Publication

Nancy Roc : une plume sans concession

A travers sa toute dernière publication des Grands Dossiers de Métropolis intitulés "2004 : un Bicentenaire amer", Nancy Roc se veut une plume sans concession. Dans son dernier livre, personne ou presque n'est épargné. Les étudiants, la presse, le mouvement GNB, la répression lavalassienne, le premier janvier 2004, le départ d'Aristide, la transition vers la démocratie, les catastophes naturelles et politiques, tout y passe. Face à la conjoncture actuelle, cette journaliste-témoin de l'histoire immédiate avoue ressentir un constat d'échec et raconte, de façon peu amène, comment nos gouvernants et nos élites ont échoué... pitoyablement.

Publié le 2005-03-11 | Le Nouvelliste

Economie -

Le Nouvelliste : Vous titrez votre livre « Un Bicentenaire amer ». Est-ce une déception ou un constat d'échec ? Et à qui devons-nous attribuer la faute ? Nancy Roc : En tant qu'Haïtienne, je ressens ce constat d'échec comme une déception et même une profonde blessure. 200 ans après notre Indépendance, le peuple haïtien croupit dans la misère et nous avons battu tous les plus mauvais records : pays le plus pauvre du continent américain, un des pays les plus corrompus de la planète, une entité chaotique ingouvernable. La Perle des Antilles est devenue la honte des Antilles. La faute revient à tous les gouvernements qui se sont succédés et qui se sont laissés enivrés par l'opium de la mauvaise politique et des rapts officiels au détriment de la nation. Mais elle revient aussi à tous les secteurs- notamment à nos élites- qui ont accepté et cautionné une telle spirale vers la descente aux enfers sans rien dire et, parfois même en ont profité. Il est aberrant de constater qu'il y a autant de millionnaires dans un pays où la majorité de la population ne peut même pas se procurer le minimum calorifique par jour en nourriture ! Le Nouvelliste : A chaque parution des grands dossiers, la plume de Nancy Roc se fait plus amère, plus vive. Est-ce à dire que les choses ne font qu'empirer, même après le départ de Jean-Bertrand Aristide ? Nancy Roc : Mon livre est divisé en trois parties : la première sur la fin du régime d'Aristide, la seconde présente la chronologie d'un départ annoncé et la troisième porte sur les premiers mois du gouvernement de transition. Je crois que ma plume n'est pas ''amère''. Ce sont les événements qui le sont. Le lecteur pourra se rendre compte que je suis plus souple au début du gouvernement de transition tout en restant critique et sur mes gardes. Mais, très vite, dès le mois d'avril je vais recommencer à tirer la sonnette d'alarme face au manque de fermeté de l'équipe actuellement au pouvoir dans des dossiers tels que « La patiente impatience », « La politique haïtienne : entre alternance et persistance », « Gouverner sur le grill ». Mais lorsque j'écris « La Nation en danger » en août, le mauvais pli a déjà été pris et l'Opération Bagdad viendra me donner raison. Oui, mis à part l'absence de violence directe de la part de la présidence ou de la primature, les choses se sont empirées : on décapite les gens dans les rues, on viole systématiquement les femmes de toutes les couches sociales, la vie a augmenté malgré la chute du dollar américain. C'est terrible et on se demande quand finira notre descente aux enfers. Le Nouvelliste : Pourquoi avoir terminé cet ouvrage sur le drame des Gonaïves ? Nancy Roc : Comme je l'ai écris, dans mon dossier "Gonaïves : cité de la Honte", après le passage de la tempête Jeanne ''Gonaïves est aujourd'hui, plus que jamais, le symbole de notre échec en tant que peuple et nation. Cette ville relève du défi le plus cru qui nous ait été donné de relever depuis la chute d'Aristide. Saurons-nous tirer les leçons de la tragédie de la cité de l'Indépendance et saisir cette opportunité pour reconstruire la ville et en faire une ville moderne et modèle ? Il faudra donc oser prendre des dispositions exemplaires et ceci sur 5 ou 10 ans. Il faudra aussi faire participer les Gonaïviens à l'élaboration d'un plan pour la rénovation de leur ville. Enfin, le défi est immense, mais si nous le relevons, spécialement en cette année du Bicentenaire, nous aurons enfin prouver que nous pouvons faire autre chose que de nous battre, nous diviser et nous entretuer. Le gouvernement de transition aura-t-il ce courage ? Oserons-nous enfin exiger de meilleures conditions de vie pour les nôtres et mettre tous la main à la construction de cette ville symbole ? Où la Cité de l'Indépendance enterrera-t-elle, à jamais, notre dignité dans une honte collective aux yeux du monde ? ». Aujourd'hui, j'ai eu ma réponse : ce sont les soldats Américains qui sont en train de reconstruire notre Cité de l'Indépendance et après on me parlera de dignité et de souveraineté ? Foutaise ! Le Nouvelliste : Votre récent ouvrage présente la crise haïtienne et le bicentenaire raté. Quelle est, selon vous, la place d'un (e) journaliste en Haïti ? Est-il porteur d'un message ? Comment vous situez-vous par rapport à la liberté de dire et d'écrire ? Nancy Roc : De dire et d'écrire vous voulez dire ? Je pense que la place du journaliste est surtout de témoigner et c'est ce que j'essaye de faire pour les futures générations à travers la publication de l'histoire immédiate qui figure dans les trois volumes de mes « Grands Dossiers de Métropolis ». Le journaliste est et doit être porteur de messages et surtout de ceux des sans voix dans un pays comme le nôtre. La liberté de dire ? J'ose encore mais comme mon public a pu le constater, face à l'impunité et même la complicité de ce gouvernement avec les anciens (et nouveaux) corrompus et corrupteurs, j'ai été obligée de rentrer certains grands dossiers de corruption et beaucoup de mes confrères, comme moi, doivent aujourd'hui encore s'autocensurer. Après tout ce que la presse a enduré sous la dictature d'Aristide, c'est révoltant.

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