Ce kaléidoscope nommé Niska !

PUBLIÉ 2016-06-17
Elle me fait l’effet d’une tornade. Une jeune femme qui laisse son empreinte et son aura partout où elle passe. Bourrée d’énergie, des étoiles plein les yeux et des rêves plein la tête. Une jeune femme sûre d’elle, de son talent, de sa beauté. La tête haute, les épaules droites, les yeux cachés par des lunettes soleil, Niska Garoute fait tourner toutes les têtes quand elle pousse la porte du balcon de l’hôtel Best Western, à Pétion-Ville. Un homme assis derrière moi émet un sifflement d’admiration. Elle ne se retourne pas. La demoiselle a l’habitude de se faire aduler.


Dès les premières secondes, son sourire éclatant fait tomber toutes les barrières. Niska est chaleureuse, vivante, pétillante. L’odeur fleurie du savon de toilette qu’elle vient d’utiliser est le seul parfum qui embaume sa peau hâlée. D’habitude indomptable, ce matin, sa crinière dorée est soigneusement dissimulée sous une casquette de la collection qu’elle vient de lancer, ''Vèvè''. Tout de suite elle capte l’attention. Son parler est franc, cru. J’ai l’impression qu’elle déverse des lyrics de ses compositions rap. L’assurance dans sa voix est déroutante. Si sur les réseaux sociaux, elle renvoie l’image d’une personne superficielle, détrompez-vous, Niska n’a rien d’une Barbie. C’est une femme totale capitale. « Qu’est-ce que tu veux savoir ? », me demande t-elle d’emblée d’un ton inquisiteur quand je lui demande de me parler un peu de Niska. « Je suis un artiste. J’adore la musique, j’aime écrire et produire d’autres jeunes artistes. Je suis un graphiste, je fais du branding. Je peins aussi, je suis mannequin, j’adore la mode et la couture... et aussi je suis une femme d’affaires. L’univers m’a donné plein d’atouts, je les utilise au max mais au fur et à mesure. Chaque chose en son temps », explique la jeune femme de 24 ans qui vient de décrocher son diplôme en arts graphiques et marketing aux États-Unis. Elle s’interrompt un instant pour avaler une gorgée de café chaud que le serveur vient de déposer sur la table et aussi pour reprendre un peu son souffle. Elle le remercie d’un sourire enjôleur ; il perd ses moyens le temps d’une seconde. Le charme naturel de la jeune femme est captivant. Sans trop s’en rendre compte, Niska attrape et force l’attention. Il n’y a pas beaucoup de monde ce matin sur la terrasse de l’hôtel… à part ce même homme qui continue à manger la jeune femme du regard en espérant que celle-ci le remarque. Mais trop occupée à parler de sa carrière, l'artiste ne le voit pas. 20 minutes après le début de l’entrevue, j’ai toujours l’impression de flotter à la surface de la personne. Elle ne me disait pas encore ce que je voulais entendre. Comme une leçon bien apprise, elle débite toutes ses réponses lors de toutes ses entrevues pour ne pas trop en dévoiler. « Je suis une personne très organisée. Mes journées sont très bien réparties. Dès mon réveil, je prends mon café et ensuite toute la matinée, je travaille pour mes clients. Je conçois des logos, des billboards, des livres, etc. Après je vais les faire imprimer si nécessaire. À partir de 11 h 30 jusqu’à 3 heures, je suis à la factorie. J’ai une compagnie qui travaille avec des artisans qui font le perlage, ''Bead it''. Pour le moment on a un partenariat avec trois jeunes qui viennent de commencer. On ne fait que des casquettes, mais je veux aller loin avec nos produits... à Art Basel à Miami, au fashion week de New York ou à celui de Milan. J’ai les contacts qu’il faut et je vends la marque assez bien en portant les produits moi-même. Je les mets sur scène, je les utilise lors de mes séances de photos, etc. Ensuite, entre 3 h 30 et 5 h pm, j’ai un peu de temps pour moi. Je rencontre mes amis, prend le lunch avec eux si possible. Un peu plus tard, vers 6 h pm jusqu’à tard la nuit, je suis au studio d’enregistrement. Ou p ap jwenn mwen lòt kote depi li fè lè sa yo », assure Niska sur un ton sérieux. La jeune artiste qui vient de sortir une chanson de style reggae en collaboration avec Chabin (Riddim Affair / Bla Bla) fait la tournée des médias. Une première dans la carrière de la jeune artiste qui s'y prend de bon cœur. « Je suis sous le label de ''Diyosa'' depuis peu de temps et c’est Francesca Mercier qui fait office de mon manager. Je prépare aussi mon album avec T-Ansyto et PipoBeat, et on est déjà à un stade très avancé. Mais je ne suis pas pressée, le produit doit être impeccable. Je suis une perfectionniste. Actuellement j’enregistre une chanson avec LòLò de Boukman Eksperyans qui aura beaucoup de tambour. J’adore le folklore. J’adore le vaudou. Se nanm peyi a. Se nanm nou. Je ne sais pas encore, mais ça ira bien avec les rythmes qu’on retrouvera dans ce dernier », affirme la jeune femme. Ce n’est que quand je lui demandai de me décrire une personne qu’elle a pour modèle que je sentis craquer la façade. « Ma mère », me répondit-elle dans un souffle, la voix enrouée. Elle n’essuya pas tout de suite les larmes qui coulèrent sur ses joues. La tête renversée, les yeux fermés, elle essayait en vain de combattre l’émotion qui l’envahissait… J’allais enfin voir la fleur fragile qu’était Niska. J’allais finalement pouvoir écarter ces barricades autour de la jeune femme... Niska Garoute est la fille d’un dealer de drogue bourgeois et d’une mère qui doit tout faire pour protéger et élever seule ses quatre enfants. Elevée dans un quartier huppé de Pétion-Ville, elle a une enfance bizarre. Renfermée. Différente de celle des autres enfants de la zone. Elle ne comprendra pourquoi qu’un peu plus tard quand on arrêtera son père. A l’âge de 13 ans, elle organise une super fête d’adolescente : seuls ses cousins mettent les pieds. Confuse, la jeune fille qu’elle est cherche à se retrouver en abandonnant son milieu. On la retrouvera dans les ghettos, traînant dans des milieux où elle ne devrait pas se trouver. « Au final j’étais comme prise entre deux mondes. La rue ne m’acceptait pas totalement à cause de la couleur de ma peau, et les gens du milieu d’où je venais me rejetaient à cause de mon père. C’était compliqué, mais tout ceci m’a aidée à me forger », raconte t-elle, le regard lointain, comme pour remonter dans ses souvenirs. « Ma mère s’assurait qu’on avait tout. Elle a travaillé tellement dur pour nous élever ! Je lui dois tout, tout et tout », dit-elle encore alors que sa voix se brise dans les larmes. Une mentalité de rock star, voilà ce qui permet à Niska de surfer sur n’importe quelle vague. Son T-shirt imprimé d’une image de seins percés, son jean déchiré et ses basquets Adidas sont aussi la preuve qu’elle fait ce qu’elle veut, comme elle veut, quand elle le veut. « L’essentiel, c’est de se sentir bien dans sa peau », confie-t-elle dans un clin d’œil complice. « Je suis un garçon manqué, mais je suis aussi super féminine. Je sais quand utiliser les deux versions », lâche-t-elle dans une grand rire qui fait trembler les quelques mèches rebelles qui dépassent de sa casquette. « Yo, manman m toujou sou talon ! Pye l fè l mal lè li met sandal plat. J’ai grandi dans cet environnement. Donc quand je vais voir mes clients, je mets mes escarpins, la jupe ou la robe sexy. Je mets ce qui me plaît », balaie-t-elle dans un geste désinvolte de la main. Niska est un cœur à prendre, messieurs. « Je n’ai pas le temps pour une relation. Cela ne veut surtout pas dire que si elle arrive je vais la repousser ; mais en attendant, je suis complètement attachée à ma carrière », affirme la jeune artiste en riant, les joues rouges. Pour le moment, sa musique suit son cours. Cet, été la jeune femme est sur tous les fronts. Entre album, peinture, carrière de cinéma, mannequinat et graphisme, elle refuse de faire un choix. « Yon lòt vibe » est, en plus, de Riddim Affair, son dernier tube sur les ondes avec Badikamall, Trouble Boy, MC, une production de Diyosa. Avec Niska, le dicton « qui trop embrasse mal étreint » n’est pas valable. Telle un kaléidoscope, à travers ses mille et une tâches, elle renvoie l'image d'une artiste faite et fournie.



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