L’Union Suite, a one woman show !

PUBLIÉ 2016-12-15
Mrs Wanda est toute menue. Mais l’énergie qu’elle dégage est si puissante qu’elle embrase tout le Moca Café, le restaurant où nous nous rencontrons pour l’entrevue à Miami, en Floride. Elle rit fort, bouge beaucoup, parle sans arrêt et ne passe nullement inaperçue malgré sa petite taille et sa belle minceur. Ses pages Facebook, Instagram et Twitter reflètent tout aussi bien son dynamisme. C’est d’ailleurs grâce à cela qu’elle est très suivie sur les réseaux sociaux. « The Haitian American » sur Facebook, @lunionsuite sur instagram, twitter et snapchat réunissent au total près de deux cent mille fans.


Wanda Tima Gilles – oui, elle est mariée – est de ces gens dont la personnalité vous attrape dès les premières minutes. Ouverte et intelligente, c’est le genre de femmes qui n’a pas peur de prendre des risques et qui fonce tête baissée pour atteindre les buts qu’elle se s'est fixé. À 32 ans, elle paraît en avoir beaucoup moins. Son minois enfantin et son grand sourire peuvent, à tort, donner l’impression qu’elle est influençable. Wanda ne se laisse pas faire facilement. Elle sait ce qu’elle veut et fait tout ce qui est en son pouvoir pour l’obtenir. De plus, avec son tempérament extraverti, elle n’a aucun mal à se connecter avec les gens qu’elle rencontre. « À l’école, j’étais très populaire. À cause de ma façon d’être, il était toujours facile pour moi de me mettre avec les autres », raconte Wanda, de son vrai nom Whenda. Dans un débit rapide, sans chichis, Wanda raconte son histoire. Avec une vraie qualité de conteuse, elle parle de ce qui a fait d’une enfant née au Cap-Haïtien par hasard, qui a grandit aux îles Turks et qui a par la suite émigré aux Etats-Unis, une jeune diaspora passionnée d’Haïti, son pays d’origine. « J’ai vraiment fait connaissance avec l’histoire et la culture haïtienne assez tardivement. Oui j’ai grandit avec les mœurs haïtiennes mais je ne savais pas vraiment ce qu’elles voulaient dire. Ma mère écoutait toujours de la musique évangélique haïtienne, même si moi j’écoutais mes propres chansons. On mangeait de la nourriture haïtienne, on allait à l’église chaque dimanche, etc. Mais je n’y attachais aucune importance. Le pire, je suis arrivée aux Etats-Unis à une époque où être Haïtien n’était pas bien vu. Les enfants de mon école qui étaient haïtiens se faisaient tabasser littéralement », commence Wanda en sirotant tranquillement son verre d’Amaretto sour. « Et puis j’étais là, comme dans un monde à part. Je disais que j’étais Haïtienne mais je ne parlais pas créole ; je disais que je venais des îles Turks mais que je n’y étais pas née ; je traînais avec les Américains, j’étais populaire, tout le monde me connaissait, mais je n’étais pas américain. Une confusion totale », raconte aujourd’hui la jeune bloggeuse qui a terminé l’école classique à 16 ans. Comme tout enfant né de parents haïtiens, Wanda est envoyée à l’université pour étudier le droit. Sa famille veut qu’elle devienne une grande avocate. C’était sans compter les propres ambitions de l’intéressée. « Le droit n’était pas mon affaire. J’ai abandonné cette option sans le dire à mes parents et je me suis inscrite en communication de masse. Mes parents ne l’ont découvert qu’à ma graduation. Et tout le monde était fâché. Je suis l’aînée du côté de ma mère aussi bien que du côté de mon père, donc tout le monde comptait sur moi. Je devais être le bon exemple pour toute la famille et voilà que je les avais déçus », explique aujourd’hui Wanda dans un sourire espiègle. « Ma mère me disait que je n’allais trouver aucun travail et que je devais revenir habiter avec elle, alors que j’étais habituée à être seule. C’est à ce moment que je me suis promise que j’allais tout faire pour ne jamais me trouver dans l’obligation de demander quoique ce soit à ma famille. Et c’est ce qui arriva. Dieu, qui a toujours été à mes côtés, a fait en sorte que tout se passe à merveille. J’ai trouvé un travail de réceptionniste qui s’est terminé en directrice de marketing. Le jour de mes 21 ans j’étais assise à Las Vegas, dans une réunion avec les plus grandes têtes d’une compagnie qui valait des millions de dollars en tant que seule femme noire. C’était un grand accomplissement ». D’une foi inébranlable, cette native de la balance assure que tout ce qui arrive dans sa vie est l’œuvre de son Dieu » Pour l’amour d’Haïti Mais Wanda n’est pas encore comblée. Ce côté haïtien qui l’habite n’a pas encore trouvé la paix. Elle ne sait rien de ce pays qui l’a vue naître. « Tout va basculer un jour que Kassav est venu jouer à l’université. C’était une sorte de ''Kreyòl night'' et à l’époque tout le monde croyait que Kassav était un groupe haïtien. Depi mizik la lage tout medam yo vin anvayi devan an et j’ai découvert qui étaient les Haïtiens. Je me suis approchée d’eux et ils m’ont accueillie à bras ouverts. C’était totalement différent de l’école secondaire. Et c’est à partir de là que j’ai vraiment commencé à m’imprégner d’Haïti. J’ai commencé à faire des recherches dans des bibliothèques et sur Internet. Mais sur le net surtout je ne trouvais que des choses concernant la politique ou des histoires négatives et cela m’énervait au plus haut point », continue Mrs Wanda, comme son compte personnel l’indique sur les réseaux sociaux. Cette envie de tout apprendre de son lieu de naissance lui porte à apprendre le créole. « Quand j’ai rencontré mon mari en 2009, il est venu chez moi et il a forcé ma famille à ne parler que le créole avec moi à la maison pendant un an. Aujourd’hui encore, je dois continuer à apprendre mais je peux dire que je peux tenir toute une conversation en créole », avoue la jeune femme qui fête cette année son 5e anniversaire de mariage et le 5e anniversaire de sa page Facebook. Wanda a toujours aimé la communication, les relations publiques, le marketing, « l’Entertainment » en général. Sur le campus de l’université, elle anime une émission de débat et tient un blog de Zen et son audience ne fait qu’augmenter. Un jour, elle décide d’utiliser son blog à bon escient et le transforme en une source d’informations sur Haïti, alors qu’elle a atteint un million de clics. « Je m’étais dit que si j’avais le pouvoir de toucher tout ce monde, cela devait être pour une bonne cause. Et puis j’ai commencé à poster mes recherches et mes photos sur le blog. Mais à un moment donné j’étais à court de contenu. J’ai alors commencé à demander aux gens de m’envoyer ce qu’ils avaient de positif sur Haïti. Ce qu’ils ont fait avec plaisir ». À partir de ce moment, la vraie histoire de Wanda a pris chair. Sa rencontre avec Lawrence Gonzales, le pionnier de la page Facebook de « The Haitian American », va tout chamboulé. Ils partagent la même vision, se font confiance et agissent ensemble pour monter leur audience. Quelques temps plus tard, Lawrence lui cède la page en réalisant que c’était la vraie passion de la jeune femme. Aujourd’hui, L’union suite et The Haitian American sont des pages suivies et crédibles sur le net. « Cela m’a pris du temps pour que s’établisse la confiance entre le public et moi. Mais maintenant, j’ai des célébrités qui m’appellent pour me dire qu’ils veulent clamer leur nationalité haïtienne. Elles ne sont pas toujours comprises, mais moi je les accepte parce que je suis passée par là. Les mauvais commentaires des fois les découragent, et moi aussi, mais je tiens bon parce que je sais que je fais quelque chose de bien et d’utile. Des parents m’appellent pour me demander de planifier leurs voyages en Haïti avec leurs enfants. C’est extraordinaire », s’exclame celle qui n'a visité Haïti qu'à l'âge adulte. Philanthrope, Wanda est toujours versée dans la charité tant en Haïti que dans sa communauté, dans le Sud de la Floride. Plus près de nous, après les ravages de l’ouragan Matthew, elle monte une grande équipe de volontaires et rassemble tout ce qu’elle trouve pour les sinistrés avant de venir en Haïti, non seulement distribuer de l’aide mais surtout, grâce à des médecins et infirmières du groupe, faire des consultations gratuites pour les enfants des zones affectées. « C’était difficile de vivre tout cela. Mais on se le devait. Nous avons déjà effectué trois voyages différents avec beaucoup d’aide et nous allons continuer », assure Wanda d’un ton ferme. L’un des buts les plus importants de la jeune femme est de construire un laboratoire informatique au Cap-Haïtien, cette ville qui l’a vue naître, par hasard, un 26 septembre, parce que sa mère y était en visite. « Je veux le faire pour tous les jeunes geeks comme moi qui ont l’envie d’apprendre à coder ou décoder des ordinateurs et qui n’ont pas de grands moyens. C’est l’un de mes plus grands rêves. M dwe Okap sa. M pa p janm santi m byen si m pa fè l e m ap travay sou sa pou li rive nan yon ti tan ankò », conclut Wanda dans un créole presque parfait.



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