NOUVEL ESSAI

Jazzman : une anthologie du jazz avec Stanley Péan

Livres en folie Voici un livre que tous les amateurs de jazz ont intérêt à relire : Jazzman (Mémoire d\'encrier :2006). Né à Port-au-Prince et élevé à Jonquière, Stanley Péan est un de ces Haïtiens du dehors qui font parler d\'Haïti. Auteur de plus d\'une vingtaine d\'ouvrages, rédacteur en chef de la revue Le libraire, chroniqueur de jazz à la radio de radio-Canada, Stanley Péan est Mister Haïti à Montréal. Il est depuis décembre 2004 président de l\'Union des écrivaines et écrivains du Québec (Unecq). Stanley Péan a une grande passion, le jazz. Depuis trente ans, il suit de partout la scène internationale du jazz, et c\'est avec amour et érudition qu\'il nous parle de l\'une des plus grandes inventions du 20e siècle, le Jazz.

Publié le 2007-06-04 | Le Nouvelliste

Le Nouvelliste: Bonjour monsieur Jazzman. La rumeur est que vous êtes un musicien raté et que vous vous consolez en écrivant sur le Jazz. Un premier livre Toute la ville en Jazz (Montréal, Trait d\'union, 1999), et ensuite un deuxième Jazzman (Mémoire d\'encrier, 2006). Stanley Péan: Oui, j\'ai souvent blagué au sujet de ma vocation ratée. Quand j\'étais enfant à Jonquière, il y avait un piano droit à la maison, cadeau de ma tante Michelle qui vit en Allemagne. Ma mère, ma soeur, ma cousine et mon frère en jouaient tous. J\'avais à ma disposition un instrument et, comme professeur, ma mère; j\'aurais pu en profiter pour apprendre la musique, mais j\'étais trop dissipé, pas assez sérieux, pas assez discipliné pour faire mes gammes et mes exercices avec le zèle requis. J\'ai donc gaspillé ma chance de devenir musicien, pour ainsi dire. Ce qui peut-être n\'a fait que décupler mon amour de la musique dans l\'âge adulte. L.N: Pourquoi deux titres sur le Jazz? S.P: Pourquoi le jazz? Tout simplement parce que de toutes les musiques, c\'est celle qui me parle le plus, qui m\'émeut le plus. J\'ai des goûts assez éclectiques, à l\'image de la discothèque de mes parents : cela va de la musique populaire haïtienne à la musique de concert européenne, en passant par la chanson française, le blues, le soul, le rock. Mais je reviens toujours au jazz, parce que je ne peux faire autrement, je suppose. L.N: Le livre Jazzman en plus d\'être un hommage au Jazz est aussi un hommage à une grande Dame, votre mère. S.P: Comme je l\'ai écrit dans le bouquin, c\'est à ma mère que je crois devoir mon amour de la musique, de même que mon ouverture à divers genres musicaux. Autant mon père était un homme de lettres, très rationnel, très cartésien malgré son tempérament bouillant, autant ma mère a une âme d\'artiste, même si elle a enseigné les sciences pures (chimie, physique, mathématiques). En plus de ses talents de pianiste, elle fait de la peinture depuis des années. Ma mère m\'a fait découvrir un tas de grands et petits noms de la musique, interprètes ou compositeurs, et je lui en serai éternellement reconnaissant. Encore aujourd\'hui, il n\'est pas rare que ce soit plutôt à mon tour de lui découvrir des nouveautés sur disque ou DVD., parce que l\'amour de la musique nous réunit. L.N: Le critique Yan Hamel disait à propos de votre livre que Parler jazz, ce n\'est jamais parler uniquement de musique. De manière plus ou moins détournée selon les auteurs et les époques, c\'est aussi parler de sexe, de politique et d\'histoire, de la fonction sociale du musicien et de l\'écrivain... Le livre Jazzman, est-ce une manière pour vous de parler d\'autre chose. S.P: C\'est vrai du jazz comme de n\'importe quel autre sujet qu\'aborde un écrivain. La musique, la littérature, la création ne se fait jamais en dehors du monde, en dehors de la vie. Sans qu\'il s\'agisse de prétexte, un commentaire sur la musique implique selon moi un commentaire sur les gens qui la font, la vie qu\'ils mènent, le contexte de leur création. Et dans le cas du jazz, musique américaine née du métissage de traditions africaines et européennes, il est impossible pour moi de l\'aborder sans évoquer les contextes historique et sociologique de son émergence, de sa production et de réception actuelles. L.N: Ce que l\'on découvre, c\'est le côté érudit. Parlez-nous de cet apprentissage. Tous ces disques, tous ces musiciens, comment les écouter et les rencontrer? S.P: Je suis un passionné, depuis toujours. C\'est-à-dire que quand je m\'intéresse à un sujet, je m\'investis à fond. J\'ai eu la chance de grandir dans une maison où il y avait une discothèque fort bien garnie, je l\'ai dit. Mes parents avaient bien sûr des disques de jazz; c\'est donc une musique qui, dans sa forme classique, a bercé mon enfance. J\'y suis revenu à l\'âge adulte un peu par nostalgie peut-être, mais aussi par amour du son de la trompette de Louis Armstrong, de la trompette en général, vers lequel me renvoyaient la plupart des musiques qui m\'avaient séduit à l\'adolescence. L.N: Vous avez un chapitre également sur la musique haïtienne... S.P: Oui, pour les mêmes raisons. Parce que la musique populaire haïtienne réserve une place de choix aux cuivres, à la trompette en particulier. Parce qu\'elle a parfois influencé des compositeurs de jazz. Et parce que, comme je le souligne, il y a un intéressant glissement sémantique entre ce que l\'on appelle communément jazz et l\'utilisation de ce terme en créole haïtien. L.N: Quels sont d\'après vous les trois meilleurs jazzmen de tous les temps, et dites-nous pourquoi? S.P: L\'esprit et le coeur parleront ici. D\'abord, Armstrong, parce que c\'est le roi-soleil du jazz, c\'est un trompettiste autodidacte mais virtuose, un improvisateur de génie, qui a imposé la formule du jazz encore communément acceptée aujourd\'hui, selon laquelle le soliste crée une mélodie à lui, avec le soutien de ses collègues qui jouent des passages composés et orchestrés. Ensuite, le saxophoniste John Coltrane, parce que c\'est celui qui a poussé le plus loin la formule usuelle; c\'est sans doute le plus intense des improvisateurs, un soliste à l\'imagination inépuisable, dont les interminables chorus déferlent comme des torrents, des tsunamis. Et puis, là, c\'est le coeur qui parle, Miles Davis, mon trompettiste, mon jazzman, mon musicien préféré tous genres confondus, parce que c\'est bien entendu un grand chef d\'orchestre, un innovateur, un styliste hors pair plutôt qu\'un virtuose. Un musicien au son aisément identifiable, au son qui me touche profondément par sa dimension paradoxalement fragile et forte à la fois. L.N: Avant Jazzman, c\'était Taximan. On a la même forme courte. Le récit plein d\'humour et de traits d\'esprit. Doit-on s\'attendre à un autre livre dans le même style. S.P: Je ne sais pas encore. J\'ai bien envie un jour d\'écrire un livre sur les femmes de ma vie, ma grand-mère, ma mère, ma soeur, mes cousines et mes partenaires amoureuses. Mais ce n\'est qu\'un projet très vague. L.N: Vous êtes président de l\'Union des écrivains québécois (UNEQ). Pourriez-vous nous en parler de votre travail? S.P: En décembre dernier, j\'ai été élu pour un deuxième mandat consécutif de deux ans ; essentiellement, j\'agis comme porte-parole de cette association qui est à la fois un syndicat professionnel et un lobby qui veille à la promotion de la littérature québécoise et aux intérêts socio-économiques des ses membres. L.N:Vous militez également afin que le néo-libéralisme ne fasse table-rase de la culture. S.P: Mes interventions au nom du Mouvement pour les arts et les lettres constituent un peu une extension de mes fonctions comme président de l\'UNEQ, puisque l\'UNEQ a contribué à fonder le MAL. Essentiellement, notre action vise à redonner aux arts et aux lettres, à la culture et à la création la place qui devrait lui revenir, ce qui n\'est pas évident dans un monde livré aux diktats de l\'hyper-capitalisme sans foi ni loi selon lesquels tout doit être réduit à sa valeur marchande, même ce qui n\'a pas de prix. C\'est une lutte de tous les jours, de tous les instants contre les sirènes du libre-marché qui prônent l\'avènement d\'un monde peuplé uniquement de consommateurs et de marchands. L\'humanité vaut mieux que ça.
(Propos recueillis pas Rickey Saint-Juste) Auteur

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