparavant, il y a eu sa déchéance physique. Son parcours est singulier : Née à Toulouse en 1965, elle a vécu à Oran, Algérie où sa famille s'installe peu après. ''P.E. Deldique. - C'est en Algérie que vous aviez connu le tennis ? Catherine Tanvier - C'est venu étape par étape ... Moi, je pense au tennis et ne pense qu'à ça...'' Elle est adolescente, elle deviendra championne junior. A 15 ans et demi, débuts professionnels. Mais elle est marqué : « un père qui ne tient pas ses responsabilités, j'ai du mal à l'appeler : mon père...» ''P.E.D.- A un certain moment votre notoriété vous dépasse ? C.T. - Sur le plan tennistique, j'ai vécu de grands moments... A la longue, j'ai été déchirée... à la fin, mon corps explose. (Paradoxalement) mon corps était devenu mon meilleur ami. Je me suis blessée, ouverte...'' Façon de dire que le corps lui fournissait un répit au rythme que le business du tennis lui imposait. La remontée Elle chute; grâce à l'écriture, elle se relève. De fort belle manière. Avec la sortie de : «Déclassée», Mlle Tanvier prend une revanche sur le sort. Elle renaît. Revient à la vie. Requiert sa dignité. C'est cela l'enseignement de son singulier parcours : on peut comme sportive monter sur le podium, chuter par la suite puis se redresser. Il a fallu qu'elle trouve la force pour raconter son histoire. Et du talent pour la coucher sur le papier. Avec «Déclassée», Mlle Tanvier pousse une cri « qui vient de l'intérieur» (pour reprendre l'image que donne Bernard Lavilliers de la musique). Ce cri soulage et apaise, le livre a fait sensation à sa sortie. On se demandait ce que Catherine Tanvier était devenue. Maintenant on le sait : le tennis avait fait d'elle une machine cabossée. Puis elle a mangé de la vache enragée. Elle repend son humaine dignité grâce à ''Déclassée'', vraiment une version poignante, émouvante. Voulant aller au bout de son désordre intérieur, Catherine livre une oeuvre saisissante. Le livre est écrit avec la rage au coeur. Elle a réglé ses comptes. Maintenant, elle éprouve du soulagement, selon son aveu. Pierre-Edouard Deldique lui pose une ultime question qui résume bien sa situation : -vous disiez que vous étiez au fond de la piscine, maintenant vous êtes au bord de la piscine ? Aujourd'hui vous avez émergé ? Elle répond qu'elle se sent réhabilité par ce livre. A ce point-là ? Eh oui. -Avez-vous des projets d'écriture ? lui demande P.E Deldique. -Oui, répond-elle. J'en ai écrit un autre, un roman. -Alors, c'est une vocation qui commence ? relève Deldique. Catherine ne désapprouve pas. Une chose est sûre : On entendra encore parler de Catherine Tanvier sur le plan littéraire.

Jean-Claude Boyer jc2boyer@yahoo.com Catherine Tanvier Déclassée De Roland Garros au RMI' Editions du Panama, 2007 221 pages Auteur

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