Haïti, santé mentale : entre ignorance et indifférence

Publié le 2016-10-14 | Le Nouvelliste

Il est souvent question de prévenir plutôt que de guérir malgré les circonstances auxquelles la vie fait face. Notre société rencontre de sérieux problèmes au point que nous ignorons les principes élémentaires de la santé et de la maladie. En effet, la santé dans notre société est une préoccupation majeure, car la population haïtienne ne sait à quel saint se vouer pour lui venir en aide de manière sanitaire puisque la question de santé provoque de l'angoisse, de l’anxiété, voire la panique chez cette population. Les rues de Port-au-Prince fourmillent de personnes privées de raison et de volonté, alors que nos dirigeants ferment leurs yeux sur leur état tragique et dépravé qui constitue un mal, une humiliation pour la valeur et la dignité de l’être humain. En Haïti, lorsqu'on parle de santé, on fait souvent référence à l'aspect biologico-médical en ignorant l'aspect mental. En ce qui a trait à la maladie, c'est encore l'aspect biophysique qui entre en ligne de compte. Pourtant, toute maladie est psychosomatique dans la mesure où toute affection organique, de la plus banale (comme une grippe) à la plus grave (comme le cancer), concerne la personne malade dans son ensemble (Fanguin, 2006). Effectivement, la connaissance des troubles psychiques reste larvée dans notre société et bon nombre de concitoyens et compatriotes sont donc dans l'ignorance de certains facteurs qui troublent leur vie quotidienne, ce qui implique une indifférence certaine envers des personnes ayant un trouble psychique. Parler de santé mentale en Haïti, c'est parler d'une question incompréhensible pour bon nombre d'Haïtiens et/ou d'un problème qui ne pourrait être résolu dans la mesure où la valeur, la dignité et les droits des personnes vivant avec un trouble psychique sont bafoués. Ces personnes ne sont pas prises en compte, elles sont livrées à elles-mêmes en errant partout ailleurs dans la capitale haïtienne sous les yeux de celles et ceux dénommés ministres de la Santé publique et de la Population. Est-ce de l'ignorance ou de l’indifférence? Dans notre société, on parle souvent de la santé publique, pour ne pas dire toujours, alors que les dirigeants ne pensent à la question de santé mentale que les 10 octobre (Journée mondiale de la santé mentale). Or, l’être humain est à la fois biologique, psychologique, sociologique, culturel (Morin, 2003). L’être humain, selon les spécialistes des sciences humaines et sociales, est fort complexe. Pour l’étudier, il faut l'aborder sur le plan bio-psycho-social et culturel car il est autant physique, biologique, social que psychologique. En effet, l'homme est appelé à vivre en société. Il jouit des droits civils et politiques et interagit avec ses semblables, car l'individu et la société sont donc deux réalités indissociables et que la société est le lieu où l'homme peut réaliser son humanité. La santé se définit comme le silence des organes (Leriche, 1997). L'OMS la définit comme :« un état de bien-être dans lequel la personne peut se réaliser, surmonter les tensions normales de la vie, accomplir un travail productif et fructueux et contribuer à la vie de sa communauté ». A cet effet, l’état de santé est fondamental pour le développement sain et équilibré de l’être humain en général puisque la santé globale est autant biologique que mentale. Ainsi, pour Milot (1980) : « La santé mentale repose essentiellement sur l’unité psychophysique de l’être humain, c'est-à-dire sur l’équilibre qui s’établit entre le corps et l'esprit ». C'est pourquoi la santé mentale en Haïti fait état d'une grande inquiétude. Selon le docteur Ghislaine Adrien (Haïti Presse, 2004) « Haïti ne prend pas en charge ses malades mentaux ». Cela nous pousse à questionner le système sanitaire de notre pays. De ce fait, existe-t-il une politique de santé mentale en Haïti ? Existe-t-il un département de santé mentale au sein du MSPP ? Certes, la santé constitue l'un des facteurs les plus importants dans la restauration de l’équilibre de l’être humain, elle est la pierre angulaire du bien-être de l'homme sur terre d'autant qu'elle assure son épanouissement bio-psycho-social afin d'assurer son estime de soi et sa survie. Ainsi, déclarent Frantz Raphaël et al (2010) : « La santé mentale est le déterminant clé de la santé globale ». Selon les données de l'OMS, la journée mondiale de la santé mentale a été célébrée pour la première fois en 1992. Dans cette même lignée, nous pouvons questionner la reconnaissance de la santé mentale en Haïti. Deviendra-t-elle un leitmotiv pour notre société ? Existe-t-il un budget pour les soins en santé mentale ? Haïti investit-elle dans les soins en santé mentale? Outre les déterminants biologiques, la santé mentale est aussi caractérisée par des déterminants psychologiques et sociaux. Cela revient à dire que la santé mentale de la personne est influencée par la combinaison des facteurs biologiques, psychologiques et sociaux. Il en est de même des troubles mentaux qui sont la résultante de l’interaction de ces mêmes facteurs (Frantz Raphaël et al, Ibid). A cet effet, quel est le rôle joué par l’État haïtien pour prévenir la santé mentale ? Quel est donc son rôle pour remédier aux difficultés des personnes vivant avec des troubles psychiques ? Par ailleurs, la question de santé dans notre société, révèle une incapacité à prendre soin de nous-mêmes et des autres; cela revient à dire qu'on ne peut même pas voler au secours des personnes ayant des troubles psychiques. Par conséquent, notre société semble n’être pas encore prête à faire respecter la personne humaine dans sa dignité psychique dans la mesure où les dirigeants ne pensent aux personnes vivant avec un trouble psychique que le 10 octobre pourvu que cette date rappelle la Journée mondiale de la santé mentale. Ce qui nous pousse à dire que ce jour semble être célébré sous contrainte compte tenu de l’indifférence que nos dirigeants manifestent à l’égard de cette date et aussi de l'ignorance manifeste eu égard aux personnes privées de raison et de volonté. Ainsi, qu'en est-il des deux centres psychiatriques de la capitale ? Les familles de ces personnes méprisées, ignorées, voire discriminées?
Woody DUFFAULT, Mémorant en psychologie; faculté d'Ethnologie et étudiant en communication sociale (FASCH) de l'UEH Auteur

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