Port-au-Prince/environnement

Habitation Leclerc: un patrimoine abandonné

Publié le 2005-09-21 | Le Nouvelliste

Située en banlieue sud de la capitale, l'ancienne Habitation Leclerc est devenue depuis quelques années le repère de gangs armés. L'espace est occupé par des individus venant d'horizons divers qui ont détruit ce patrimoine qui était autrefois un lieu où il fait bon vivre. L'Habitation Leclerc est complètement déboisée. L'hôtel de luxe des années 70 est devenu une porcherie, un repaire de bestiaux, a constaté Le Nouvelliste lors d'une visite des lieux. Un des squatters de ce domaine qui a requis l'anonymat nous a avoué que les porcs qui sont éparpillés sur l'Habitation appartiennent à un chef de gang du nom de Abel Dupré qui s'est approprié d'une bonne partie du domaine. Selon des informations obtenues par le journal, la présence de ce chef de gang a été révélée en 1997, soit un an après la dernière visite sur le terrain de Katherine Dunham, propriétaire de ce domaine de 46 carreaux de terre. Ce gang fait aussi de la squattérisation des anciennes villas, « un commerce qui rapporte gros », a insinué notre interlocuteur. Le seul jardin botanique de la place En 1995, Mme Dunham avait réussi à faire reconnaître internationalement cette propriété comme le seul jardin botanique en Haïti. Dans un discours prononcé le 6 juin 2003 lors de l'ouverture d'une conférence consacrée à l'héritage académique de son oeuvre, l'anthropologue et artiste militante Katherine Dunham a mis l'accent sur ses efforts pour préserver la forêt sacrée de l'Habitation Leclerc et sur le rôle vital que peut jouer un jardin botanique dans le principal centre urbain d'une nation en voie de développement. Mme Dunham a créé une fondation dont le but a été de protéger et de préserver pour toujours la forêt de l'Habitation Leclerc afin qu'elle puisse rendre des services à la société sur les plans éducationnel, culturel et spirituel. Le jardin botanique a été enregistré formellement au conservatoire international des jardins botaniques de Kew Gardens à Londres, un réseau global de plus de 500 jardins répartis dans 180 pays. Une richesse inexploitée Située dans le quartier densément peuplé de Martissant, l'Habitation Leclerc représente une immense valeur botanique et écologique pour Haïti. Selon des informations reccueillies d'une source bien informée, certains de ses arbres datent de l'époque coloniale ce qui revient à dire qu'ils sont plus vieux que la République d'Haïti elle-même. En outre, l'Habitation Leclerc se trouve dans l'une des principales zones aquifères de l'aire métropolitaine, servant ainsi de témoin solennel de la relation symbiotique et primale entre l'eau et les arbres. La source Leclerc provient du bassin versant qu'englobe la propriété avoisinante de la famille Mangonès, un espace soigné, aménagé et protégé depuis plus de 40 ans par le célèbre architecte, urbaniste et sculpteur, Albert Mangonès de regretté mémoire, ami et voisin de Katherine Dunham. L'ensemble de verdure formé par ces deux propriétés, bordées par des terres appartenant à la Banque de la République d'Haïti/BNDAI, est inclus dans un périmètre de préservation délimité par la Centrale Métropolitaine d'Eau Potable (CAMEP), car il constitue un précieux îlot d'arbres et de sources naturelles pour la région de Port-a-Prince et qu'il est de surcroît sur le passage de la principale conduite d'eau de la CAMEP, approvisionnant la capitale. Les terrains de la BRH/BNDAI, eux, englobent les bassins versants collecteurs alimentant la nappe souterraine allant jusqu'à Diquini et qui constitue la réserve d'eau potable de toute la région métropolitaine. Aujourd'hui, ce périmètre est gravement menacé par les effets de la dégradation de l'environnement, du déboisement, des constructions anarchiques dans les hauteurs et par l'absence quasi-totale des tenants des pouvoirs publics. Historique L'Habitation Leclerc d'une superficie de 22,50 hectares de terre appartient depuis environ 60 ans à l'éminente anthropologue et danseuse américaine Katherine Dunham. Le domaine appartenait à la fin du XVIIIe siècle à Pauline Bonaparte, soeur de Napoléon, et Charles Leclerc, émissaire de l'empereur français. Le terrain est devenu propriété de Catherine Dunham depuis plus de 60 ans. Dans les années 70, une partie du domaine a été affermée à un hôtelier français et transformée en « Habitation Leclerc ». Cet hôtel modèle eut pour premier manager Jean Sabatier. En 1986, après le départ de Jean-Claude Duvalier, l'hôtel a été saccagé par des individus en émoi. En créant la fondation, Katherine Dunham a voulu établir un jardin botanique où tous les intéressés viendraient étudier l'écologie. L'Habitation Leclerc possède toute une série de variété de plantes. Cependant, des individus sans foi ni loi ont envahi cette forêt, la détruisant. Le laxisme des autorités constituées risquent de faire perdre au pays de nombreux bénéfices dans le domaine de l'environnement à commencer par la création de ce fameux jardin botanique. Haïti est le seul pays à ne pas en posséder. L'Etat, principal garant de la sécurité sociale, doit faire appliquer la loi afin de chasser les squatters qui occupent la propriété de la chorégraphe et anthropologue Katherine Dunham. Des mesures drastiques doivent être prises en vue de sauver ce qui reste à sauver.
Alix Laroche jolicoeurbleu@hotmail.com Auteur

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