Entretien de Pierre-Raymond Dumas

Le MUPANAH qu\'en est-il ?

Avec l\'architecte-peintre Robert Paret, directeur général du MUPANAH Robert Paret, le directeur général du Musée du Panthéon national d\'Haïti (MUPANAH), nourrit l\'idée de refaire de l\'établissement situé tout près du Palais national un véritable musée des Pères de la Patrie. Nommé en octobre dernier, le nouveau D.G. entend, à court terme, ouvrir le musée pendant les week-end de façon à permettre à ceux qui ne peuvent le visiter durant la semaine de le faire les samedi et dimanche. Architecte et peintre de renom, homme d\'action, Robert Paret promet, à moyen terme, d\'organiser deux ou trois manifestations à caractère éducatif, culturel et historique par année, en commençant dès 2007. À plus long terme, l\'ancien membre du cabinet particulier de l\'actuel ministre de la Culture et de la Communication affirme qu\'il va travailler à une meilleure structuration de la muséologie haïtienne, en créant ce qu\'il conviendrait d\'appeler : la Direction générale des Musée nationaux haïtiens.

Publié le 2006-11-29 | Le Nouvelliste

Culture -

Pierre-Raymond Dumas: Faites-nous en peu de mots l\'historique du MUPANAH. Robert Paret: Ce musée actuellement connu sous l\'appellation de Musée du Panthéon National Haïtien (MUPANAH) était à l\'origine un sépulcre conçu pour recueillir les restes de l\'ex-président François Duvalier. Ce bâtiment aurait été commandé par le président Jean-Claude Duvalier à un architecte français du nom d\'Alexandre Guichard en 1973, en vue de pérenniser la mémoire de son père. À cette époque le projet fit scandale dans les sphères nationales et internationales et le fils a dû abandonner l\'idée. Par la suite, les lieux furent convertis en mausolée des Pères de la Patrie. Ce n\'est qu\'en octobre 1982, par décret du président à vie Jean Claude Duvalier, que la vocation de Panthéon National fut attribuée au musée. P.R.D: Quels sont la mission et les objectifs du MUPANAH ? R.P: Dans le décret créant le MUPANAH, il est écrit : le MUPANAH a pour mission de perpétuer et de diffuser le souvenir des Pères de la Patrie, de formuler, en conformité aux objectifs retenus par les pouvoirs publics, la politique générale pour l\'implantation et l\'administration des musées historiques, artistiques et culturels à travers les régions et les collectivités locales d\'Haïti et de participer à la conservation du patrimoine ainsi qu\'à la diffusion de la culture nationale. Le MUPANAH a pour objet de recueillir et conserver les restes des Pères de la Patrie, d\'inventorier, collectionner recueillir, classer, restaurer, acquérir, conserver les pièces ou documents, objets ou mobiliers de valeur artistique, historique, archéologique ou autre qui font ou feront partie du patrimoine national... P.R.D: Pensez-vous que le MUPANAH peut répondre à cette mission et atteindre ces objectifs ? R.P: Avant de répondre à cette question, il faudrait redéfinir la mission du MUPANAH, en l\'adaptant au moment présent et aux conditions actuelles. Tout d\'abord, l\'appellation de Musée du Panthéon National Haïtien ne correspond pas à la réalité. La dénomination de musée ou du mausolée des Pères de la Patrie conviendrait mieux, dans la mesure où le tombeau ne recueille que les restes de : Jean-Jacques Dessalines, Alexandre Pétion, Toussaint Louverture (symboliquement) et paraìt-il, selon ce que m\'a révélé un historien, Henri Christophe. Ceci reste à être établi. Après cette mise au point, on conviendra que le Musée du Panthéon National Haïtien reste à construire pour abriter et immortaliser nos grands hommes d\'État, artistes et grands penseurs. Pour revenir à votre question, si on tient compte du décret d\'octobre 1982 et des obligations qu\'il assigne à l\'institution, et considérant les faibles moyens dont nous disposons, nous pouvons dire que la mission s\'avère difficile. P.R.D: Alors, comment considérez-vous votre tâche ? R.P: En acceptant ce poste, je savais à quoi je m\'engageais. Je suis pleinement conscient des difficultés inhérentes à cette tâche. Laissez-moi vous dire que, selon moi, la muséographie d\'un pays est d\'abord l\'affaire de la collectivité et ne peut être perçue comme de l\'unique responsabilité d\'un quelconque gouvernement, encore moins d\'un ministère, ou plus singulièrement d\'un petit groupe d\'individus. L\'établissement de telles institutions dans tous les pays, même lorsqu\'il est supporté par l\'État, relève de l\'investissement privé et de la volonté des citoyens d\'aménager des espaces d\'éducation et de conservation de la mémoire collective. C\'est souvent l\'oeuvre de fondations du secteur privé. P.R.D: Comment comptez-vous vous y prendre pour remédier à ces carences ? R. P: Je compte, au prime abord, sur la solidarité et la bonne foi de tous nos concitoyens, pauvres ou aisés, à travers une association dénommée « Les Amis du MUPANAH », dont la mission sera essentiellement de nous accompagner dans notre démarche. Notre ambition est d\'établir sur tout le territoire un réseau de Musées Nationaux. Projet ambitieux mais réaliste, avec les Haïtiens qui pensent que ce pays, si riche en histoire, ne doit pas mourir. Quand je parle de la participation de toutes les catégories sociales, c\'est une façon de dire qu\'à tous les niveaux, parfois inconsciemment, se trouvent enfouis dans des endroits inappropriés certains objets ou pièces de valeur inestimable que nous avons le devoir de récupérer. Il faut aussi compter sur la volonté, mille fois exprimée, de nos compatriotes de la diaspora qui veulent voir ce pays renaître de ses cendres. Sans oublier, la communauté noire, de part le monde, pour laquelle l\'histoire d\'Haïti demeure un motif de fierté. P.R.D: Pensez-vous que les propriétaires de pièces historiques seront disposés à vous les confier ? R.P : C\'est la grande gageure. Donner ou redonner confiance à ces détenteurs de biens patrimoniaux. Il faut que l\'État s\'engage à garantir l\'intégrité et la conservation de ces biens qui pourraient nous êtres confiés temporairement, ou nous être accordés en don. Une autre obligation nous incombe: celle de rapatrier et de récupérer notre patrimoine qui se trouve à l\'extérieur, dans d\'autres musées ou dans des collections privées. Nous n\'avons pas, certes, la prétention de tout pouvoir ramener, mais nous pouvons négocier des fac-similés. Notre dénuement sur ce point va jusqu\'au triste constat que l\'acte d\'Indépendance d\'Haïti se trouve dans un pays étranger dont nous ignorons le nom. P.R.D: Actuellement, qu\'avez-vous à offrir à vos visiteurs, et qui sont-ils ? R.D: Je dois vous dire que le musée est fréquenté majoritairement par nos écoliers qui nous visitent du lundi au vendredi, en grande affluence, au point que nous sommes parfois débordés. Sur ce point, nous félicitons nos directeurs d\'école et nos instituteurs. Nous visitent aussi certains compatriotes vivant à l\'étranger qui profitent de leur passage dans leur pays pour se retremper dans leur histoire. Nous recevons de plus en plus de visiteurs étrangers, surtout les troupes de la MINUSTAH et des diplomates accrédités en Haïti. Il est toutefois à déplorer l\'indifférence d\'une grande partie de la population par rapport au MUPANAH ; en fait par rapport à son histoire. En plus d\'être l\'un des plus beaux bâtiments du pays, d\'être un lieu prestigieux, le MUPANAH offre aux visiteurs une collection qui couvre plusieurs domaines. De la peinture à la sculpture, de la civilisation amérindienne à la période espagnole, jusqu\'à la période haïtienne actuelle. Nous somme fiers de détenir des pièces d\'exception, telles que : - la couronne de l\'empereur Faustin 1er - l\'ancre de la Santa Maria, l\'une des caravelles de Christophe Colomb - la Cloche de la Liberté, sonnée en 1793 par Toussaint Louverture lors de la proclamation générale des esclaves - deux pistolets ayant appartenu à Toussaint Louverture - l\'épée de Jean-Jacques Dessalines et le spécimen de sa Signature - l\'épée maçonnique d\'Alexandre Pétion - des manuscrits de Toussaint Louverture - l\'unique tableau connu de Sonthonax, etc. P.R.D: Quelles sont les difficultés auxquelles vous vous trouvez confrontées ? R.P: À part les inconvénients déjà signalés, nous devons faire face à des difficultés d\'ordre financier. Notre budget ne nous permet pas de satisfaire nos ambitions. Nos rentrées provenant des visites sont dérisoires et n\'assurent que de menues dépenses. Même des catalogues préparés par l\'ancienne administration, à l\'occasion du bicentenaire de l\'Indépendance et qui présentent à travers des textes bien écrits et des illustrations de toute beauté la collection du MUAPNAH, nous sont restés sur les bras. Rares sont les entreprises, à qui nous avons adressé une lettre de demande de soutien, leur suggérant d\'acquérir quelques uns de ces ouvrages, qui ont répondu positivement à notre sollicitation. Nous profitons de l\'occasion pour les remercier et inviter d\'autres à faire de même, en s\'adressant au secrétariat du MUPANAH. P.R.D: Quels sont vos projets d\'avenir ? R. P: À court terme, ouvrir le musée pendant le week-end, de façon à permettre à ceux qui ne peuvent le visiter en semaine, de le faire le samedi et le dimanche. À moyen terme, organiser deux ou trois manifestations à caractère éducatif, culturel et historique par année, en commençant dès 2007. À plus long terme, travailler à une meilleure structuration de la muséologie haïtienne, en créant ce qu\'il conviendrait d\'appeler : la Direction Générale des Musée Nationaux Haïtiens. P.R.D: Je vous remercie, Monsieur le Directeur, de nous avoir accordé cet entretien.

Propos recueillis par Pierre-Raymond Dumas Auteur

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