La rue annule les élections du 24 janvier

Une foule innombrable a déferlé vendredi sur Port-au-Prince pour exprimer sa colère contre la volonté du CEP et du gouvernement de maintenir les élections annoncées pour le 24 janvier. Les manifestants ont semé la terreur à Pétion-Ville dans les environs des locaux du Conseil électoral provisoire. Ils ont incendié des voitures et cassé les vitres de nombreux magasins.

Publié le 2016-01-22 | Le Nouvelliste

La mobilisation contre les élections du 24 janvier a atteint son paroxysme vendredi. Les rues de la capitale ont été embrasées par une foule en délire, dénonçant la volonté du Conseil électoral et de l’exécutif de conduire le pays vers une élection réprouvée par l’ensemble des secteurs du pays. L’opposition plurielle, des citoyens de différentes couches sociales ont uni leur voix pour dire une fois de plus non aux élections prévues le 24 janvier. L’annonce du report des élections n’a pas pu calmer l’ardeur des milliers de manifestants qui ont fait une véritable démonstration de force dans les rues de la capitale. « Nous sommes là pour lancer un message clair en tant qu’universitaires. Tous les secteurs de la vie nationale affirment qu’il ne peut y avoir d'élections le 24 janvier, nous sommes mobilisés pour le dire au président Martelly qui doit partir le 7 février prochain », lance Junior Céus, qui se prépare à gagner la rue. Le cri de ce jeune étudiant de l’Université GOC est celui de la foule, qui dénonçant le CEP et l’exécutif qui veulent poursuivre le processus électoral envers et contre tous. Les manifestants étaient déjà plusieurs milliers au moment de laisser le boulevard La Saline. Après avoir fait le tour des quartiers de La saline, Bel-Air, les manifestants mettent le cap sur la route de Delmas. La foule ne cesse de grandir en longeant Delmas. « Nous n’allons plus obéir à ce gouvernement, Martelly doit partir; dimanche nous n’irons pas voter », sont un ensemble de slogans qui traversent la foule qui exulte au moment d’apprendre que le CEP a reporté officiellement les élections. Tout se passe bien jusqu’à Pétion-Ville, considérée comme le fief du président Martelly par les manifestants. Cap sur le siège du Conseil électoral via la rue Métellus où les manifestants commencent à monter des barricades. Des pneus enflammés longent le chemin menant au local du CEP placé sous haute protection. Ce qui n’empêchera pas à la foule de tenter de franchir le périmètre établi par les forces de l’ordre. La foule immense échappe au contrôle des policiers qui font usage de gaz lacrymogène pour ramener le calme aux environs de la place Saint-Pierre. C’est sans compter avec une épaisse fumée sortant des pneus en flamme dans tout le périmètre du Conseil électoral. Les manifestants en profitent pour exprimer leur désaccord avec le CEP de Pierre Louis Opont. « Le 24 janvier est déjà un acquis, grâce à la mobilisation du peuple haïtien, debout comme un seul homme pour faire échec au plan du président Martelly et son CEP », déclare Assad Volcy, qui annonce que la mobilisation va continuer. « Demain, nous serons encore dans les rues pour demander le départ de Michel Martelly et de Évans Paul pour laisser la place à un gouvernement provisoire qui doit faire les élections », a fait savoir le militant de Pitit Dessalines. Un vent de panique a soufflé sur Pétion-Ville au passage de la manifestation. Des commerçants ont dû fermer leurs portes en catastrophe. Des personnes couraient dans toutes les directions, alors que la police, dépassée, essaie de ramener le calme. Dans la foulée, un individu paniqué ouvre le feu sur la foule à la rue Grégoire et blesse un manifestant. Les manifestants en colère foncent sur l’individu, violemment battu. Le manifestant et l’homme -qui a passé plusieurs minutes allongé à la rue Grégoire- ont tous deux été transportés d’urgence à l’hôpital. Les protestataires laissent un lourd bilan après leur passage à Pétion-Ville. Les dégâts sont considérables. Pas moins de trois voitures ont été incendiées, les pare-brise de plusieurs autres ont été brisés. Les vitres de plusieurs magasins de la commune ont également été prises pour cible par les manifestants. Des barricades de pneus enflammés ont été érigées sur tout le passage de la manifestation de Canapé-Vert, passant par Lalue jusqu’au Champ de Mars. La police a procédé à plusieurs interpellations. « Maintenant, il convient pour nous de négocier le départ de Michel Martelly le 7 février, a dit l’ancien sénateur lavalassien Louis Gérald Giles. Il faut une commission de vérification pour savoir quel candidat est arrivé réellement en tête des élections ou si l’on va annuler totalement le processus électoral pour réaliser des élections générales », a dit Gérald Giles. Les protestataires entendent maintenir la mobilisation jusqu’à dimanche, malgré le renvoi des élections.
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