Dominique Batraville, la lecture à la va-vite

Figures de la critique haïtienne Dominique Batraville, vous connaissez ?

Publié le 2007-07-23 | Le Nouvelliste

Culture -

Un jeune costaud à la dégaine de baroudeur qui parle à voix haute, comme un ruisseau en liberté. Son visage ? Une page pleine. Célibataire au sourire bon enfant et à l\'humour bariolé, il a cette folie mystique : possédé par le démon de l\'écriture, il croit en la littérature. Une passion têtue qui remonte à l\'enfance, un itinéraire certes difficile mais constant au service de l\'art... Il suffit de l\'avoir rencontré une fois, une seule fois et, déjà, il est inoubliable. D\'où tire-t-il cette énergie inquiète, cet enthousiasme illimité ? Antisocial radical, allergique au protocole, totalement indifférent aux clans et groupuscules, il a publié: Boulpik (1978), Pétition au soleil (1979), Papye Kreyòl (1990), Grammaire des îles (2002), Le récitant zen (2007). Avec l\'impétuosité et la volonté de plaire propres aux esprits enjoués, tolérants, nonchalants même, il a répandu des textes divers, surtout des compte-rendus de lectures, dans la Revue des Ecoliers, Le Petit Samedi Soir, Inter-Jeunes, Riv Art Presse, Boukan, Bòn Nouvèl, Le Nouveau Monde Magazine, Haïti Littéraire et Artistique, Poesia de Venezuela, Libération Magazine, Le Nouvelliste, L\'Union. Bonne raison de parler de celui-ci, qui n\'est plus tout à fait un débutant. Dominique écrit comme d\'autres bouffent, Batraville écrit quand d\'autres s\'amusent. Au plus bel âge du grand sexe, 45 ans, ce jeune loup de la critique haïtienne incarne le meilleur de cette époque qu\'on dit médiocre. Fraîcheur d\'eau de pluie, vitalité d\'acrobate, spontanéité de camarade, et surtout un grand malaise existentiel que seuls les moins de trente ans possèdent. Tant d\'enthousiasme délirant, de profondeur, d\'idéalisme et de malaise réunis chez un seul individu émeuvent. C\'est actuellement, le « jeune loup » des critiques multimédia. Cinéma, littérature, poésie, peinture, théâtre, danse, Dominique Batraville omniprésent ces jours-ci sur les ondes de Radio Mélodie FM est aussi l\'un des seuls à avoir réussi à dégager un style à travers tous les supports. Eclectique, Dominique Batraville, marie, d\'ailleurs, toutes les influences, mélange la sophistication occidentale et la tourmente populaire. Des thèmes si atypiques qu\'ils cohabitent sans problème avec tous les styles, toutes les tendances. Aux antipodes des tiques et du toc ?... Non, pas vraiment. Parce que l\'improvisation, la précipitation, le jugement à l\'emporte-pièce, la facilité, les coups de coeur y sont ici sans commune compréhension. Mais il y a quelque chose qui pousse à continuer la lecture : le souffle, l\'ambiance et surtout le plaisir des sens, le plaisir imaginé qui s\'appelle désir (Cf. Paul Ricoeur). Le mot juste gîte dans l\'à peu près. C\'est le vent de l\'esprit abâtardi en flatuosités infatuées, en miettes jouissives, en obsessions, en raccourcis. Renforcée par le problème de carences en ressources humaines compétentes, la crise de la critique haïtienne actuelle, c\'est probablement celle de l\'ambition, celle d\'un moyen d\'expression qui n\'ose plus être entièrement lui-même, enivré par ses propres prérogatives et se bornant à distribuer, parfois fort brillamment, des notes et des trophées. On échappe plus ou moins aux conséquences étouffantes du militantisme mais on manque de grand dessein. En gros, c\'est la morte saison. Cet auteur guindé qui jongle à la lisière du tragique est un ancieux. Ayant dans les veines un sang plus rouge, plus rapide, plus bouillonnant, il ne joue pas la vie sur les modes mineurs. C\'est cette image d\'une fatalité rampante qui inspire Dominique Batraville à la fois épouvanté et excité par ce qu\'il comprend de la modernité. Il ne faut pas aller trop avant dans l\'intimité de tels caractères. Cela n\'a pas de sens et n\'ajoute rien au plaisir de la lecture. Du calvaire de sa vie écartelée il a conservé le goût du hasard, la fascination de l\'ivresse. Dominique Batraville fait partie pour moi de ce cercle presqu\'infirme d\'auteurs de ma génération que j\'appelle pour reprendre un néologisme de Claude Roy, mes amiroirs, contraction d\'ami et de miroir. Nous sommes frères par la douleur et l\'attente, le rêve et la passion. Ah ! non seulement la vie est dure pour les auteurs critiques, mais, en plus, ils souffrent. Considéré comme un fêlé, un poète pétri de fantasmes, poreux au-delà du possible, débordant d\'énergie, et de générosité sans bornes, il correspond à merveille à l\'esprit ambivalent et syncrétique du début des années 90. Un rêveur ? Un critique inoffensif ? A plusieurs égards. Ses talents d\'esthète, son goût pour l\'éphémère, il les a mille fois affirmés. Avec parfois un petit air fantaisiste. Tout le monde n\'a pas la chance d\'avoir la splendeur d\'une carrière originale, faite d\'exigences, de liberté. Les grandes opérations de l\'esprit ne s\'effectuent pas en dehors d\'un travail rigoureux, d\'une certaine rigueur. Pourquoi se cacherait-on de s\'en réjouir ? Mise en abîme des douleurs. Difficulté de dire. Happé par le désordre, Dominique Batraville qui a effectué de brèves études à l\' Université Libre de Bruxelles et à l\'Université de Lille écrit comme on baise, comme il arrive qu\'on gémisse de déveine. Parallèlement à sa participation comme comédien à une dizaine de films belges, français et suisse (Royal Bonbon de Charles Najman, Prix Jean Vigo 2002, L\'évangile du cochon créole de Michelange Quay, sélectionné à Cannes en 2004, La triste fin de Blaise St Christophe de Marc Barrat, Toussaint Louverture, Haïti et la France de Laurent Lutaud, par exemple), il écrit ses vers et ses récits, toujours sur le ton de l\'intériorité qui va se noyer, avec ses rancités qui ont troublé tous ses compagnons, cette sensibilité enflammée dont un Floren\'s Mucci on un Alix Damour n\'aura pas craint de s\'inspirer. Pierre-Raymond Dumas e-mail : padreramonddumas@yahoo.fr cell : 557-9628

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